Lettre de Mgr de Laval a M. de Maupas, octobre Ibbb
2 — M. de Maupas mourut accidentellement à Evreux le 12 aoRt 1680. “ La mort, dit le biographe de Boudon, conduisit ce bon éveaue
Dix ans après (1677), la tempête était passée, le calme s'était fait, la parfaite innocence de Boudon avait été publiquement reconnue; et celui-ci ayant écrit à Mgr de Laval pour lui annoncer la fin de ses épreuves, le pieux évêque lui répondit : “ J’ai reçu, mon cher Monsieur, bien de la consolation d’apprendre que Notre-Seigneur, après toutes les épreuves dont sa divine conduite s’est servie pour exercer votre patience et pour vous sanctifier, en vous faisant la miséricorde d’en faire un bon usage, enfin vous a rétabli dans la réputation que lui-même assurément a permis que l’on vous ait ôtée. Dominus mortificat et vivificat ; deducit ad injeros, et reducit h Tout ce que la main de Dieu fait nous sert admirablement, quoique nous n’en voyions pas sitôt les effets.
“ Il y a bien des années que la Providence conduit cette Eglise, et nous par conséquent, par des voies fort pénibles et crucifiantes, tant pour le spirituel que pour le temporel ; pourvu que sa sainte volonté soit faite, il ne nous importe ; et il me semble que c’est toute ma paix et tout mon bonheur en cette vie, où je ne trouve point d’autre paradis. C’est le royaume de Dieu qui est au dedans de l’âme, et qui fait notre centre, notre vie et notre tout.
“ Priez-le bien, sa sainte mère, son saint époux, tous les saints anges et bienheureux esprit0, qu’ils me fassent la grâce
là ou tout ce qu’il peut y avoir d’inconstant dans l’amitié et d’imparfait dans 1 autorité des puissances de la terre, est remis dans un ordre éternel. ”
1 — 1. Rois, II, 6.
de ne jamais rien vouloir que l’accomplissement de cette divine et aimable volonté, per injamiam et bonam jamam.. . 1 ”
C’est bien là le langage de la foi, de la véritable piété, et de l’abandon à la sainte volonté de Dieu ! Mgr de Laval, après avoir félicité son ami d’être sorti enfin des cruelles épreuves que la Providence lui avait envoyées, fait allusion aux contrariétés qu’il éprouvait lui-même dans le gouvernement de son Eglise. Nous reviendrons plus tard sur ces épreuves, et le nom de Boudon apparaîtra de nouveau alors dans ces pages.
En attendant, pour prouver la haute estime et la vénération que le saint prélat garda jusqu’à la fin pour son ami, citons les paroles qu’il écrivait à M. Thomas 2, quelque temps après la mort de Boudon (1702) : “ Que je vous estime heureux, lui disait-il, d’être à portée d’aller au tombeau de ce cher défunt, pour l’engager à prier pour nous ! Je souhaite surtout que vous vouliez bien lui demander pour moi quelque portion de cette foi vive, et de ce parfait abandon à Dieu, qu’il a si bien possédés. Sa vie est une parfaite imitation de Jésus-Christ: que Dieu me fasse la grâce de l’imiter aussi bien que je l’honore ! ”
1 — 2. Cor. , VI, 8. — Lettre de Mgr de Laval à Boudon, 6 novembre
2 — Conseiller au Châtelet de Paris, et ami de Boudon. D après le biographe de celui-ci, sa charité n’aurait pas été étrangère au Canada. “ Ce fut Boudon, dit-il, qui engagea ce pieux magistrat à répandre ses aumônes sur les pauvres chrétiens du Canada. (Vie de Boudon,