‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 49 sur 163 · Lettre historique 5e · texte numérisé non relu

Lettre historique 5e

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Il alla loger au Fort : chez le gouverneur, ‘‘ qui lui témoignait une estime particulière 2.” M. D’Argenson ne manqua pas, sans doute, de lui communiquer les vues de la Cour sur l'autorité du vicaire apostolique: ce qui le confirma dans ses premières dispositions. Aussi, protesta-t-il ‘“ que, quelque lettre et pouvoir qui lui serait envoyé de Rouen, il ne l’accepterait pas 3.” Il vit à plusieurs reprises Mgr de Laval, et lui donna toutes les marques possibles de soumission et d'amitié, De son côté, le j -élat fut plein d’égards pour lui, et l’invita même à prêcher en sa présence le jour de la fête de saint Augustin, à l’Hôtel-Dieu, où il officiait pontificalement 5.

M. de Queylus était évidemment descendu de Montréal avec l'intention de repasser en France 6. Il se préparait donc à partir, lorsque ses dispositions changèrent tout à coup. Le vaisseau Saint-André, qui arriva le 7 septembre, lui apporta deux lettres, une de l'archevêque de Rouen, qui, s'appuyant sur les lettres patentes du roi à Mgr de laval, nommait de nouveau M. de Queylus son grand vicaire au Canada, l’autre du roi, en date du 11 mai, permettant à M. de Queylus de continuer ses fonctions de vicaire général, sans préjudice de la juridiction du vicaire apostolique.

1 —- Journal des jésuites, 7 août 1659.

— Faillon, t. II, p. 340.

3 — Journal des jésuites, 8 septembre 1659.

4 — Ibid.

5 — Ibid., 29 août 1669.

6— Ibid. 8 septembre 1659.

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La conduite de la Cour en cette circonstance était très grave. ‘C'était, écrit M. Faillon, reconnaître deux juridictions indépendantes l’une de l’autre, et vouloir étaiiir la confusion dans l'Eglise du Canada, au lieu d’en procurer le bien 1.”

Alors, dit le Journal des jésuit:s, M. de Queylus changea de dessein. ; il leva le masque, et voulut se faire reconnaître grand vicaire de M. de Rouen ?.”

Heureusement pour le bien de l’Eglise du Canada, la Cour de France s'était déjugée du jour au lendemain. En même temps que M. de Queylus recevait ces lettres du 11

M. D'Argenson en recevait une, datée du 14, dans laqnelle le rai dérogeait complètement à celle du 11, pour s’en tenir à ce qu'avait déjà écrit la reine mère le 31 mars.

‘Monsieur D’Argenson, devant écrit pour vous ordonner d'appuyer le sieur

disait le roi, je vous ai ciévêque de Pétrée en la fonction épiscopale, selon. les pouvoirs qu’il en a obtenus de Notre Saint Père le Pape, lequel, à ma prière, l'a ordonné évêque, afin que sans aucune opposition il en pût faire les fonctions en l'étendue de la Nouvelle-France. Présentement, je vous écris, non seulement pour vous recommander de nouveau la personne du dit sieur évêque, mais pour vous dire que, si les vicaires du sieur archevêque de Rouen voulaient s’ingérer de faire aucune fonction de juridiction, vous ayez à les en

empêcher, et à leur dire que, quelques lettres que j'aie

1 — Faillon, t. II, p. 341.

3 — Journal des jésuites, 8. septembre 1659.

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1— Archives

VIE DE MGR DE LAVAL 187 accordées au dit sieur archevêque, mon intention n’est point que lui, nieux de son autorité, s'en prévalent, jusqu’à ce que, par celle de l'Eglise, il ait été déclaré si le dit sieur archevêque est en droit de prétendre que la Nouvelle- France soit de son diocèse; car, outre qu’on ne convient pas que ç’ait été sous son autorité ou celle de ses prédécesseurs que la Religion a été portée en ces pays de par là, quand on demeurerait d'accord que cela lui eût acquis le droit, Notre Saint Père le Pape n'en est pas persuadé, et ce serait un scandale si, dans une Eglise naissante, la

juridiction de celui que Dieu a établi chef de l’universelle

venait à être contestée.

“ Je sais bien, ajoutait le roi, qu’on y veut engager mon autorité ; et, sous le prétexte de la maintenir, on essaie de donner atteinte à celle du pape. Mais je ferai ce que je dois, en maintenant la mienne, sans toutefois blesser l'autre. Ce que vous aurez À faire se réduit à maintenir le dit sieur évêque en la pleine fonction de sa charge, soit qu'on le considère honoré du caractère épiscopal, soit du vicariat apostolique dont j’ai recherché Sa Sainteté. Mais je désire que vous ménagiez en sorte les choses, que les vicaires du dit sieur archevêque aient sujet de se louer de votre conduite 1.”

Cette nouvelle lettre du roi fut sans doute communiquée à Mgr de Laval, puis signifiée à M. de Queylus. Celui-ci | eut-il de la peine à se soumettre aux ordres de la Cour, et à renoncer aux nouvelles prétentions que les lettres du 11

1— Archives de l’archevèché de Québec.

avaient réveillées dans son esprit ? Ce qui est certain, c'est qu’il se soumit, si non de bon cœur, du moins par devoir. Il eut plusieurs conférences avec Mgr de Laval, et finit par se rendre à ses raisons. ‘‘Il fut contraint de désister, ” dit le Journal des jésuites. D’après M. d’Argenson, il y mit la meilleure volonté du monde: ‘M. l’abbé s’est bien comporté, écrit-il; car il s’est contenté de s’expliquer de toutes choses avec M. de Pétrée, et après n’a voulu faire éclater aucune marque de son pouvoir ! .”

Rien n'indique même qu'il soit remonté à Montréal avant son départ pour l’Europe. Le 11 septembre, il dînait chez les jésuites avec M. d’Allet et sex deux confrères, MM. Vignal et Lemaître, qui venaient d'arriver par le Saint-André ; puis le 22 du mois suivant il s'embarquait pour la France ?.

1 — Lettre de M. d’Argensou, 21 octobre 1659, — Faillon, t. Ii, . 342,

s 2 — Sut quoi se fonde donc la légende racontée par M. Fillon (Histoire de la colonie française, t. II, p. 345-350)? D'après cette légende, M. de Queylus, s’opiniâtrant à exercer au Canada les fonctions de vicaire général de l'archevêque de Rouen, serait remonté à Montréal : l’évêque de Pétrée aurait obtenu de la- Cour une lettre de cachet pour < faire repasser en France ; puis il aurait obligé M. D’Argenson de mettre cette lettre à exécution. Le gouverneur serait monté à Montréal ‘avec une escouade de soldats, ” se serait emparé de M. de Queylus, l'aurait descendu à Québec ‘‘ sous une escorte nombreuse, ”” puis l'aurait forcé à repasser en France. !

Cette légende, on le voit, n’est pas plus favorable à M. de Queylus, qu’elle pose en victime de sa désobéissance, qu'à Mgr de Laval, à qui elle attribue le rôle odieux de persécuteur. ;

Sur quel fondement s'appuie-t-elle ? Uniquement sur un certain mémoire ou prétendu mémoire de M. d’Allet, dont personne na vu l'original, et ne peut garantir, par conséquent, l'authenticité, mémoire perdu dans les Œuvres d'Arnauld, ls célèbre janséniste (t. XXXIV, p. 724, La morale pratique des jésuites, 3e partie, ch. 12), et que l'un peut vraisemblablement soupçonuer d’être une charge inventée

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Deux ans plus tard, au commencement d’août 1661, une chaloupe partie de Percé remontait le fleuve, faisant voile vers Québec, et portant un prêtre qui paraissait se hâter pour arriver avant les premiers vaisseaux du printemps. Ce prêtre débarqua incognito à Québec, le 3 août, et monta

la haute ville pour rencontrer l’évêque, qui lui fit immé-

diatement défense expresse d’aller plus loin. C'était M. de Queylus qui revenait de France. Que s’était-il donc passé ?

Mgr de Laval, après le départ de M. de Queylus pour l'Europe, le 22 octobre 1659, se doutait bien que celui-ci ferait l'impossible pour revenir au Canada, et serait aidé dans ses démarches non seulement par l’archevêque de Rouen, mais aussi par les associés de la Compagnie de

plaisir, comme tant d’autres, contre les jésuites et les adversaires des jansénistes, en général, contre Mgr de Laval en particulier. (Dans sa Vie de la sœur Bourgeois, M. Faillon réfère aux Œuvres d’'Arnauld ; dans son Histoire de la colonie française, il dit tout simplement Mémoire de M. d'Allet.)

Ni les jésuites, duns leur Journal, ni M. Dollier de Casson, dans son Histoire du Montréal, ni Marie de l’Incarnation, ni aucun des écrivains contemporains n’apportent le moindre appui à cette légende. Bien plus, elle est opposée au témoignage de Mgr de Laval lui-même. Le prélat, dans son rapport de 1660 au suint-siège, parlant du retour en France de M. de Queylus, lui attribue le dessein de soutenir au Canada la juridiction de l’archevêque de Rouen, et d’entraver celle du vicaire apostolique, mais il dit expressément qu'il repassa on France de lui-même, (Zn Galliam ipse transfretavit, cum vellet jurisdictionem hic tueri Domini arclyiepiscopi Rothomagensis, ab eoque potens auæilium speraret ut se vicariwm ejus hic profiteretur, meæmque Apostolici sirarii Jurisdictionem impediret. )

L'on a probablement confondu les années 1659 et 1661. L: s"18e paraît même évidente pour ce qui regarde MZ. de Belmont. Celui-ci, qi écrivait, du reste, un demi-siècle après les événements, dit à la date de 1659: ‘ M. l’abbé de Kélus (Il signait ylus, dit Jacques Viger), reçut l'ordre de retourner en France, qu'on lui fit signifier à Montréal par un commandant et une escouade de soldats. ” Puis, un

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