‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 95 sur 163 · REIMS RS LE · texte numérisé non relu

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la compagnie des Cent associés, pour le faire rentrer dans le domaine royal, d'y établir un Conseil souverain, et d'y envoyer des forces suffisantes pour protéger le pays contre les Iroquois. La voie à ces arrangements avait été déjà préparée par M. D’Argenson; elle le fut encore davantage

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C'était, d’ailleurs, l’idée de la Cour, à cette époque, de faire rentrer dans le droit commun les différentes possessions de la couronne, d’y reprendre la direction générale des affaires, et d’y établir des Conseils supérieurs sur le modèle des parlements de France f.

Le roi avait écrit, de plus, à Mgr de Laval qu’il voulait ‘* protéger et secourir puissamment ” le Canada.

Les représentations de l'évêque ne furent probablement pas sans influence sur la décision du monarque, si bien disposé à les entendre. Son éminente sainteté, ses vertus apostoliques, son dévouement pour le bien de la colonie, donnaient un grand poids à ses paroles. Il ne manqua pas sans doute, d'exposer le triste état où les Iroquois avaient réduit le pays, le peu de secours que l'on pouvait attendre de la compagnie des Cent associés, et les troubles qu'avaient suscités à Québec les démarches imprudentes de Péronne Dumesnil. |

Si l’on en croit M. de la Colombière ?, les observations

1 —- Un de ces Conseils avait été établi à la Martinique en 1661. 2 — Il ne faut pas oublier que M. de la Colombière prononçait ces

paroles devant un auditoire corposé en grande partie de personnes |

qui avaient été témoins des événements, et d pouvaient contrôler la vérité de ce que disait l’orateur. M. de la Colombière, grand vicaire de Québec, était d'ailleurs un homme du caractère le plus élevé.

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de Mgr de Laval eurent même une influence toute décisive sur les résolutions qui fu-ent prises alors.

‘ D'un côté, dit-il, la Compagnie, touchée de ses vives'et fortes raisons, et comme forcée par ses pressantes sollicitations, abandonna un fardeau qui était trop pesant pour elle, et qui avait perdu déjà beaucoup de son prix entre ses mains ; et de l’autre côté, notre grand monarque, persuadé par l’homme de Dieu, chargea tout seul comme un autre Atlas ce nouveau monde sur ses épaules, et lui communiqua une force sans laquelle il y a longtemps qu’il serait expiré. Ce fut à la très humble prière du pasteur que le maître du troupeau songea tout de bon à sa conservation et à son accroissement. Ce fut sur ses charitables et respectueuses instances qu’il envoya des troupes, qu'il augmenta les appointements des gouverneurs, qu'il fit un intendant, qu'il créa un Conseil !, ”

“Quoique l'établissement d’une cour souveraine, dit de son côté M. de Latour ?, ne soit pas du ressort de l'Eglise, le Conseil souverain du Canada fut l’ouvrage de son premier évêque 5. ”

1 — Eloge funèbre.

2— Mémoires sw la vie de M. de Laval, p. 109.

8 — ‘* Mgr de Laval contribua puissamment à organiser sur une base plus solide et plus rationnelle le gouvernement de la colonie. Jusque-là, le régime patriarcal de l’autorité presque absolue des gouverneurs avait pu suflire ; mais, avec l’acsroissement de la population, les affaires s'étaient multipliées, et les abus étaient devenus faciles. L'évêque de Pétrée repassa en France après un séjour de trois années. ... Par son crédit auprès de Louis XIV, qui l’honorait du titre de cousin, il obtint la création d’un Conseil souverain, composé du gouverneur et des principaux colons, qui devait servir de législature

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Ce qui est certain, c’est que peu de temps après l’arrivée de l’évêque de Pétrée à Paris, le roi fit signifier à la compagnie des Cent associés son intention de reprendre le Canada. Les associés se réunirent, le 24 février 1663, pour délibérer sur la proposition du souverain ; et, le même jour, fut signé par eux un acte d'abandon du Canada à Sa Majesté. Quel. ques jours plus tard, le roi acceptait la démission de la Compagnie, et rentrait en possession directe du Canada.

Dans le mois d’avril suivant, Le roi établissait à Québec un Conseil souverain, dans lequel il attribuait à l’évêque de Pétrée une large part d’autorité conjointement avec le gouverneur. Nous verrons plus tard le rôle politique que le prélat fut appelé à jouer dans ce Conseil, non pas de son propre choix, mais par la volonté même du roi.

Ce fut à la même occasion, et sur les instances de l’évêque de Pétrée, que Louis XIV se décida d'envoyer au Canada des forces suffisantes pour protéger la colonie?., Mgrde Laval, écrivant en 1664 au souverain pontife, lui annonçait l’arrivée prochaine du marquis de Tracy, avec un corps d'armée considérable :

‘* Nous attendons l’année prochaine, disait-il, douze cents soldats, avec lesquels, Dieu aidant, nous essaierons de

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et de haut tribunal judiciaire dans la Nouvelle-France, ” (200e anniv. de l'arrivée de Mgr de Laval au Canada, Discours de M. l'abbé Taschereau, p. 64.) 1 — Edits et Ordonnances, t. I, p. 30 et suiv. : 2-— ‘* Des troupes furent envoyées, l'administration des affaires Le ape C4 isa, et la reconnaissance aurait pu décerner à Mgr de val le titre de Sauveur de la patrie.” (Mandement de S. Enr. le card. Taschereau, 30 avril 1878.)

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VIE DE MGR DE LAVAL 349 dompter les farouches Iroquois, dont les attaques cruelles nous empêchent de faire pénétrer la lumière de l'Evangile chez beaucoup de nations sauvages... Le marquis de Tracy se rendra aussi au Canada le printemps prochain, afin de voir par lui-même les mesures qu’il y a à prendre pour que le roi fasse de la Nouvelle-France une colonie forte et prospère 1.”

Rien de ce qui pouvait intéresser l'Eglise du Canada ne restait étranger au vicaire apostolique. Il avait toujours eu à cœur de ne laisser pénétrer au pays que des colons de choix, des familles de bonnes mœurs et de bon exemple, professant la religion catholique. ‘‘ Nous ne souffrons ici, écrivait-il au souverain pontife, aucune secte hérétique ; c'est ce que le roi m’a accordé pieusement sur la demande que je lui en ai faite avant de quitter la France ?.”

Malgré cela, l'immigration ne présentait pas toujours les

| garanties désirables. Le prélat s’occupa sérieusement de

ce sujet, dans son voyage; il en parla plusieurs fois au ministre Colbert, qui lui écrivit l’année suivante : “Pendant le séjour que vous fîtes ici, vous me témoignâtes que les gens des environs de La Rochelle et des îles circonvoisines, qui passaient à la Nouvelle-France, étaient peu laborieux, et que même, n’étant pas fort zélés pour la religion, ils donnaient de mauvais exemples aux anciens habitants du pays. Le roi a pris résolution, suivant notre avis, de faire lever trois cents hommes cette année en

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