‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 44 sur 163 · Espèce do potage ou pe chaud, fort estimé des sauvages · texte numérisé non relu

Espèce do potage ou pe chaud, fort estimé des sauvages

(Relations des jésuites, 1633

chaudières. Les convives s’assayaient sur les nattes, qui servaient de chaises et de tables ; chacun d’eux avait dû apporter sa gamelle et sa cuiller de bois. Un cri du maître annonçait que le repas était prêt; puis il nommait les animaux qui garnissaient les chaudières. Chacun imarquait son approbation en frappant la terre de son plat, -et en répétant du fond de l'estomac: Ho! Ho!1”

Les sauvages firent le plus grand honneur au festin que leur donna Mgr de Laval; car, dit le P. Lalemant, ‘‘ce ‘repas les ayant mis en bonne humeur, ils lui firent leurs harangues entremélées de leurs chants ordinaires. Ils le complimentaient chacun en leur langue, avec une élo- -quence aussi aimable que naturelle.

‘* Le premier qui prit la parole fut un des plus anciens Hurons, qui s’étendit bien amplement sur les louanges de la Foi, laquelle fait passer les mers aux plus grands hommes du monde, et leur fait encourir mille dangers et essuyer mille fatigues pour venir chercher et convertir des anisérables.

‘ Nous ne sommes plus rien, dit-il, en appelant Mgr de Laval d’un nom qui signifie l’homme de la grande affaire, nous ne sommes plus que le débris d’une nation florissante, qui était autrefois la terreur des Iroquois, et qui possédait toutes sortes de richesses ?. Ce que tu vois n’est que la car-

1 — Ferland, t, I, p. 135.

2 -— Les Hurous habitaient autrefois les bords du lac qui porte leur nom, tandis que les Iroquois étaient au sud du lac Ontario. Quelle est l'origine de cette haine invétérée qui existait entre les deux nations! Lés opinions sont bien partagées sur ce sujet.

Au mois de mars 1649, les Iroquois se précipitèrent avec fureur sur la nation huronne, et l’anéantirent tellement que les quelques débris

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casse d’un grand peuple, dont l’Iroquois a rongé toute la chair, et qui s'efforce d’en sucer jusqu’à la moëlle. Quels attraits peux-tu trouver dans nus misères? Comment te laisses-tu charmer par ce reste de charogne vivante, pour venir de si loin prendre part à un si pitoyable état auquel tu nous vois? Il faut bien que la Foi qui opère ces merveilles soit telle qu’on nous l’a publiée il y a plus de trente ans. Ta présence seule, quand tu ne dirais mot, nous parle assez haut pour elle, et pour nous confirmer dans les sintiments que nous en avons.

‘ Mais si tu veux avoir un peuple chrétien, il faut détruire l’infidèle ; et sache que, si tu peux ‘:btenir de la France mainmorte pour humilier l’Iroquois, qui vient à nous, la gueule béante, pour engloutir le reste de ton peuple comme dans un profond abîme, sache, dis-je, que par la perte de deux ou trois bourgades de ces ennemis, tu te fais un grand chemin à des terres immenses, et à des nations nombreuses qui te tendent les bras, et qui ne soupirent qu'après les lumières de la Foi. Courage don, homme de la grande affaire, fais vivre tes pauvres enfants qui sont aux aboïis. De notre vie dépend celle d’une infinité de peuples ; mais notre vie dépend de la mort des Iroquois. ”

qui en restaient allèrent se réfugier sur l’île Saint-Joseph. ‘‘ Après une année passée dans cette retraite, ce peu de Hurons survivants se décidèrent à se réfugier dans la colonie française, sous la protection du Fort de Québec. - On retrouve encore aujourd’hui près de Québec, et aussi dans quelques contrées de l'Ouest, des débris de ce peuple autrefois puissant et nombreux.” (Vie du P,. de Brébæuf, par le P. Martin.)

‘# Ce discours, dit a;ec chaleur, ajoute le P. Lalemant, était d’autant plus touchant, qu’il représentait nuïvemeni les derniers soupirs d’une nation mourante.”

La harangue que fit ensuite un capitaine algonquin ne fut pas moins pathétique.

‘ Je m’en souviens, dit-il, en comptant par ses doigts, il y a vingt-trois ans que le P. le Jeuns, en nous jetant les premières semences de la Foi, nous assura que nous verrions un jour un grand homme, qui devait avoir toujours Îles yeux ouverts, — c’est ainsi qu’il nous le nommait—et dont les mains seraient si puissantes, que du seul attouchement elles inspireraient une force indomytable à nos cœurs contre les efforts de tous les démons 1. Je ne sais s’il y comprenait les Iroquois: si cela est, c'est à présent que la Foi va triompher partout; elle ne trouvera plus d’obstacle qui l'empêche de percer le plus profond de nos forêts, et d’aller chercher à trois et quatre cents lieues d'ici les nations qui nous sont confédérées, au pays desquelles cet ennemi commun nous bouche le passage.”

Le spectacle de l’évêque imposant les mains sur eux, dans la cérémonie de la confirmation, avait frappé l’esprit des sauvages : illeursemblait voir les mains puissantes dont leur avait parlé le P. le Jeune. Quand il les bénissait, il ne manquait pas non plus de leur mettre la main sur la tête. Aussi, ces pauvres enfants des bois ne partaient point pour la guerre sans aller auparavant se jeter à ses

1 — Il était difficile de mieux exprimer les effets du sacrement de confirmation.

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Mgr de Laval répondit avec beaucoup d’à propos aux deux harangues algonquine et huronne. Il félicita ces sauvages de leurs bons sentiments, et les engagea à persévérer toujours dans la Foi que Dieu leur avait donnée: elle leur promettait des biens infiniment supérieurs à ceux que l'Iroquois leur avait fait perdre.

Le cœur des sauvages lui était gagné. Il ne manqua pas, nous le verrons plus tard, de profiter &e leur confiance et de leur affection pour procurer leur salut.

L'impression favorable que produisit l'évêque de Pétrée sur les Français de la colonie ne fut pas moins profonde.

‘© I] fut reçu, dit Latour, avec tous les honneurs dus à son rang et à son mérite; et toute la colonie fit paraître sa

vénération ?. ?

‘* C’est une consolation pour tout le pays, écrit Marie de l’Incarnation, d’avoir pour évêque un homme dont les qualités personnelles sont rares et extraordinaires. Sans parler de sa naissance qui est fort illustre, car il est de la maison de Laval, c’est un homme d’un haut mérite et d’une vertu singulière... Je ne dirai pas que c’est un saint, ce serait trop dire; mais je dirai avec vérité qu’il vit saintement, et en apôtre. Il ne sait ce que c’est que respect humain. Il est pour dire la vérité à tout le monde, et il la dit librement dans les rencontres... En un mot, sa vie

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