Journal des jésuites, 28 novembre
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le chœur, et par le diacre qui avait encensé le chœur. Ne trouvant sans doute pas convenable que cet encensement d’un laïque fût fait par le diacre, il régla que ce serait le thuriféraire qui porterait l’encens au gouverneur,et,comme de coutume, après que le chœur aurait été encensé. Le changement se fit à la messe pontificale de Noël (1659).
M. D'Argenson en fut très mortifié. Le cérémonial romain, répondant à la question: par qui doivent être encensés les vices-rois et gouverneurs des royaumes et des provinces, dit que ‘‘ cela dépend de la coutume”; mais il ajoute qu’ils doivent être encensés *‘ immédiatement après l’évêque 1.”
Le gouverneur voulut se prévaloir de ce privilège, que l'Eglise accorde à ces hauts dignitaires civils en signe d'honneur et de respect. ‘* Non seulement il prétendit être encensé par le diacre à la messe, mais aussi par le prêtre assistant qui avait encensé l’évêque, aux vêpres, et ce, immédiatement après l’évêque, avant les prêtres du chœur, soit à la messe soit aux vêpres.”
Ce fut l’objet ‘‘ d’une grande contestation entre l’évêque: et le gouverneur, celui-ci se fondant sur le texte du cérémonial romain, l’autre sur l’usage de France, qu’il disait. être contraire, et surtout sur l’usage où l’on était de faire encenser les prêtres du chœur avant le gouverneur, depuis que l’on faisait l'office dans la nouvelle église 2.” Les
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1—‘Thurificandi sunt Proreges et Gubernatores regnorum et provinciarum immediatè post Episcopum. Hi omnes ab ïis thurificantur, ad quos ex consuetudine id munus pertinet.” (Ceremoniale Episcoporum, lib. I, cap. ZXXTIIT.
2 — Jowrnal des jésuites, décembre 1659.
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jésuites s’entremirent pour régler le différend et réussirent à faire adopter un compromis. Mais il eût été mieux de s’entendre tout d’abord, et de préparer les esprits aux changements que l’on voulait faire dans le cérémonial !.
Dans une autre circonstance, Mgr de Laval offensa encore publiquement M. D’Argenson. C'était le dimanche dans l’octave du saint Sacrement. La grand’ procession devait descendre d’abord à la basse ville, remonter au Fort, de là aux ursulines et chez les jésuites, puis rentrer à la paroisse.
L’évêque fit dire au gouverneur qu’il n’arrêterait au reposoir du Fort, qu’à la condition que les soldats s’y tiendraient la tête découverte: condition qui fut agréée. Arrivé au Fort, voyant les soldats découverts, mais debout, il voulut exiger qu'ils se missent à genoux ; mais le gouverneur fit dire que c'était leur devoir de rester debout. Mgr de Laval se décida immédiatement à passer outre, et ne voulut pas arrêter au reposoir du Fort ?. |
Cette affaire fit beaucoup de bruit. Le gouverneur fut profondément blessé de l’injure qu’il venait de recevoir. Chacun se demandait si l’évêque avait le droit d'exiger des soldats ce qu’il réclamait. ‘‘ Ce qui parut de plus certain par le rapport de quelqu'un di, ‘ de foi, dit le Journal des jésuites, est qu’en semblable rencontre les soldats des gardes du roi mettent un genou en terre, sans se découvrir. ” Et
1 — Dans un document sans signature ni date, on trouve la réponse suivante : ‘‘ Pour l’encens, il faut suivre ponctuellement ie céréaonial, et établir l'Eglise du Can\da de la manière ordinaire, et dans han des autres Eglises.” (Archives de lu province ‘1? Québec, 2e série, vol. L)
2 — Journal de: ‘ésuites, juiu 1661,
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le Journal ajoute avec raison: ‘‘ C’est de quoi il eñt fallu s'éclaircir auparavant, et en convenir. ”
En effet, si l’on s'était entendu d'avance, Mgr de Laval aurait probablement obtenu de M. D’A:genson ce qu’il obtint deux ans plus tard du baron D'Avaugour : ‘ La procession, dit le Journal des jésuites, alla au magasin à l'ordinaire, où il y avait reposoir, puis monta au Fort, où il y avait aussi reposoir, et les soldats en haïe depuis le canon qui était sur la plate-forme en dehors ayant à dos la porte du Fort, tous à genoux et découverts, et la bouche du fusil contre terre 1, ”
Mgr de Laval avait dorc fini par gagner ce qu’il désirait ; et l’on ne peut nier que, si ce cérémonial pour les soldats n'était pas tout à fait conforme aux usages militaires, il était plus respectueux pour le saint Sacrement.
Dans les divers incidents rapportés au cours de ce chapitre, quelques-uns ont cru voir la nature des Montmorency-Laval reprendre quelquefois le dessus dans le disciple de M. de Bernières :. comme si l’on devait s'étonner de trouver quelques légères taches dans une si belle et si sainte vie!
Ce qui est certain, c'est que l’évêque de Pétrée était déjà un homme d’une vertu peu ordinaire, ‘Sa vie est si exemplaire, écrivait Marie de l’Incarnation en 1659, qu’il tient tout le pays en admiration ?.”” Elle disait encore de lui, au plus fort de ses démêlés avec M. de Queylus et
1 — Journal des jésuites, 8 juin 1662.
2 — Lettre historique 57e.
M. D’Argenson: ‘‘ C’est un autre saint Thomas de Villeneuve pour la charité et pour l’humilité.. C’est l’homme le plus austère et li: plus détaché des biens de ce monde 1.”
Mais les saints n’arrivent pas du premier coup au plus haut degré de la perfection. La vertu, plus encore que le génie, est une œuvre de grande patience. L'homme qui aspire à la sainteté, commence par bien fixer dans son cœur les échelons mystérieux par lesquels il doit s'approcher de Dieu ?; puis il s'élève peu à peu de vertus en vertus, de Aperçu mérites en mérites, jusqu’à ce qu'il arrive aux plus hauts po sommets de la rerfection chrétienne, comme le soleil en plein midi.
Nous verrons Mgr de Laval, déjà si distingué par sa piété et sa vertu au commencement de sa carrière épiscopale, atteindre bientôt ces sommets lumineux, et projeter l'éclat de la plus éminente sainteté sur l'Eglise du Canada.
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C'était 1 1 —- Lettre historig x, 17 septembre 1660.
2 — ‘ Ascensinnes in corde suo disposuit. ” (Ps. LXXX, 6.) encore ]
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