‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 93 sur 163 · SC MER RAGE · texte numérisé non relu

SC MER RAGE

prières publiques, les processions, les pèlerinages ont été continuels; les jeûnes au pain et à l’eau fort fréquents; les confessions générales plus sincères qu’elles ne l’auraient été dans l'extrémité des maladies.

‘Un seul ecclésiastique, qui gouverne la paroisse de Château - Richer!, nous a assuré qu'il a fait faire pius de huit cents confessions générales. Je vous Jaisse à penser ce qu'ont pu faire les révérends pères, qui jour et nuit étaient dans les confessionnaux. Je ne crois pas que,. dans tout le pays, il y ait un habitant qui n’ait fait une confession générale, Il s’est trouvé des pécheurs invétérés qui, pour assurer leurs consciences, ont recommencé la leur plus de trois fois.

‘On a vu des réconciliations admirables, les ennemis se mettant à genoux les uns devant les autres pour se demander pardon avec tant de douleur, qu’il était aisé de voir que ces changements étaient des coups du ciel et dela miséricorde de Dieu, plutôt que de sa justice.

‘ Au Fort de Saint-François-Xavier, qui est de la paroisse de Sillery, il y avait un soldat de la garnison venu de France, dans les navires du roi, le plus méchant et le plus abominable homme du monde. Il se vantait impudemment de ses crimes, comme un autre pourrait faire d’une action digne de louange. Lorsque le tremblement de terre commença, il fut saisi d’une frayeur si étrange qu’il s’écria devant tout le monde: ‘Qu’on ne cherche point d'autre

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‘cause de ce que vous voyez, que moi : c’est Dieu qui veut ‘‘châtier mes crimes.” Il commença ensuite à confesser tout haut ses péchés, sans rien avoir devant les yeux que la justice de Dieu, qui l’allait, à ce qu’il croyait, précipiter dans les enfers. Ce Fort est à un quart de lieu de Sillery, où il le fallut porter à quatre pour le confesser, la peur l'ayant fait devenir comme perclus. Dieu a fait en lui une si heureuse et si entière conversion, qu'il est aujourd'hui un modèle de vertu et de bonnes œuvres !. ”

Il est facile d'imaginer combien Mgr de Laval eût été heureux, s’il eût vu de ses yeux ces merveilles de grâces. Autant il aurait gémi sur les malheurs qui venaient de fondre sur la Nouvelle-France, autant il se serait réjoui des fruits de conversions opérés dans les cœurs ; et il aurait remercié le Seigneur d’avoir bien voulu visiter son peuple.

Ïl est probable qu’il n’apprit qu’à son retour le tremblement de terre qui avait bouleversé le Canada, car il quitta la France avant qu'aucun vaisseau parti de la colonie pût ître arrivé en Europe. Lorsqu'il revint, tout était rentré dans le calme.

En effet, le tremblement de terre ne laissa aucune trace fâcheuse pour le Canada. ‘‘ Nous craignions la peste ou la famine, dit Marie de l’Incarnation : Dieu nous a préservés de l’une et de l’autre. Il se trouva qu’après les grandes secousses, et les feux qui étaient sortis par les ouvertures de la terre, une extrême sécheresse avait comme brûlé la sur-

1 — Lettre historique 67e.

face de la terre et consumé toutes les semences. Ensuite de ces aridités, Dieu permit qu’il tombât des pluies en si grande abondance, que les torrents semblaient avoir emporté tout le reste de l’herbe et tout ensemble l’espérance de faire aucune moisson.

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‘“ Le contraire est arrivé, car la moisson a été si abondante, que jamais l’on n’a recueilli tant de blé, ni d’autres grains, dans ce pays. Et pour les maladies, il n’y en a eu aucune, sinon celles que les vaisseaux du roi nous apportent. ‘* Vous voyez par là que Dieu ne blesse que pour guérir, Ace

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et que ses fléaux, que nous avons expérimentés, ne sont

que les châtiments d’un bon père !.”

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1 — Lettre historique 68e.

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