‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 96 sur 163 · D TIR PT ANT A · texte numérisé non relu

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Normandie, et dans les provinces circonvoisines ; ils seront conduits sur des vaisseaux marchands, dont les capitaines sont obligés, par leurs traités, de rapporter des certificats du Conseil de Québec, touchant le nombre d'hommes qu'ils auront débarqués. J'espère que ce secours tournera à l’avantage du pays, ainsi que les autres que Sa Majesté a résolu d’y envoyer tous les ans, en cas que celui-ci réussisse, ainsi qu’on se le promet. ”

L’évêque de Pétrée avait donc réveillé l’attention dela Cour sur les questions les plus importantes pour l'avenir du Canada. Aussi pouvait-il écrire, l’année suivante, au souverain pontife: ‘Le soin et l'amour de nos églises touchent le cœur religieux du roi, et, pour cet objet, 1] nous accorde toutes nos demandes... Quoique accablé d’un grand nombre d’affaires, il favorise cette colonie d’une manière admirable, surtout par son zèle pour y propager la religion, quoiqu'il ne retire presque aucun avantage de ce pays barbare !, ”

Mais ce qui occupa surtout le vicaire apostolique, dans son voyage, ce fut la question de la traite de l’eau-de-vie. C’est pour cela principalement qu’il était passé en Europe. Sur ce sujet, il eut plus de peine à se faire entendre. Les partisans du commerce de l’eau-de-vie s'étaient déjà plaints à la Cour de l’ingérence de l'autorité religieuse dans une question qui leur paraissait intéresser uniquement l’ordre temporel ; et nous avons vu que Péronne de Mazé était

1 — Informatio de statu Ecclesiæ, 1664.

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‘“ L’évêque, dit Marie de l’Incarnation, a eu bien du démêlé en France au sujet des boissons que l’on donnait aux sauvages, et qui ont pensé perdre entièrement cette nouvelle Eglise L)

“ Mais il parla au roi avec tant de zèle apostolique, qu’il finit par être écouté, et qu’il obtint tout ce qu’il demanda. Le commerce des boissons fut absolument défendu 2.”

‘Il eut le bonheur de voir la droiture de ses intentions reconnue, la vérité triompher du mensonge, et la traite de l'eau-de-vie défendue avec sévérité 3. ”

M. D’Avaugour reçut ordre de repasser en France. Son secrétaire, Péronne de Mazé, lui apporta le 5 juillet cette malencontreuse nouvelle. Le gouverneur n’attendit pas, pour partir, l’arrivée de son successeur; il s’embarqua pour l’Europe le 23 juillet, avant même le retour au Canada de Mgr de Laval.

C'était, dit Latour, un homme d'honneur, qui fit toujours son devoir avec distinction, à ce travers près, si fatal au Canada, triste effet d’une raideur inflexible. O1 ne peut refuser des éloges à sa probité, à sa religion et à sa valeur.”

En s’en allant, il écrivit de Gaspé un mémoire, adressé à Colbert, dans lequel il exprimait les vues les plus élevées sur les destinées du Canada :

“ Le Saint-Laurent, disait-il, est l'entrée d’un pays, qui

1— Lettre historique 67e.

2 — Latour, p. 83.

3 — Eloge funèbre.

peut devenir le plus grand état du monde.” Puis il expo-

sait les moyens que l’on devait prendre pour réaliser ce | di but, ‘‘ On devrait envoyer à la colonie trois mille soldats, Mi: que l’on déchargerait après trois ans de service, et que l'on di convertirait en colons. Pendant leurs trois années de à

service, ils pourraient faire de Québec une forteresse impre-

nable, soumettre les Iroquois, bâtir un Fort menaçant sur k j les bords de la rivière Hudson, où les Hollandais n'avaient l'ea qu’ure misérable hutte en bois, appelée Fort Orange ie (Albany), bref, ouvrir pour la Nouvelle-France un chemin que, à la mer par cette rivière 1. ” sr

Nous verrons plus tard MM. de Tracy et'de Courcelle avec réaliser en partie ce magnifique projet de M. D’Avaugour. persé De son côté, le baron, de retour en France, se remit brave- l'épis

ment au service de son pays, et alla mourir en Croatie, en défendant contre les Tur.3 la forteresse de Zrin.

Louis XIV voulut donner à l’évêque de Pétrée la plus grande marque posaible de confiance : il lui offrit de choisir le successeur de M. D’Avaugour, et l’obligea même, malgré lui, de le faire ?. ‘“ Le prélat s’en défendit longtemps,” dit la sœur Juchereau. Mais à la fin, vaincu par les bontés du roi, il preposa la nomination du chevalier de Mésy, qu’il avait bien connu à l’ermitage de Caen. M. de Mésy fit quelque résistance, mais finit par accepter la charge de gouverneur du Canada ?.

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1—C 1 — Ferland, t. I, p. 497. l'appelle 2 — Latour, pp. 84 et 118, 2 novem 3 — Histoire de l'Hôtel-Dieu, p. 148. 21;

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C'était un homme qui avait mené autrefois une vie dissipée !, mais s'était s:ucèrement converti à Dieu, et vivait à Caen de la manière la plus édifiante. Mgr de Laval espérait beaucoup, pour le bien de l’Eglise du Canada, de la piété et des bonnes dispositions de M. de Mésy. Ii espérait surtout que l’union de leurs cœurs contribuerait à l'union de leurs efforts pour arrêter le fléau de la traite de l'eau-de-vie. |

* Mais il était dans la destinée de cet homme apostolique, dit M. de Latour, que ceux qu’il plaçait fussent la source de ses peines. Le P. Lalemant, qu’il avait désiré avec ardeur, occasionna, par hasard et sans le vouloir, ses persécutions auprès de M. D’Avaugour. Son successeur à l'épiscopat, qu’il avait choisi avec complaisance, renversa tous ses ouvrages. M. de Mésy, son ami de cœur, placé de sa main, devint son plus violent ennemi. A peine ce gouverneur fut-il arrivé, que la contagion le gagna: soit sollicitation, soit intérêt, il favorisa sourdement la traite de l’eau-de-vie, qu’il avait ordre et qu’il avait promis d’empêcher 2.”

En attendant, tout paraissait sourire en France à Mgr de Laval. Il avait réussi à la Cour au delà de toutes ses espérances ; le roi lui avait accordé beaucoup plus qu’il n'avait demandé.

1— C’est pour cela, sans doute, que la vieille chronique déjà citée l'appelle ‘un homme de peu de conduite.” (Union libérale de Québec, 2novembre 1889.)

2— Latour, p. 84.

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N’allons pas, cependant, nous le représenter triomphant1. Il était trop humble, trop fidèle disciple de M. de Bernières, pour prendre l'attitude du triomphe. ‘Il obtint de la Cour tout ce qu’il demanda, il gagna tous les cœurs, dit M. de Latour, mais ne se laissa pas éblouir par ses brillants succès 2.” Ne recherchant en tout que la gloire de Dieu, il lui rapporta tout le succès de sa mission auprès du roi; il le pria surtout de bénir ce qui était si bien commencé, afin que son voyage eût d’heureux résultats pour le Canada.

C’est pendant son séjou en France, vers la fin de 1662, que Mgr de Laval donna son approbation au livre de son ami, le vénérable P. Eudes, sur la dévotion au saint cœur de Marie. Cet illustre religieux avait institué, trois ans auparavant, dans son séminaire de la ville de Caen, la fête du saint cœur de Marie (8 février 1659). En 1672 (20 octobre), il y établit la fête du sacré cœur de Jésus.

Chose singulière, la dévotion au sacré cœur de Jésus prit naissance à peu près dans le même temps en Normandie et en Bourgogne: en Normandie, sous la direction «du P. Eudes; et en Bourgogne, à Paray-le-Monial, sous l'inspiration de la bienheureuse Marguerite-Marie et de son <onfesseur, le vén. P. Claude de la Colombière, de la Compagnie de Jésus.

On aime à voir le nom du premier évêque de Québec uni si intimement, dans les mêmes pensées de zèle, de piété et

1 — Comme le fait un historien protestant, M. Parkman. (The Oh eine in Canada, p. 135.) 2 — Latour, p. 107..

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