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CHAPITRE TROISIEME

Meyr de Laval loge successivement chez les jésuites, à l’Hôtel-Dieu, et aux ursulines, — L'ermitage de Québec. — Le collège des jésuites. — Service pour M. de Bernières.

Nous avons vu qu’en arrivant à Québec, Mgr de Laval avait été agréablement surpris d'y trouver une grande et belle église paroissiale. Malheureusement, il n'avait pas encore de maison pour se loger. Il demeura successivement chez les jésuites, d’abord, puis à l’Hôtel-Dieu, et aux ursulines.

‘“ Chez les hospitalières, dit Latour, il se logea dans un appartement dépendant de l'hôpital. Il y demeura près de trois mois. Il y fut traité autant que la pauvreté de la maison le permettait, avec beaucoup de propreté et de zèle, quoique très simplement. Mais cette simplicité ne lui suffisait pas ; il se plaignait toujours qu’on en faisait trop, montrait du dégoût pour ce qui était bien apprêté, et affectait au contraire une sorte d’avidité pour ce qu’il y avait de moins bon. Pour ne pas être plus longtemps à charge aux pauvres, en occupant un de leurs appartements 1, il

1— M, de la Colombière nous apprend un détail qui paraît avoir ‘échappé jusqu'ici à l'attention des histurieus : c'est que Mgr de Laval, daus son amour de la pauvreté, retourna plus tard à l'Hôtel-Dieu,

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alla loger ensuite dans le pensionnat sauvage des ursulines, qu'on appelait Séminaire 1.”

Il y était déjà en novembre 1659, car Marie de l’Incarnation écrivait à cette date: ‘ Nous lui avons prêté notre séminaire, qui est à l’un des coins de notre clôture et tout proche de la paroisse. Il y aura la commodité et l'agrément d’un beau jardin. Et afin que lui et nous soyons logés selon les canons, il a fait faire une clôture de séparation. Nous en serons incommodées, parce qu’il nous faut loger nos séminaristes dans nos appartements ; mais le sujet le mérite, et nous porterons cette incommodité avec plaisir, jusqu’à ce que la maison épiscopale soit bâtie 2.”

Cette partie du monastère des ursulines occupée par Mgr de Laval, était la maison de Mme de la Peltrie, appelée aussi l’Externat, située au coin des rues Desjardins et Donnacona *. Les traditions désignent encore l'endroit où le prélat célébrait tous les jours la sainte messe.

Il demeura aux ursulines jusqu’au 6 novembre 1661, c’est-à-dire, l’espace de deux ans. Il nous apprend luimême quil avait loué cette petite maison de Mme de la Peltrie pour deux cents livres par années: ‘‘ Nous la trouvons assez riche, disait-il, parce qu'elle suffit à notre

avec l'intention de s’y fixer pour toujours. ‘ Lorsqu'après quelques années les choses furent changées, dit-il, il retourna à l'hôpital, pour y demeurer toujours. On n’osa s'opposer à cette résolution, de peur de faire trop de violence à son attrait et à sa ferveur, Il fallut laisser passer du temps, et employer les négociations de quelques personnes de piété pour le faire revenir au séminaire, ” (Æloge funèbre.)

1 — Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 22.

2 — Lettre historique 57e.

3 — Voir Plan de Quebec de 1660.

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commensaux, deux serviteurs, et c’est tout !, ”

Ces trois ecclésiastiques étaient, sans doute, M. de Bernières, qu'il venait d’ordonner prêtre (13 mars 1660), et MM. Torcapel et Pèlerin. Ceux-ci partirent dans l'automne de 1660, mais furent remplacés bientôt par MM. Morel et Dudouyt ?. M. de Lauson-Charny, qui était allé tout d’abord chez les jésuites avec Mgr de Laval, y resta jusqu'au 17 avril 1664, à raison de cent écus de pension par année.

A la fin de 1661, Mgr de Laval quitta les ursulines pour aller passer l’hiver chez les révérends pères jésuites. Au printemps de 1662, il acheta une vieille maison, située à l'endroit du presbytère actuel de Québec, et s’y logea avec sa petite famille. Aucun autre mot ne peut mieux exprimer, en effet, la vie de communauté et d’union la plus parfaite que menait le pieux vicaire apostolique avec son clergé. ‘Ils n'étaient tous qu’un cœur et qu'une âme, sous la conduite de M. de Laval, et ne faisaient qu’une famille, dont il était le père,” dit Latour.

La modeste maison de Mgr de Laval était bien l’ermitige de Caen, transporté sur les rives de notre grand fleuve. Du reste, le règlement que l’on y suivait avait été donné par M. de Bernières de Louvigny lui-même. Aussi pouvait-on admirer dans l’ermitage de Québec les mêmes

1— Relatio missionis Canadensis, 1660.

L 2— M. Thomas Morel arriva à Québec le 22 août 1661, et M. Jean Dudouyt, dans l’automne de 1662.

étonnantes vertus de désintéressement, d’abnégation et de charité qui avaient fleuri dans l’ermitage de Caen.

“ Nos chers frères du Canada, disait M. de Bernières, feront de grands progrès, s’ils joignent aux travaux extérieurs les souffrances intérieures. La Providence les favorise infiniment en les envoyant dans un pays sauvage travailler au salut des âmes, mourir à eux-mêmes, et se réunir à leur dernière fin.” Puis il ajoutait: ‘‘ Il est impossible d'aller à la vie, qui est Dieu, que par le détachement des créatures et la mort à soi-même. La conversion. de toute la terre ne sert de rien, si l’on ne meurt à soi-même: cette mort seule suffit, quand on ne convertirait personne.”

Rien ne rappelle mieux le pusillus grex de l'Evangile que cette famille dont Mgr de Laval était le père. ‘ Ne craignez point, petit troupeau, disait le Sauveur à ses disciples, parce qu’il a plu à votre Père de vous donner un royaume 1.” Les hommes apostoliques qui composaient l’ermitage de Québec étaient appelés à faire de grandes choses pour notre pays. I:s vat travaillé pour y répandre les lumières de la Foi et y établir le règne de Dieu. C’est l’ermitage de Québec qui a été le noyau de cette grande institution que l’on y admire aujourd’hui, le Séminaire.

Notre prélat était probablement encore chez le: jésuites, le 3 août 1659, lorsque les révérends Pères donnèrent, dans leur chapelle, une représentation en son honneur. Nous

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1 — Luc, XII, 32.

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n'avons pas le programme de cette séance; mais si nous en jugeons par celle qu’ils avaient donnée l’année précédente à M. D’Argenson, à l’occasion de sa première visite au collège comme gouverneur de la Nouvelle-France, elle dut réjouir beaucoup Mgr de Laval, en lui faisant voir quelle éducation patriotique et relevée les jésuites donnaient à leurs élèves 1.

Lorsque l’on songe que les Pères de la Compagnie de Jésus furent pendant plus d’un siècle les seuls instituteurs du peuple canadien, pour l’enseignement classique, et formèrent à la vertu tant de générations d'hommes distingués, quelle reconnaissance n’éprouve-t-on pas’ pour ces maîtres admirables de la science es de la religion!

Leur collège de Québec était encore bien petit, du temps de Mgr de Laval. ‘Il n’est pas si peuplé que celui de Paris, disait aimablement le P. Ragueneau ; mais Rome

n'était pas si grande, ni si triomphante, sous Romulus que

sous Jules César. Pour petit qu'il soit, les écoliers ne laisstrent pas de recevoir M. D’Argenson en trois langues ?.”

L'enseignement et tous les accessoires de la bonne éducation étaient sur le même pied au collège des jésuites de Québec, que dans leurs institutions de l’Europe, au témoignage de l’évêque de Pétrée lui-même %. La musique y était

.1— Jour. des jésuites, 3 août 1659, — Parkman, The old regime in Canada, p. 116.

2— Rdations des jesuites, 1658.

3— ‘{ Collegium habent Patres e Socictate Jesu, in quo et huma-

en honneur; et nous voyons, par le Journal des jésuites.

qw’elle figurait dans toutes leurs solennités religieuses ou profanes: du moment que quelque musicien distingué arrivait à Québec, ils s’empressaient de requérir ses services pour en faire profiter leurs élèves. La fête donnée en l'honneur de Mgr de Laval eut sans doute tout le succis possible à cette époque.

Ce fut probablement peu de temps après, vers Le com-

mencement de septembre, que l’évêque de Pétrée apprit.

par quelque vaisseau arrivé d'Europe, la mort de son vénéré maître, M. de Bernières. Celui-ci était décédéun mois environ après le départ de Mgr de Laval. n’oublia pas ce que la Nouvelle-France devait à ce grand homme, qui lui avait, pour ainsi dire, donné son pre mier évêque, et qui avait été, avec Mme de la Peltrie, le véritäble fondateur du monastère des ursulines de Québec 1, C'est lui qui avait aussi formé, à l’ermitage de Caen, plusieurs des vénérables prêtres qui devaient diriger si longtemps et si glorieusement le séminaire de Québec: les de Bernières, les Dudouyt, les de Maizerets. Mgr de Laval voulut que l’on chantât dans toutes les églises un Chez les jésuites, la cérémonie eut lieu le jeudi 11 septembre, et c’est le prélat

service pour le repos de son âme.

* modo pensione vivunt, educanturque.” (Zuformatio de statu Ecclesie nove Frunciæ ed sanctam Sedem missa, 21 octobre 1664.)

1— Les Ursulines de Québec, t. I, ch. préliminaire, — Sœur Juchereau, Histoire de l’Hôtel-Dieu de Quebec.

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lui-même qui célébra la sainte messe!, Tous les Pères dirent aussi la messe de Requiem pour M. de Bernières ?.

Nous ne savons si la nouvelle de la mort de sa mère, arrivée aussi en 1659, parvint la même année à Mgr de Laval. Le Journal des jésuites ne mentionne aucun service public ordonné à Québec à cette occasion. Mais nous ne pouvons douter que le prélat n'ait rendu à sa mère tous les devoèrs de la piété filiale la plus tendre.

Le grand évêque d'Hippone, saint Augustin, avait coutume de dire de sa mère, sainte Monique, qu’elle l’avait engendré deux fois, une première fois à la vie naturelle, une seconde fois à la vie de la grâce. Il l’aimait si tendrement, que la voyant un jour gravement malade, alors qu’il se disposait à partir pour l'Afrique, il renonça à son voyage, et demeura à Ostie, afin de rester près dé son chevet et de l’assister dans sa maladie.

Mgr de Laval, qui avait été privé du bonheur de consoler sa mère dans ses derniers moments, s’efforça du moins de lui être utile après sa mort, px de ferventes prières pour le repos de son âme.

1— Journal des jésuites.

2 — Nous croyons que c’est ce service chanté à Québec pour M. de Bernières de Caen, qui a fait naître l’opinion qu'il était venu au Canada deux neveux de M, Et Bernières : le premier, qui serait arrivé en même temps que Mgr de Laval et serait mort la même année ; et un second, qui serait arrivé l’année suivante, et serait devenu le curé de Québec. Nous avons, au contraire, tout lieu de croire qu’il n’en vint qu'un au Canada, celui que Mgr de Laval lui-même amena avec lui, simple tonsuré, à qui il donna les ordres mineurs le 2 décembre 1669, en même temps qu'il tonsurait M. Germain Morin, et qu'il fit prêtre l'année suivante, le 3 mars 1660.

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