‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 81 sur 163 · CE · texte numérisé non relu

CE

1— Journal des jésuites, 6 janv. 1660.

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boisson était presque invariablement accompagné de l'abus, il l'avait défendu d’une manière absolue et formelle,

Une fois la défense portée, Mgr de Laval, qui n'avait agi qu'avec le concours de ses prêtres, et après mûre délibération, apporta à l'exécution de son mandement une énergie indomptable. ‘Il mit en mouvement les religieux et le clergé, dit M. de Latour, et il fut secondé avec zèle ; on tonna dans la chaire, on fut inflexible dans le confessionnal. Ce fut le signal d’une persécution qui n’a jamais été bien éteinte. Ses ennemis prétendirent que les consciences étaient génées, ils invectivèrent contre les confesseurs et les prédicateurs ; on attaqua leurs mœurs et leur conduite; le prélat ne fut pas plus épargné que les autres 1.”

Mais il ne fléchit pas un instant. Méprisant ces calomnies, et animé de l'esprit d’en haut, il maintint avec courage ses ordonnances, et les peines qu’il avait portées contre les vendeurs de boissons aux sauvages.

Bien plus, il voulut un jour faire un exemple solennel, afin d'imprimer aux coupables une salutaire terreur. Un individu nommé Pierre Aigron dit Lamothe, ayant encouru plusieurs fois la peine de l’excommunication pour avoir vendu de l’alcool aux sauvages, et ne voulant pas cesser sa mauvaise vie, Mgr de Laval l’excommunia nommément, et le retrancha de la société des fidèles, obligeant tout le monde à le fuir et à l’éviter comme un homme atteint de la peste ?.

1-—- Latour, p. 82. — Voir aussi Lettre de Marie ‘de l’Incarnation, 90 août 1665.

2 — Journal des jésuites, avril 1661.

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I1 faudrait citer toute cette sentence, dont le langage à la fois sévère et paternel nous reporte aux âges de foi de la primitive Eglise, et nous rappelle ler :ommunication portée autrefois contre l’incestueux de Corinthel. Je passage suivant nous donnera une idée de la force déployée par Mgr de Laval en cette occasion :

‘ Nous, de l’autorité de Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, et des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et de tous les saints, la coutumace du dit Pierre Aigron nous y ayant forcé, avons, quoique avec un extrême regret, excommunié etexcommunions par ces présentes le dit Pierre Aigron, et dès à présent le retranchons du corps de l'Eglise, comme membre infect et gâté, le privant des prières et suffrages des chrétiens et de tout usage des sacrements, lui interdisons l’entrée de l’église pendant le divin service, et en cas qu’il meure dans la présente excommunication, ordonnons que son corps soit privé de sépulture et jeté à la voirie... Admonestons un chacunet tous les fidèles de ne le fréquenter, ni parler, ni saluer pour quelque raison que ce soit, mais plutôt le fuir et éviter, comme une personne maudite et excommuniée.... Et même, au cas que le dit Pierre Aigron soit si téméraire et si impudent que d'entrer dans aucune église pendant que l’on dira la sainte messe, et que l’on fera le divin service, nous commandons que l’on cesse le sacrifice de la messe et tout autre service, jusqu’à ce qu'il ait été chassé ou jeté dehors 2...”

1— I Cor., V.

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