‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 61 sur 163 · E] où les pi messe, d où les pà (1641-1 dt · texte numérisé non relu

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De Québec à Tadoussac, on ne voyaitencore à cetteépoque que deux églises, une en pierre, bâtie sur le bord du fleuve, au Château-Richer, et la petite église en bois que M. de Queylus avait fait commencer à la Bonne Sainte-Anne. À Tadoussac, il y avait une jolie petite église en pierre 1, que les jésuites avaient fait construire pour leurs néophytes Montagnais, qui s’y rendaient en foule dans la belle saison, au retour de leurs chasses, pour y recevoir les sacrements et entendre la parole de Dieu. Aucune église sur l’île d'Orléans, ni sur la côte sud. A Montréal, il n’y avait encore que la pauvre église en bois attenante à l’Hôtel- Dieu, qui se trouvait à peu de distance du fleuve. Aux Trois-Rivières, une église paroissiale, en bois, bâtie par les jésuites, sous le vocable de l’Immaculée Conception.

. Il fallait ensuite venir jusqu’à Sillery pour trouver une église, celle des pères jésuites, près de leur résidence Saint-Joseph: puis, il y avait, à l'endroit occupé aujourd'hui par la paroïsse Saint-Jean-Baptiste, sur le coteau Sainte-Geneviève, une petite chapelle en bois, que desservit

longtemps M. de Saint-Sauveur.

Avec les quatre églises de Québec, en pierre, celles de la paroisse, des jésuites, des ursulines et de l’Hôtel-Dieu, il n’y avait donc encore à cette Soque (1660) que onze églises dans toute la colonie française du Canada ?.

1 — Elle avait remplacé la pauvre chapelle en écorce et en feuillage où les pères récollets Dolbeau, Huet et Le Caron avaient célébré la messe, du temps de Champlain (1615-1622), et l’humble ‘‘ masure ” où les pères jésuites De Guen et Albanel dessorvirent si longtemps (1641-1660) les Montagnais de Tadoussac. (Relations des jésuites. )

2 — Relatio Missionis Cunadensis, 1660.

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Les missionnairesallaientaussisouvent que possible, avec leurs chapelles portatives, célébrer une ou deux messes le dimanche dans quelques-unes des habitations les plus convenables, et quelquefois à de grandes distances, pour procurer l’avantage des sacrements aux colons dispersés çà et là sur les rives de notre grand fleuve.

Pour compléter cet aperçu du vicariat apostolique de Mgr de Laval, lors de son arrivée au Canada, on aimerait peut-être à savoir ce que pensait le prélat des Français de la colonie. Bien qu’il soit d’une grande réserve pour les personnes, tant dans ses lettres que dans ses rapports au souverain pontife, il laisse clairement entendre que le grand mal d'alors — les choses sont-elles bien changées ? — c'était que la plupart des colons recherchaient trop leurs intérêts temporels, et négligeaient le but principal que la colonie devait avoir dans les vues du roi, de la reine mère et de tant de saintes personnes qui s’intéressaient à l’avenir du Canada : le bien de la Religion et la propagation de la foi catholique. Nous verrons que c’est précisément cette recherche excessive des intérêts tem porels, qui sera au fond de la grande question de l’eau-de-vie, laquelle causera tant de chagrins à Mgr de Laval.

“ Je ne vois ici personne, @lisait-il au souverain pontife, sur le zèle et l’autorité de qui on puisse compter pour l’affermissement de la Religion. La plupart n’ont pas le moindre souci de la propagation de la foi, et ne recherchent que leurs intérêts propres 1. ”

1 —- Relatio Missionis Canadensis, 1660.

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Naturellement, ces hommes affamés de gains illicites n’aimaient guère les remontrances de l’évêque ou des jésuites : ‘ Vous avez ici, écrivait-il au général de la Compagnie de Jésus, des envieux. et des ennemis, qui s’indignent contre vous et contre moi; mais ce sont de mauvais juges, qui se réjouissent du mal et n’aiment pas le triomphe de la vérité 1.”

Il y avait aussi la race des médisants et des mauvaises langues, que l’on trouveinfailliblement dans tous les petits villages, et qui faisait alors beaucoup de mal à Québec. Dans cette société encore en germe, on s’épiait les uns les autres, on interprétait en mal les actions du prochain, on critiquait tout ce que l’on voyait. Ce fléau de la médisance désolait le cœur du prélat : ‘ Il fallait un homme de cette force, dit Marie de l’Incarnation, pour extirper la médisance, qui prenait un grand cours et jetait de profondes racines.” Et elle ajoute plus loin: ‘ Pour le pays, en général, sa perte, à mon avis, ne viendra pas tant du côté des Iroquois, que du côté de certaines personnes qui, par envie ou autrement, écrivent quantité de choses fausses contre les plus saints et les plus vertueux, et qui déchirent par leurs calomnies ceux qui y maintiennent la justice et la font subsister par leur prudence 2.”

Il fallait que le fléau fût bien grand, pour que la Mère de l’Incarnation, dont le jugement est toujours si sûr et si réfléchi, le trouvât même plus dommageable à la colonie

1 — Lettre au P. Nickel, 1669. 2 — Lettre historique 57e.

que les incursions des Iroquois. Et cependant l’on sait avec quelle fureur ces sauvages s’acharnaient à la ruine du Canada. Nous verrons, au cours d’un prochain chapitre, que, dans les premières années d'administration de Mgr de Laval, ils mirent plusieurs fois la colonie à deux doigts de sa perte.

D'un autre côté, il y avait à Québec plusieurs citoyens d'élite, qui furent toujours dévoués à la cause du bien. Parmi eux se distinguaient surtout MM. de Villeray, Bourdon, Juchereau de la Ferté, etc., hommes respectés dans la colonie, mais contre lesquels ne manquait pas de s’aiguiser la langue de la médisance dont nous venons de parler. Ils se montrèrent toujours les véritables amis de l’ordre et de la religion. Nous verrons Mgr de Laval les soutenir énergiquement et leur rester fidèle dans la bonne comme dans la mauvaise fortune ; nous le verrons s’opposer comme un mur d’airain aux injustes persécutions du gouverneur De Mésy contre ces bons citoyens.

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