CHAPITRE DOUZIÈME
Accueil favorable fait à Mgr de Laval en France. — Il s'occupe des intérêts spirituels et temporels de la colonie. — Succès de son voyage. — Il revient au Canada avec M. de Mésy. 1662-1663.
Le vicaire apostolique du Canada fut reçu par le roi avec beaucoup de bienveillance. On assure même qu’à une
grande réception qui eut lieu à la Cour peu de temps après
son arrivée, et à laquelle il assista, il fut l’objet d’une attention toute spéciale de la part du souverain !.
‘* La haute naissance de ce prélat, dit M. de la Colombière, et l’accès que lui donnaient auprès du roi l’estime qu’il faisait de sa vertu et l’idée qu’il avait conçue de ga droiture et de sa probité, engagèrent ce prince à écouter et à suivre ses conseils 2. ”
Certes, il fallait un mérite peu ordinaire et une cause pleine d'intérêt pour fixer tout d’abord l'attention d'un monarque si puissant. Louis XIV entrait dans sa
1 — C'était une tradition conservée encore au séminaire, du temps de M. Jérôme Demers, qui aimait à la raconter. 2 — Eloge funèbre.
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vingt-cinquième année !, et, sans être encore à l’apogée de sa gloire, faisait déjà pressentir l'éclat et l'autorité de son règne.
À dix-sept ans, il avait paru un jour en habit de chasse et le fouet à la main, en pleine assemblée du parlement de Paris, où l’on discutait quelques-unes de ses ordonnances; et d’un ton de voix qui révélait une volonté forte: ‘ Messieurs, dit-il, on sait les malheurs qu'ont produits vos assemblées ; j’ordonne qu’on cesse celles qui sont commencées sur mes édits. Monsieur le président, je vous défends de souffrir des assemblées, et à pas un de vous de les demander. ”
Mazarin venait de mourir ?, laissant le roi libre de toute entrave à son pouvoir. Le lendemain de la mort du ministre, l'archevêque de Rouen, président de l’assemblée du clergé, se présente au roi: ‘* A qui, désormais, dois-je m'adresser, sire, lui dit-il ? — À moi, M. l'archevêque, répondit le monarque. ” De ce jour, il fut le maître, et il n’y eut plus en France d’autre volonté que la sienne.
Ce n’est pas qu’il fît tout par lui-même, et sans les lumières de personne. Le chancelier Séguier, Le Tellier, secrétaire d’état de la guerre, Lyonne, ministre des affaires étrangères, Louvois, D’Aligre, D'Ormesson, Voisin, Lamoignon, et surtout Colbert, le nouveau contrôleur des finances, à la place de Fouquet, que le roi venait de faire condamner
1 — Il était né le 5 septembre 1638.
2 — Le 9 mars 1661.
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à un bannissement perpétuel : quelle pléïiade de ministres distingués ! Quelle Cour digne d’un si grand monarque!
“T1 n’attachait son nom, dit un historien, à aucune ordonnance, avant de l'avoir soumise à ses ministres, et d'avoir éclairé son jugement par un examen approfondi de la question !, ”
Louis XIV était déjà l’arbitre de l'Europe. La Cour d’Espagne, qui seule aurait pu disputer à celle de France la prééminence, venait de faire acte de soumission à l’autorité du grand roi, à propos d’une question d’étiquette entre les ambassadeurs des deux pays à la Cour d'Angleterre.
Voilà le monarque qui avait fait un si bon accueil au représentant des Canadiens, M. Pierre Boucher, l’année précédente. Il reçut le vicaire apostolique avec une faveur encore plus marquée.
On jugera de l'estime que professait Louis XIV pour Mgr de Laval, par la lettre qu’il venait de lui écrire, au printemps de cette même année 1662 2:
“J'ai vu, lui disait-il, par les lettres que vous m'avez écrites, les peines et les travaux que vous soûffrez journellement pour convertir à la foi catholique les peuples de la Nouvelle-France; et comme il ne se peut rien ajouter à la satisfaction qui m’en demeure, j'ai bien voulu vous le témoigner par celle-ci, et vous dire qu’outre qu’en continuant ces exercices de piété et de vertu, vous ne sauriez
1 — Mennechet, Histoire de France.
2 — Le 30 avril. Elle était adressée : ‘* À M. l'évique de Pétrée, Conseiller en mon Conseil d'Etat. ”
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mieux employer vos soins, ni rien faire de plus méritoire envers Dieu, vous me rendrez un service très agréable, que je désire reconnaître, non seulement en vous établissant évêque daus le dit pays, lequel je veux protéger et secourir puissamment, mais aussi en vous gratifiant d’un bénéfice de revenu convenable, pour soutenir cette dignité... 1”
Il est plus que probable que l'évêque de Pétrée ne put recevoir cette lettre avant son départ pour la France. Les vaisseaux partis ie printemps, ceux-là même sur lesquels étaient montés MM. Boucher et Dumont, n’arrivèrent à Québec que très tard, comme nous l’avons vu, après quatre mois de traversée.
Le roi confirma de bouche à Mgr de Laval ce qu'il lui avait écrit, à savoir, qu’il le nommait évêque de la Nouvelle- France; et il lui donna, pour le soutien de son évêché, l’abbaye de Maubec, en Berry, de l’ordre de Saint-Benoît, devenue vacante par le décès de son dernier possesseur, Gabriel dé Louault.
Dans un acte daté du 14 décembre 1662, il déclare ‘‘ qu'il a nommé et nomme à notre saint-père le pape le sieur de Laval pour être le premier pourvu para Sainteté de l'évêché du Canada, auquel évêché Sa Majesté consent et accorde que l’abbaye de Maubec soit unie pour servir de revenu et fondation. Pour cet effet, le dit sieur de Zaval consentira tant à l'érection du dit évéché du Canada
1 — Archives du séminaire de Québec.
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qu’à l’union de la dite abbaye ; et pour lors le titre de la dite abbaye sera éteint et supprimé. ”
Ce ne fut que deux ans plus tard, le 28 juin 1664, que le roi écrivit au souverain pontife, pour le prier d’ériger Québec en évêché, et d’y nommer Mgr de Laval. L'affaire traîna ensuite en longueur, à cause des difficultés qui existaient entre la Cour de France et celle de Rome. Mgr de Laval ne fut nommé par le souverain pontife évêque de Québec qu’en 1674.
Mais c'était déjà beaucoup de pouvoir se dire nommé par le roi à cet évêché, surtout vis-à-vis de l’administration civile. Il ne manquait pas, en effet, de personnes qui refusaient au vicaire apostolique les honneurs et les égards qui lui étaient dus, sous prétexte qu’il n’était pas évêque titulaire du Canada. Le titre officiel d’évêque de ce pays, reconnu par le roi, venait couper court à toutes les objections. Aussi l’évêque de Pétrée s’empressa-t-il de s’en prévaloir aussitôt après sa nomination.
L'établissement d’un séminaire était une conséquence naturelle de l'érection d’un évêché à Québec. Ce fut à Paris même, comme nous le verrons au chapitre suivant, que Mgr de Laval posa les fondements de cette grande institution. Louis XIV l’appuya de sa haute autorité, et lui procura, par l'établissement des dîmes, les moyens de faire subsister ce séminaire ainsi que le clergé qui devait ‘y former sous la direction tutélaire de la sainte Eglise.
Il est difficile de dire la part exacte qu'eut Mgr de Laval dans la résolution prise par le roi de retirer le Canada de