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Lettre de Mgr de Laval, 20 octobre

2 — ‘+ M. l'abbé de Queylus passe en France pour se plaindre de la manière d'agir de M. D’Ailleboût à Moutréal. 11 me semble que cela ne lui servira pas pour être gouverneur du pays, comme il prétend. (Correspondance de M. D’ Argenson. )

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aussi prévenu contre le prélat quecontre lesjésuites 1, Quand on laisse pénétrer de pareils sentiments dans son cœur, on n'est pas loin de l’inimitié et quelquefois de grandes injustices. On interprète en mal les actions du prochain, on leur attribue des motifs coupables.

est ainsi, par exemple, que Mgr de Laval ayant fait sortir une servante de la maison d’un des principaux citoyens de Québec, M. Denis, pour la faire entrer aux ursulines, M. D'Argenson attribue ce fait à un excès de ièle de la part du prélat, à une volonté qui ne recule devant aucune injustice et ne respecte aucun droit. ‘‘ M. l’évêque de Pétrée, dit-il, a un zèle qui le porte si souvent hors du droit de sa charge, et une telle adhérence à ses sentiments, qu'il ne fait aucune difficulté d’empiéter sur le pouvoir des autres, et avec tant de chaleur qu'il n’écoute personne... Il dit que l’évêque peut ce qu'il veut, et ne menace que d'excommunication ?. ”

Mgr de Laval, cependant, pouvait avoir d'excellentes raisons de faire sortir, coûte que coûte, cette servante de la maison où elle était engagée, raisons qu’en sa qualité de confesseur ou de directeur spirituel, il ne pouvait donner au public, et dont il n’était redevable qu’à Dieu et À sa conscience. En tout cas, la présomption était en sa faveur, et il n’y avait pas lieu de lui attribuer cette doctrine excessive : l'évêque peut ce qu’il veut. Iln’y a rien

1— Lettre de Mgr de Laval à M. D'Argerson, frère du gouverneur,

: 2) octobre 1659.

2— Correspondance de M. D'Argenson.

224 VIE DE MGR DE LAVAL dans la correspondance de Mgr de Laval qui fasse croire que telle était sa pensée.

M. Faillon, emboîtant le pas derrière M. D’Argenson: *“ Ce fut apparemment d’après ce principe, dit-il, que M. de Laval ordonna d'amener de la campagne à Québec une fille que l’on croyait possédée du démon, ainsi qu’un meunier qui, l’ayant demandée en mariage, et ayant été refusé à cause de sa mauvaise conduite, était soupçonné d’avoir jeté sur elle quelque maléfice et d’être magicien. Cet homme fut mis en prison, et la fille enfermée chez les hospitalières 1.”

Qu'on lise les Lettres de Marie de l’Incarnation, et l'on verra que ce meunier était un apostat et un magicien, qui # par son art diabolique ” avait réellement ensorcelé cette fille pour l’érouser. ‘‘ L’on eut sujet de croire qu’il y avait du maléfice de la part de ce misérable ; car il lui apparaissait jour et nuit, quelquefois seul, et quelquefois accompagné de deux ou trois autres, que la fille nommait, quoiqu'’elle ne les eût jamais vus. Monseigneur y envoya des Pères, et il y est allé lui-même pour chasser les démons par les prières de l'Eglise. Le lieu est éloigné de Québec, ajoute Marie de l’Incarnation, et c'était une grande fatigue aux Pères d’aller faire si loin leur exorcisme. C’est pourquoi monseigneur ordonna que le meunier et la fille fussent amenés à Québec. L'un fut mis en prison, et l’autre fut enfermée chez les Mères hospitalières 2.”

1 — Histoire de la colonie française, t. II, p. 469.

2 … Lettre historique 60e.

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Ce qui est certain, c’est que Mgr de Laval ne put faire emprisonner cet homme, sans le concours de l'autorité séculière. La connaissance des s0’ cilèges et des maléfices était du ressort de l’officialité diocésaine. Celle-ci, apparemment, examina le cas avec ses circonstances, renditson jugement, et livra le coupable au bras séculier.

Quant à la fille, elle se trouvait dans la juridiction du seigneur Giffart, de Beauport !, qui, comme tous les seigneurs, avait droit de justice dans sa seigneurie. C’est probablement par son entremise qu’elle fut amenée à Québec ; et Mgr de Laval lui rendit un grand service en la faisant entrer à l'hôpital. ‘‘ Elle fut mise, dit le Journal des jésuites, dans une chambre du vieux hôpital, où elle passait la nuit avec compagnie d’une garde de son sexe, quelque prêtre et serviteurs.”

Qui n’admirerait la bonté et les soins attentifs du prélat pour cette personne infortunée ? Et c’est cette conduite toute charitable que l’on a voulu représenter comme entachée de violence et d’injustice!

N'oublions pas, cependant, que Mgr de Laval n'était qu’au début de son épiscopat, et n’avait encore que trentehuit ans. Quoi d'étonnant si, dans son désir de prévenir les abus qui auraient pu s’introduire dans l'Eglise naissante du Canada, et de tout mettre dans un ordre parfait, il eût montré un peu trop de zèle et dépassé quelquefois la mesure ; si, préoccupé du besoin de faire respecter son

1 — Journal des jesuites, Aécembre 1660.

autorité comme vicaire apostolique, après les entraves qu'on avait mises à sa nomination et les difficultés qu'on lui avait suscitées, il eût paru dans les questions de préséance ou autres, plus susceptible peut-être que s’il eût été déjà évêque de Québec ; si enfin, avec les meilleures intentions du monde, il lui fût arrivé de se tromper quelquefois dans les débuts de sa carrière apostolique ! ?

Nous avons vu, par exemple, que le prélat avait été parfaitément justifiable d’exclure le gouverneur des assemblées de fabrique. Mais le Journal des jésuites nous assure qu’il le fit ‘‘ sans lui en avoir parlé” auparavant. Le gouverneur se rendit subséquemment ‘‘ avec sa suite ordinaire ” à une assemblée des marguillers, et prétendit se maintenir en sa charge, déclarant à l’évêque ‘‘ qu’il n'avait pas le pouvoir de le démettre. ” Il se dit beaucoup de paroles peu respectueuses à l’égard du prélat, et le mécontentement fut grand de part et d'autre =.

Que de froissements regrettables auraient peut-être été évités, si l'évêque eût prévenu le gouverneur de son intention, et l’eût prié de ne plus se présenter aux assemblées de fabrique !

Lorsque Mgr de Laval vint dans le pays, il remarqua que, dans les offices publics, le gouverneur était encensé après

1 — En parlant de saint Grégoire VIT, M. de Ratisbonne ne craint pas de dire: ‘‘Il y eut peut-être dans l’expression de sou vouloir quelque chose de trop vif, de trop inflexible.” Puis il ajoute : ‘* Mais si, à la distance où nous sommes placés de cette mémorable époque, on veut en apprécier le caractère, il faut, sans s'arrêter aux détails, envisager l’ensemble des résultats...” (Histoire de stint Bernard, Introduction.)

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