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248 VIE DE MGR DE LAVAÏi
charge des missions, se réservant pour lui-même la direction générale du vicariat apostolique, et pour ses prêtres séculiers la desserte de la colonie française.
Il y avait à Québec huit pères jésuites, dont quelquesuns étaient employés au collège, les autres, toujours prêts à partir, au moindre signe de leur supérieur, pour les missions les plus lointaines, ou à la disposition de l’évêque pour n'importe quelle fonction du saint ministère. È
Deux autres pères jésuites desservaient les missions de l’Acadie ; un autre, celle de Sillery, près de Québec; il y en avait deux à la résidence des Trois-Rivières. Le P. Chaumonot avait été envoyé à Montréal tant pour l’instruction et le soin des sauvages qui y accouraient de tous côtés, que pour la consolation de beaucoup de Français, qui l’avaient demandé instamment à Mgr de Laval. Il était, dans l'exercice du saint ministère, le collaborateur des vénérebles sulpiciens, qui desservaient avec zèle cette ville naissante ; et il vécut toujours avec eux dans les termes d’une douce fraternité.
Enfin, deux autres pères de la Compagnie: de Jésus partirent, dans l'été de 1660, pour une mission éloignée de plus de quatre cents lieues de Québec, où ‘ il y avait des nations innombrables qui n’avaient jamais entendu parler de religion, dit Mgr de Laval. L’un d’eux !, abandonné de ses compagnons, et revenu à Québec, devait se rendre à Tadoussac pour y instruire des néophytes sau-
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vages; de là, il se proposait de pénétrer jusqu'aux rivages de la baie d'Hudson pour y porter les lumières de la foi. L'autre ! avait continué sa route du côté de l'Occident, vers cet océan pacifique que l’on ne connaissait encore qu'imparfaitement, et par où l’on espérait pénétrer jusqu'en Chine ?.”
Le zèle de tous ces ouvriers apostoliques remplissait de joie le cœur de Mgr de Laval: ‘‘ J’ai vu ici et admiré les travaux de vos Pères, écrivait-il au général de la Compagnie de Jésus. Ils ont réussi, non seulement auprès des néophytes, qu’ils ont tirés de la barbarie et amenés à la connaissance du seul vrai Dieu, mais encore auprès des Français, auxquels par leurs exemples et la sainteté de leur vie, ils ont inspiré de tels sentiments de piété, que je ne crains pas d'affirmer en toute vérité que vos Pères sont ici la bonne odeur de Jésus-Christ partout où ils travaillent 3,”
Ce qu'il dit des jésuites, dans son rapport au souverain pontife (1660), est un des plus beaux éloges qui soient jamais sortis de la bouche d’un évêque en faveur de ces religieax.
“Tes pères de la Compagnie de Jésus me sont, dit-il, d'un grand secours, tant pour la desserte des Français que pour celle des sauvages. Toujours prêts à entendre les confessions et à annoncer la parole divine, ils enseignent le
1— Le P. Ménard.
2— Relatio Missionis Canadensis, 1660, 3 — Lettre au P. Nickel, 1659.
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catéchisme aux enfants et aux ignorants, et forment tout le monde à la piété, en particulier comme en public. Ils visitent avec une égale attention les ges du peuple et ceux de la haute société, exercent les œuvres de miséricorde et répandent partout de nombreuses aumônes. Connaissant la langue et les mœurs des indigènes, ils les aiment en Jésus-Christ, et en sont tendrement aimés.
‘“ Leurs revenus ne sufliraient pas aux larges aumônes qu'ils répandent, s'ils n’avaient d'abondants secours de la France. Ils ne reçoivent rien pour l’administration des sacrements.
‘Ils me sont très soumis et se montrent toujours prêts à exécuter mes ordres. Ce sont des hommes de paix et de bon exemple. Il y en a qui ne les aiment pas suffsamment ; mais c'est par jalousie, ou parce que les Pères ne favorisent en aucune manière ceux qui ont trop d’attache aux biens temporels.
‘Très versés dans la théologie et les belles-lettres, appelés pour la plupart à jouer un rôle remarquable en France, s'ils y étaient restés, ils se dévouent tout entiers au salut des âmes. Il n’y a pas de nation si barbare nisi éloignée, où ils ne brûlent de porter leur zèle et leur travaux apostoliques. On en a vu périr de froid au milieu des neiges, à genoux, et les yeux levés vers le ciel ; ils étaient morts en priant, pendant qu’ils cherchaïent à se frayer un chemin au milieu de ces neiges épaisses, pour aller porter aux âmes le secours de leur ministère.
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D'autres ont été consumés à petit feu ; d’autres, percés de glaives....Plus de dix ont été pris pa: les froquois infidèles, massacrés, égorgés, soumis à toute espèce de tortures, qu'ils ont endurées avec une patience vraiment chrétienne et un zèle apostolique.”
Les prêtres séculiers ne donnaient pas moins de consolation que les jésuites à l’évêque de Pétrée.
“Ceux que j'ai avec moi, dit-il, me remplissent de joie par leur piété et par la bonne odeur de leur vie. Ilsannon- «ent au peuple la parole de Dieu, entendent les confessions, et remplissent toutes les fonctions de leur ministère avec beaucoup de zèle et de ferveur. Ils ne se mêlent aucunement de politique, aiment la pauvreté, ne reçoivent rien pour l'administration des sacrements, en un mot, ne recherchent aucunement leurs intérêts propres, mais uniquement eux de Jésus-Christ. ”
Il faut dire que ces prêtres avaient dans leur évêque un idmireble modèle de dévouement, d’abnégation et de ile,
“Je me suis appliqué dans la mesure de mes faibles forces, écrit-il humblement au souverain pontife, avec tout le soin et la vigilance dont j’ai pu être capable, à toutes les fonctions sacrées, prêcher, entendre les confessions, administrer le sacrement de confirmation, visiter tous les fidèles Lunfiés à mes soins, mais surtout ceux qui restent à la Lampagne, qui sont loin de Québec, et qui ont moins de secours. ”
Puis il fait entendre au saint-père ce cri d’apôtre : ‘‘ Fause le ciel que je me fasse tout à tous, et que je parviennei! procurer des âmes à Jésus-Christ! ”
Qui n’admirerait cet évêque de la primitive Eglise, tout dévoué au salut de son troupeau, se faisant, au besoin,
1ple missionnaire, et ne reculant devant aucune fatigue M pour aller porter à chacun les secours de la religion? Certes les Canadiens devaient être fiers lorsqu'ils recevaient inopinément la visite d’un tel pasteur !
‘ Comme les autres prêtres de la colonie, on l’a vu cent fois, dit M. de Latour, aller administrer les sacrements aux malades, à la ville et à la campagne, ramant dans un canot, en été, marchant en hiver sur la neige, en raquettes; on la 4 vu, portant sur son dos sa chapelle, aller à une et deux | lieues dire la messe dans une cabane, donner le saint de Jésus, : viatique et l’extrème onction, puis s’en revenir, après avoir D ss enfant:
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trois paroisses un peu organisées, celle de Québec, celle de Puis il r Montréal, et celle de Château-Richer, ou ‘ l’église def jour de l'an Beaupré, la seule église de campagne française qui fûtÆS berait un d encore formée, ” dit M. de Latour. on irait en
Le prélat nomma M. Torcapel curé de Québec, et, A l'église des défaut de prêtres séculiers, lui donna le P. Lemercier peut procession ! vicaire. Mais, pour perpétuer la mémoire des servi Ce fut 1à
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1 — Mémoires sur la vie de M. de Laval, Le Journe
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rendus à la paroisse de Québec par les jésuites, il établit, à partir du premier janvier 1660, une cérémonie qui, répé-
tée à certaines dates fixes, devait permettre aux citoyens de leur exprimer leur reconnaissance. M. Torcapel fut chargé d'annoncer en chaire ses intentions, le dimanche précédent.
S'était-il acquitté de cette tâche d’une manière un peu tiède ? N’avait-il pas assez insisté sur la reconnaissance due aux pères jésuites ? Quoi qu’il en soit, Mgr de Laval voulut monter en chaire lui-même le premier jour de l’an,. etreprendre le prône de M. Torcapel 1, Dans une allocution pleine de chaleur, il rappela aux paroissiens de Québec ce qu’ils devaient aux révérends pères jésuites. Apostrophant saint Ignace, le fondateur de la Compagnie de Jésus, il le pria de veiller toujours du haut du ciel sur ss enfants bien-2imés, et de ne pas permettre que les
enseignements qu'ils avaient répandus partout sur le sol
de la Nouvelle-France, avec tant de zèle et souvent au prix de leur sang, fussent jamais oubliés.
Puis il régla que trois fois par année, savoir, le premier jour de l’an, le jour de la Saint-Ignace, lorsque cette fête tomberait un dimanche, et le jour de la Saint-François-Xavier, n irait en procession, de la paroisse, chanter les vêpres à l'église des jésuites. On commença ce jour-là même; la procession fut magnifique, et le peuple s’y porta en foule. . Ce fut là la première ordonnance de Mgr de Laval (25
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1— Journal des jésuites, janvier 1660.
janvier 1660) ; elle était un hommage d'affection et de piété filiale pour ses maîtres vénérés, les pères de la Com. pagnie de Jésus. Elle fut maintenue tout le temps de son épiscopat, et observée encore longtemps après.
Un des premiers actes d'administration de Mgr de Laval fut la création d’une officialité, ou d’un tribunal ecclésias. tique, chargé de juger toutes les affaires où le clergé pouvait être concerné; tant ce grand évêque avait à cœur de sauvegarder les immunités ecclésiastiques, de protéger ses prêtres contre l’ingérence indue des tribunaux civils et de tout établir ici, dès le commencement, d’une manière conforme au droit canonique!
M. Torcapel fut nommé promoteur de l'offcialité, et M. de Lauson-Charny, juge ou official 1. Celui-ci était en même temps le grand vicaire de l’évêque ?. Mgr de Laval lui rend un beau témoignage : ‘‘ C’est un homme, dit:il, d’une haute naissance, mais plus remarquable encore par sa piété, sa prudence et son expérience, qui est bien audessus de son âge, car il a à peine trente. ans. . Avant d’être prêtre, il a remplacé son père comme gouverneur du Canada, lorsque celui-ci est repassé en France il y 4 quatre ans. Son père est conseiller du roi 3.”
Il y a peu de détails sur les travaux de cette première officialité. Nous savons seulement que, dès le début, ily
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1 — Latour, p. 22.
2 — D'après le Journal des jésuites, il était déjà grand vicaire le 21 W |
octobre 1660. Ses lettres, inscrites dans les registres de l’archevêché de Québec, sont datées du 9 août 1662. :
3 — Relatio Missionis Canadensis, 1660.
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