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De son côté, voici ce qu’écrivait dans son journal Catherine de Saint-Augustin :
‘Le cinq février, ayant offert mes dévations pour les âmes qui sont en péché mortel, je priai les premiers martyrs du Japon de la Compagnie de Jésus, dont on faisait la fête, d'en faire eux-mêmes l’application, selon ce qui serait plus à la gloire de Dieu. J’eus pour lors un pressentiment assez considérable et comme une assurance infaillible que Dieu était près de punir le pays, pour les péchés qui s’y commettaient, surtout pour le mépris qu’on faisait de l'Eglise, Il me sembla pour lors que Dieu était beaucoup irrité. Je ne pus m'empêcher de souhaiter ce châtiment, quel qu'il fût, car je n’eus pour lors aucune idée de ce que ce pourrait être.
‘* Le soir, au même instant qu’un tremblement de terre commença, je vis en esprit quatre démons, qui occupaient les quatre côtés des terres voisines et les secouaient fortement, comme voulant tout renverser ; et sans doute ils l’auraient fait, si une puissance supérieure qui donnait comme le branle à tout, n’eût mis obstacle à leur volonté. Ensuite les démons me dirent qu’ils feraient leur possible pour continuer ce renversement, qu’il y avait bien du monde effrayé, et que la peur les faisait recourir à Dieu et penser à leur conscience, mais qu’ils feraient bin en sorte que cela ne leur servirait guère.
‘“ Deux ou trois jours après, étant devant le saint sacrement, je me sentis intérieurement invitée d'écouter et de voir. Je fus un peu troublée d’abord ; la voix et la présence :
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de celui qui me parla, quoique ce fût d’une façon non visible, m’imprima une grande terreur, à raison de sa majesté. Néanmoins, mon esprit se calma, et, quoique je fusse dans une crainte respectueuse, mon cœur possédait une paix profonde.
“11 me sembla que saint Michel était celui qui me parlait. Voici d’abord ce qu’il me fit entendre: “ Loquimini ad cor Jerusalem, et advocate eam, quoniam completa est mali- “hia qjus, dimissa est iniquitas illius 1, ” Il portait en sa main gauche trois flèches, et à la droite une balance; sur les flèches, était écrit: ‘ Quis ut Deus 2?” Et la même devise semblait lui composer une espèce d’habillement ; les flèches étaient prêtes à être décochées; un des bassins de la balance était rempli, et comme comblé des paroles précédentes du prophète Isaïe; l’autre était presque vide, et l’on ne voyait dedans qu’une légère vapeur.
On me fit entendre que ces flèches étaient trois sortes de punitions pour trois sortes de péchés, qui sont ordinaires en ce pays: l’impiété, l’impureté, et le peu de charité, surtout dans les détractions et les désunions.
“ Je priai l’ange d’avoir un peu de patience, et de ne pas lancer sitôt ses flèches. Il me dit: ‘ Deus non irridetur 3. ” Je lui dis: ‘* Dieu s’oubliera-t-il de ses grandes miséricor- “des? Qu'il me punisse, moi, qui ai attiré sa colère sur ce
1 — ‘ Parlez au cœur de Jérusalem, et assurez-ia que ses maux sont finis, que ses iniquités lui sont pardonnées, ” (Isaïe, XL, 2.)
2 — ‘ Qui est semblable à Dieu ? ”
3 —‘ On ne se rit point de Dieu. ” (Galat., VI, 7.)