CHAPITRE TROISIÈME
François de Laval, chanoine d’Evreux. — Il étudie la théologie au collège de Clermont. — Il se livre aux exercices de la piété et de la charité dans la congrégation du P. Bagot, qui donne naissance au séminaire des Missions étrangères. — Mort de ses deux frères aînés. — Il renonce à l'héritage paternel en faveur de son frère cadet, — 1637-1645.
Le jeune de Laval était encore au collège, et n’avait que quinze ans environ (1637), lorsque le cousin de sa mère, François de Péricard, évêque d’Evreux, le fit chanoine de sa cathédrale 1,
On a peine à comprendre, et surtout à justifier, aujourd’hui, cet usage, qui existait généralement alors, de donner des prébendes canoniales et autres aux jeunes gens de haut lignage initiés à l'état ecclésiastique. Les prescriptions du saint concile de Trente sont si formelles sur l'âge requis pour les dignités ecclésiastiques, sur la résidence, sur la science et les degrés exigés des candidats? Ces
1— Histoire des évêques d'Evreux. — Latour, Mémoires sur la vie de M. de Laval.
2— Sess, XXIV, De Reform. cap. XII.
sages ordonnances étaient-elles déjà tombées en désuétude, ou, du moins, les évêques se faisaient-ils souvent illusion sur les raisons qu’ils croyaient avoir de les enfreindre ?
Dans tous les cas, François de Laval n’avait pas à discuter cette question. Il accepta par obéissance une dignité qu’il n'avait certainement pas ambitionnée !. Dans toutes les choses qui ne sont pas évidemment opposées à la loi de Dieu, les jeunes gens bien nés se laissent facilement conduire par leurs parents, surtout lorsque ces parents sont revêtus d’un caractère sacré.
En donnant à son cousin un des canonicats de £a cathédrale, l’évêque d’Evreux ne faisait que suivre l'usage de l’époque. Il voulait aussi venir en aide au jeune de Laval, et lui permettre de continuer ses études pour arriver au terme de sa vocation ecclésiastique. En effet, le seigneur de Montigny, Hugues de Laval, était mort, comme nous l’avons vu, l’année précédente (11 septembre 1636). Il avait probablement laissé dans l'embarras sa famille, dont les moyens étaient limités. Sans l'assistance de l’évêque d’Evreux, le jeune François eût peut-être été obligé de quitter le collège et d'interrompre indéfiniment ses études.
Il eut successivement deux prébendes canoniales: la première, dite sur le sceau, parce que les revenus étaient
1— ‘On regardait dans le monde ce canonicat comme un degré pour monter sur un des trônes des deux évêques dont il était le neveu, ou pour purveuir à une dignité encore plus éclatante et plus convenable à sa naissance, Mais ses pensées étaient aussi éloignées de celles du moude, que le ciel l’est de la terre.” (M. de la Colombière, Eloge funèbre. )
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fournis par le secrétariat de l'évêché d’'Evreux sur les droits de sceau ; illa garda deux ans, de 1637 à 1639: la seconde, dite des huit de l’ancienne fondation, ou encore, de la baronie d’Angersville, parce que le revenu était pris sur le fief d’Angersville, propriété du chapitre ; il jouit de cette prébende depuis 1639 jusqu’à 16461, En attendant qu’il fût en état de remplir ses fonctions de chanoine, l’évêque d’Evreux lui donna sans doute un suppléant.
Nous avons vu que François de Laval avait reçu la tonsure cléricale en 1631, à l’âge de neuf ans: il appartenait donc depuis lors à l’état ecclésiastique. Après avoir terminé avec grand succès ? ses études littéraires au collège de La Flèche, il n'eut pas de peine à se décider à suivre ga vocation. Tout l'y engageait : le désir de son parent, l’évêque d’Evreux, si clairement manifesté par le titre de chanoïne et les prébendes qu'il lui avait conférés, les conseils de ses directeurs et du P. Bagot, en particulier, mais surtout ce mystérieux attrait de la grâce qui incline la volonté humaine, sans qu’elle s’en rende toujours un compte bien exact, et lui fait produire des sacrifices si généreux et si héroïques qu’ils nous laissent quelquefois dans la plus profonde adniiration.
À dix-neuf ans, il se rendit à Paris (1641) pour y étudier la philosophie et la théologie. au collège de Clermont 3,
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1 — Pouillé du diocèse d’Evreux, cité dans le procès préliminaire à l'introduction de la cause de Mgr de Laval, to
3— ‘ En 1618, les jésuites obtinrent d'ouvrir à ‘Paris leur coll de Clermont, dit depuis le collège Louis-le-Grand, qui devint bientôt
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sous la direction des pères jésuites. Il allait donc se retrouver avec les premiers maîtres de sa jeunésse. La Providence semblait l’avoir confié d’une manière spéciale aux fils de saint Ignace, afin qu’il se pénétrât bien de leur esprit de dévouement, et qu’il devint un véritable apôtre.
Le P. Bagot avait été transféré de La Flèche au collège de Clermont. La plupart des anciens condisciples de François de Laval, Pallu, Chevreuil, de Maiïzerets, Boudon, etc., étaient eux-mêmes à Paris; la congrégation de La Flèche se trouvait donc au complet. On n’eut pas de peine à s'entendre pour continuer à Paris, sous la direction du P. Bagot, les pieuses réunions d’autrefois. Plusieurs personnes très distinguées, entr’autres le prince de Conti, ‘si célèbre par sa piété et par son traité sur la comédie !, ” et M. Gauthier, qui devint plus tard archidiacre et grand vicaire à Dijon, ‘‘ celui de tous qui avait le plus d’habileté, d’insinuation et de talent,” s’unirent
À ces jeunes gens pour suivre leurs exercices. ‘ Aux entretiens de piété, qui avaient été le premier
” objet de ces réunions, on joignit des austérités, des pèleri-
nages, la visite des hôpitaux et des prisons, où l’on menait toujours quelque ami qui n'était pas de l’assemblée, pour l’engager et le gagner à Dieu. Les jours de congé, on se
une des écoles les plus fréquertées du royaume. Le corps de ville de
Paris posa en grande pompe, le 8 août 1628, la première pierre des 4
nouveaux bâtiments de ce collège.” (Essai sur l'influence de La religion.)
1—-Ilavait mené tout d'abord une vie peu édifiante, mais s'était converti sincèrement à Dieu. (Les N'ièces de Mazarin, par A. Renée.) !
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