‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 60 sur 163 · Z NO · texte numérisé non relu

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vaisseaux venant de la France. Nous avons vu Mgr de Laval y descendre lui-même tout d’abord, et y donner les prémices de son zèle apostolique. Mais nous ne croyons pas qu’il ait jamais eu occasion de retourner dans cette partie de son vicariat.

Sur le Saint-Laurent, quatre postes principaux attiraient les regards: Tadoussac, Québec, les Trois-Rivières et Montréal ; ils étaient séparés les uns des autres par une trentaine de lieues de distance. C'était là que les sauvages venaient apporter le produit de leurs chasses, les peaux de castors, surtout, qu’ils échangeaient contre les produits européens Î.

Ces quatre postes furent les premiers centres de colonisation canadienne. Mgr de Laval avait choïsi pour sa résidence celui qui était alors le plus.ancien et le plus populeux, Québec.

On a peine à se figurer aujourd’hui ce que devait être à cette époque la vie du colon canadien, perdu pour ainsi dire au milieu de ces forêts, éloigné de mille lieues de sa patrie. L'hiver, surtout, quel isolement! ‘‘ Les navires qui vont de France en Canada, dit le P. Ragueneau, ne partent qu’au printemps, aux mois d’avril, mai et juin: et

1—‘Ily a (à Ville-Marie) une place grande et spacieuse dans la ville, où les marchands dressent des boutiques plusieurs fois l’année, pour traiter avec les sauvages, qui sont quelquefois quatre et cinq cents à la fois: ce qui est si récréatif à voir, que grand nombre de personnes viennent de 60 lieues de loin pour voir ces sortes de foires.” (Annales de l’'Hôtel-Dieu de Montréai.)

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On était donc la moitié de l’année sans aucune nouvelle de la France, sans rapports possibles avec ses parents et ses amis. Ce n’est que tard le printemps que l’on voyait renaître ses espérances, avec les feuilles et les fleurs. Comme ces mois de l’hiver devaient paraître longs !

Dans les villes, à Québec, surtout, où il y avait déjà une excellente société, on avait plusieurs occasions de se distraire. Le gouverneur, et les jésuites dans leur collège, donnaient de temps en temps des séances publiques, qui ne manquaient pas d'attirer l'élite des citoyens: plusieurs des meilleures pièces du répertoirs class'que, le Cid, par exemple, furent jouées avec succès à cette époque 2.

Il y avait quelquefois des réjouissances d’un autre genre, qui étaient très appréciées : or raisait, le soir, des feux de joie, à l’occasion de csrtaines grandes fêtes. C’est ainsi que le jour de la Saint-Joseph 1660, il y eut trois feux de joie, l’un au collège des jésuites, un autre chez M. Couillard et un troisième chez les ursulines 3.

On connaît l’importance que l’on attachait au feu de la Saint-Jean, et quelle réjouissance cette cérémonie était pour le peuple. ‘ La solennité du feu de la Saint-Jean, dit le Journal des jésuites de 1666, se fit avec toutes les magnifitences possibles, Mgr l’évêque revêtu pontificalement, avec

1— Vie de Catherine de Saint-Augustin.

2— Journal des jésuites, passim.

3— Journal des jésuites, mars 1660.

tout le clergé, nos Pères en surplis, etc. Il présente le flambeau de cire blanche à M. de Tracy, qui le lui rend, et l’oblige à mettre le feu le premier, etc. ”

Le clergé réussit pendant longtemps à empêcher les amusements dangereux. Le premier bal au Canada eut lieu le 4 février 1667 ; et le Journal des jésuites qui rapporte ce fait, ajoute: ‘Dieu veuille que cela ne tire point en conséquence ! ”

À la campagne, où il n’y avait encore qu’une poignée de colons, la vie était nécessairement plus monotone qu’en ville, Les habitations n'étaient pas groupées en hameaux comme en France; on s'était bâti un peu au hasard, chacun à sa commodité, près du fleuve, sur la terre con- -cédée par le seigneur du lieu. Et puis, quelles habitations! les arbres de la forêt, que l’on avait abattus et réunis à faux frais dans leur forme grossière, de manière à se procurer un abri quelconque contre l’intempérie des saisons. Nulle part, de chemins, pour communiquer d’une habitation à l’autre: en été, on se servait du canot sur le fleuve; en hiver, on avait les sentiers que l’on se frayait soi-même en raquettes sur la neige.

Jamais cependant le colon canadien ne connut l’ennui; il avait apporté avec lui la gaieté gauloise si proverbiale. La chasse, la pêche, les courses sur la neige le distrayaient, l'hiver, de ses travaux ; il lui fallait abattre les arbres de la forêt pour se faire une maison et se protéger contre le froid ; l'été, il avait à ensemencer et à cultiver son champ. Il se serait trouvé trop heureux, s’il n’avait pas eu à redouter sans cesse les incursions du farouche Iroquois,

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