CHAPITRE HUITIÈME
Négociations pour l envoi d’un évêque au Canada (suite). — Au lieu
d un évêque titulaire, le pape accorde un vicaire apostolique.
François de Laval nommé évêque de Pétrée. — 1657-1658.
Ce n’est certainement pas Mgr de Laval qui fit modifier pi oj et, exprime dans la lettre du roi au souverain pontife, d’envoyer un évêque titulaire au Canada. Mais il est probable que les jésuites, qui conduisaient les négociations de concert avec la reine mère, et qui étaient censés connaître mieux que personne les besoins de la Nouvelle- France, jugèrent que le pays n’était pas mûr pour un évêque en titre.
La Propagande, dans un mémoire que M. Gueffier communiqua à la Cour de France 1 , donnait les détails d’un grand projet: celui d’ériger dans l’Amérique du Nord une Eglise métropolitaine, sous le titre de Saint Louis délia Citta di Canada , avec chapitre, et avec plusieurs provinces, que desservirait le métropolitain, en attendant qu’il y eût des évêques suffragants, etc. II était facile de voir que ce projet n’était guère applicable à l’état présent du Canada;
1 — Lettre de Gueffier à Brienne, 19 juin 1657.
et les jésuites pensèrent qu’il fallait ne demander, pour le moment, qu’un vicaire apostolique.
Ce qui est certain, c’est que le 11 octobre 1657, le roi écrivit dans ce sens à M. Guefïier, par l’entremise o.es jésuites de Rome.
M. Gueffier répondit à Sa Maj esté :
“ Sire, j’ai reçu, il y a cinq jours, par les soins du R. P. assistant français jésuite la lettre que Votre Majesté m’a fait l’honneur de m’écrire..., par laquelle Elle me commande de m’employer soigneusement pour obtenir du pape le titre d’évêque in partibus en faveur de celui dont je serai sollicite parles PP. jésuites, pour aller servir en la Nouvelle-France; suivant lequel commandement, j’ai su du dit P. assistant le nom de celui qu’ils désirent faire pourvoir de ce titre-là, et ce qu’il pensait que je devais représenter à Sa Sainteté pour en obtenir la grâce, m’ayant nommé M. François de Laval de Montigny, et les lieux où il se devait employer dans ces pays-là, pour les faire savoir à Sa Sainteté.
“ Sur quoi je le priai de me les donner par écrit, comme il a fait, dont j’ai dressé un mémorial, que je présenterai à ma première audience au pape; ayant cru, Sire, puisque Votre Majesté me commandait de faire en cela selon que je serais sollicité des dits PP. jésuites, que je pourrais faillir en quelque chose de cette poursuite, sans leurs avis ; si bien qu’il ne me reste plus qu’à demander l’audience à Sa Sainteté, pour y rendre mes devoirs, laquelle je mettrai peine d’avoir le plus tôt que se pourra, comme de rendre compte à Votre Majesté du succès de cette affaire, pour lequel il vous a plu me mander que M. Piccolomini, nonce
du pape, se doit employer avec moi, à la recommandation de la reine, la grande piété de laquelle lui fait passionnément désirer cet établissement... b ”
Les jésuites commençaient à paraître plus ostensiblement dans les négociations. C’est au P. assistant français à Rome que la lettre du roi à M. Gueffîer était adressée. C est lui qui devait donner à M. Gueffier le nom dd candidat proposé par les jésuites: on n’osait plus, par précaution, le mentionner dans les dépêches officielles. M. Gueffier n’avait voulu préparer le mémoire qu’il devait présenter au saint-père, que sur les notes écrites du P. assistant français, tant il était convaincu “qu'il pourrait faillir en cette poursuite-là, sans leurs avis. ” La reine mère, de son côté, secondait bien les jésuites, puisque, comme l’affirme M. Gueffier, sa grande piété lui faisait passionnément désirer l’envoi d’un évêque au Canada.
Ce qui engageait probablement les jésuites à presser la nomination de M. de Laval au vicariat apostolique du Canada, c’étaient les difficultés qui venaient de surgir à Quebec entie eux et M. de Queylus. Tant qu'ils avaient été seuls à exercer la juridiction de l’archevêque de Rouen, ils n avaient pas parle de faire nommer un évêque au Canada. Le P. DeQuen, supérieur 1 2, exerçait les pouvoirs de grand vicaire de cet archevêque, et avait nommé le P. Poucet pour faire les fonctions curiales à
1 — Lettre de Gueffier au roi, 17 décembre 1657.
2 — 11 avait succédé au P. Lemcreier en 1656, et fut remplacé par le P. Dablon en 1659.
Québec. Montréal était desservi, comme Québec, par les PP. jésuites.
Mais les lettres de grand vicaire du supérieur des jésuites portaient expressément que, dès qu’il y aurait au Canada des ecclésiastiques séculiers munis des mêmes pouvoirs, le supérieur ne ferait plus aucun usage des siens.
M. de Queylus arrive avec ses compagnons, MM. Galinier, Soûart et D’Allet, dans Pété de 1657 h Le P. DeQuen, après avoir examiné ses lettres, le reconnaît pour légitime et seul grand vicaire. Sur lesinstances des jésuites, M. de Queylus visite la paroisse de Québec, où il est charmé et édifié du bel ordre que le P. Poucet y avait établi. Il confirme ce religieux dans l’administration de la cure, lui remet une bulle d’indulgences accordées par le pape Alexandre VII à l’occasion de son exaltation au souverain pontificat, puis part de Québec pour aller faire sa résidence à Montréal, où il nomme curé M. Gabriel Soûart.
La bulle dont nous venons de parler fut indirectement l’occasion des difficultés qui survinrent. Le P. Poncet l’ayant lue à Québec, sans en prévenir son supérieur le P. DeQuen, -celui-ci en prit ombrage ; accoutumé à réunir en sa personne les fonctions de grand vicaire et celles de supérieur de sa communauté, il veut éprouver le P. Poncet, lui ordonne de lui rendre les clefs de l’église paroissiale, nomme curé le P. Pij art, et envoie le P. Poncet en mission chez les Iroquois.
1 — Journal des jésuites, 29 juillet 1657.
En passant par Montréal, le P. Poucet informa naturellement M. de Queylus de ce qui venait d’arriver, et celui-ci se hâta de descendre à Québec.
Au lieu de confirmer le P. Pijart dans l’administration de la cure, il résolut d’en prendre lui-même le gouvernement, et s’installa curé de Québec vers la mi-septembre P
Les révérends P. jésuites ne se mirent pas dans le dort : ils cédèrent devant l’autorité de l’archevêque de Rouen, qu’ils avaient toujours reconnue eux-mêmes 1 2, se confinèrent dans leur chapelle, et s’efforcèrent de vivre en aussi bonne harmonie que possible avec le nouveau curé, lui rendant même, dans l’occasion, tous les services qu’il leur demandait.
Mais il était difficile à la nature humaine de ne pas prendre quelquefois le dessus. En lisant le Journal des jésuites de cette époque, on constate qu’il y avait souvent entre eux et M. de Queylus des froissements désagréables : ils s’observaient et s’épiaient mutuellement. Les jésuites prétendaient que M. de Queylus, dans ses sermons, les visait sans cesse 3. Le P. Pijart, dans une lettre privée, qui devint publique, accusait l’abbé d’être violent, et de leur faire une guerre plus fâcheuse que celle des Iroquois. La présence du supérieur des jésuites au Conseil devait porter ombrage à M. de Queylus, qui n’avait, pas droit d’y assister, d’après les termes de l’édit royal.
1 — Journal des jésuites, 12 septembre 1657.
2 — Journal des jésuites, passim.
3 Journal des jésuites, 23 septembre, 21 octobre, 25 novembre
La position devint encore plus tendue, lorsque celui-ci intenta une action contre les jésuites, pour leur faire remettre à la paroisse le nouveau logis qu’ils venaient de bâtir, ou rembourser les 6000 livres qu’ils avaient reçues des habitants pour cette construction. Ici, il était dans le tort ; car les jésuites, en 1645, avaient été laissés libres de bâtir un presbytère sur le terrain de l’église, ou sur leur propre fonds : seulement, s’ils bâtissaient chez eus, ils devaient rembourser les 6000 livres à la communauté des habitants, ce qu’ils avaient déjà fait1. Lorsque M. de Queylus quitta Québec, les jésuites restèrent tranquilles chez eux, et la communauté des habitants garda ses 6000 livres, à la disposition de l’autorité ecclésiastique, pour bâtir un presbytère en temps et lieu.
De son côté, M. de Queylus, qui, au témoignage de la sœur Juchereau 2, était un homme d’une rare vertu et d’un mérite distingué, administra la paroisse avec beaucoup de zèle et de fruit. Rien de ce qui pouvait intéresser la piété et le bien spirituel de ses ouailles ne lui était étranger. Il fit plusieurs actes cl’autorité, qui auraient pu le rendre odieux, comme par exemple l’excommunication qu’il porta contre ceux qui avaient brillé la maison du sieur Denis 3 : cependant, son administration fut populaire, car sa fortune était à la disposition des nécessiteux, et il s’occupa sérieusement du soin spirituel de l’Eglise de Québec.
C’est sous lui que fut commencée la construction de la
1 — Journal des jésuites, 22 novembre 1657.
2 — Histoire de V Hôtel-Dieu.
. 3 — Journal dés jésuites, 28 octobre 1657.
première église de la Bonne sainte Anne : “ M. Vignard l, délégué par M. l’abbé (de Queylus), bénit la place de l’église du Petit Cap; M. le gouverneur y mit la première pierre 2. ”
M. de Queylus, cependant, pouvait difficilement prolonger son séjour à Québec, près des révérends pères jésuites. Aussi tout le monde se sentit soulagé lorsqu’arrivèrent, dans l’été de 1658, de nouvelles lettres de l’archevêque de Rouen, déclarant qu’il n’exercerait ses pouvoirs de grand vicaire qu’à Montréal, et que le supérieur des jésuites continuerait de faire à Québec les mêmes fonctions que par le passé 3. M. de Queylus retourna donc à Montréal 4.
Il dut, cependant, laisser des regrets à Québec chez un bon nombre de personnes. D’ailleurs les conflits d’autorité dont nous venons de parler avaient créé partout un certain malaise. On pouvait craindre que, tant qu’il n’y aurait pas au Canada un supérieur ecclésiastique bien reconnu de tout le monde, les difficultés ne vinssent à recommencer. Aussi Marie de l’Incarnation, qui, en 1646, jugeait que le pays n’était pas mûr pour un évêque, écrivait trois jours après le départ de M. de Queylus pour Montréal :
“ M. de Dernières me mande, et le P. Lalemant me confirme, que l’on veut envoyer pour évêque M. l’abbé de Laval de Montigny, qu’on dit être un grand serviteur de Dieu. Ce serait un grand bien pour ce pays d’avoir un
1 — M. Guillaume Vignal.
2 — Journal des jésuites, 13 mars 1658.
3 — Journal des jésuites, 8 août 1658.
4 — Journal des jésuites, 21 août 1658.
supérieur permanent ; et il est temps que cela soit, pour\ u qu’il soit uni, pour le zèle de la religion, avec les R. P. jésuites: ils ont seuls la conduite des âmes, et sous eux on vit dans une sainte liberté. Il pourrait bien néanmoins arriver de certains cas ou l’on aurait besoin de recouiir à d’autres; et c’est pour cela que l’on souhaite ici un évêque 1 2
On comprend maintenant que, dans l’audience qu’il eut à la fin de décembre 1657, M. Gueffier ait pu dire au souverain pontife “ que, d’après ce qu’on avait mandé au roi, Sa Majesté avait lieu de craindre que, si l’on n’y envoyait au plus tôt un évêque, la Religion ne se perdît au Canada 2. ” On avait sans doute appris à Paris les querelles des jésuites avec M. de Queylus. Aussi l’on redoubla de diligence pour hâter l’affaire de l’évêché.
M. Gueffier obtint une seconde audience du pape, vers le milieu de janvier 1658 : “ Je suppliai Sa Sainteté, écritil, de vouloir faire résoudre l’affaire de M. de Montigny, afin qu’il puisse s’en aller au plus tôt vicaire apostolique en la Nouvelle-France 3. ”
Cependant, l’affaire, confiée au cardinal Meltio, traînait encore en longueur. “ La Propagande est si occupée et s’assemble si peu souvent, écrivait M. Gueffier, que c’est une misère quand il y faut avoir affaire; ce qui m’obligea, ces jours passés, allant à l’audience du pape, de lui en faire des plaintes 4. ”
1 — Lettre spirituelle 87e, 24 août 1( >58.
2 — Lettre de Gueffier à Brienne, 31 décembre 1657.
3 — Lettre de Gueffier à Brienne, 21 janvier 1658.
4 — Lettre de Gueffier à Brienne, 24 février 1658.
Il s’en plaignit aussi au cardinal Antoine, préfet de la Propagande, qui lui dit que la Congrégation voulait savoir, avant de consentir à l’expédition des bulles, où et comment Sa Majesté assurerait les mille francs de revenu qu’elle avait assignés pour l’entretien du futur vicaire apostolique. En effet, la reine mère prenait si fort à cœur l’heureuse conclusion de cette affaire, que, pour prévenir les difficultés qui auraient pu la retarder, elle avait fondé, par trois contrats, une pension annuelle de mille francs pour M. de Laval, quand il aurait été fait évêque in partibus et vicaire apostolique. En outre, elle fit mettre en dépôt la somme de quatorze mille francs pour les dépenses que le vicaire apostolique aurait à faire au Canada.
Mais on voulait que tout cela fût assuré sur un fonds certain, soit à Rome, soit à Avignon. On avait l’expérience de l’évêque de Babylone, qui n’avait pas voulu se rendre à son vicariat apostolique, parce qu’il avait constaté, avant de partir, que le revenu qu’on lui avait faitn était basé sur rien.
Enfin, le P. assistant français remit à M. Gueffier les trois contrats de la fondation de la reine more. Dans un de ces actes, Sa Majesté se réservait la disposition de cette fondation, quand elle aurait pourvu l’évêque d’une semblable rente ou d’une plus grande.
M. Pallu, qui agissait aussi en cette affaire, apporta à M. Gueffier le procès de vitâ et moribus de l’abbé de Montigny. Ce procès avait été fait à Paris le 17 juillet de l’année précédente, par les soins du nonce Piccolomini h
1 Ce sont les informations canoniques dont nous avons déjà cité
plusieurs extraits.
Suivant le témoignage de M. Guefïier, il était “ fort avantageux. ” Quatre personnes des plus dignes de foi 1 avaient déposé en faveur des qualités, des vertus et de l’intégrité de vie de l’abbé de Montigny. Elles avaient déclaré d’un commun accord et sous serment, “ que M. de Laval, nommé par le roi à l’évêché que le pape devait ériger en Canada, était très propre pour être promu à cette future cathédrale. ”
Tous ces documents paraissant en ordre, “j’envoyai le tout, dit M. Guefïier, au sieur de la Borne, qui est le plus ancien et meilleur expéditionnaire français, pour en dresser les mémoires nécessaires, et faire en sorte qu’on en ait au plus tôt l’expédition 2. ”
Un mois après, cependant, rien n’était encore fait, car M. Guefïier écrivait à M. de Brienne : “ Il ne reste plus qu’à proposer l’affaire à la Propagande, à quoi l’on n’a pas pu jusqu’ici disposer le secrétaire de la dite Congrégation. ” Puis il ajoutait: “Je me plaindrai au pape du peu de respect que l’on porte au roi, au nom duquel je sollicite cette faveur depuis cinq ou six mois, quoiqu’il s’agisse en cela d’une chose de laquelle dépend entièrement le bien de la religion chrétienne en ces pays-là 3. ”
Il est évident qu’à côté des influences qui travaillaient à faire nommer l’abbé de Montigny au vicariat apostolique du Canada, il y en avait d’autres qui, à l’insu de M. Guefïier,
* ~ Mgr Servien’ évêque de Bayeux, l’abbé de Blampiqnon, M. 1 icquet, curé de Saint-Josse, et M. Joseph Sain.
2 — Lettre de Gueffier à Brienne, 24 février 1658.
3 Lettre de Gueffier à Brienne, 25 mars 1658.
favorisaient la nomination du candidat proposé par les associés de Montréal.
Enfin, le 11 avril 1658, la Propagande, sur le rapport du cardinal Meltio, rendit son décret proposant à l’approbation du souverain pontife la nomination de François de Laval de Montigny comme vicaire apostolique, avec un titre d’évêque in partibus, “ pour le royaume du Canada dans l’Amérique septentrionale 1 2.” Deux jours après, ce décret fut approuvé par le saint-père, qui ordonna de procéder à son exécution
M. Gueffier, cependant, n’en eut communication que le premier mai, et le passa aussitôt au sieur de la Borne, qui devait s’occuper de l’expédition des bulles. “Je me hâterai, écrivait-il à M. de Brienne, de vous prévenir, aussitôt que les bulles auront été expédiées, ainsi que le sieur de Montigny lui-même, bien qu’il ne m’ait jamais écrit un mot, sur ce qui regardait en cela son service 3.”
Puis il ajoutait : “ Il y a eu ce matin consistoire, auquel on a préconisé M. de Montigny pour l’eveché Petren in partibus ; de sorte qu’au premier, il sera proposé.”
Les bulles, cependant, ne furent envoyées en France
1 — Décret de la S. C. de la Propagande, Il avril 1658 : “ Ad rda-
tionem Emi Dni Gard. Meltii, Sacra Congregatio vicarium Aphcrnn curn aUquo titulo in partibus, si Smo placuérit, decremt esse transmüten dum ad regnum Canada in Americâ SeptentrionaU Franciscum de Laval de Montigny, ut nécessitât ibus ülius nascentis Ecclesiœ, et Uinstianitatis, opportune provider i possit
2 — Approbation du décret, 13 avril 1658 : “ Relata per Secretanum snpradicto decreto Smo Dno Nostro , S. Sua illud benigne approbamt, et ad ulteriora in expeditione mandavit procedi. M. Albencus , Sec.
3 — Lettre de Gueffier à Brienne, 9 mai 1658.
qu’au commencement de juillet 1. Le secrétaire de la Propagande les adressa à M. Gueffier, qui les transmit à M. de la Borne “ avec ordre de ne pas manquer de les envoyer.
“ L’on a jusques ici tant fait de difficultés pour les bulles de M. de Montigny, écrivait-il à M. de Brienne, qu’il a été impossible de les lui envoyer plus tôt 2.”
François de Laval était probablement à Paris, à cette époque, car M. de Latour nous apprend que “dès que les bulles furent venues de Rome, il revint à l’ermitage de M. de Bernières, pour se préparer à sa consécration 3 4 . ”
Il n’avait certainement pas désiré l’épiscopat ; il n’avait pas fait une démarche vers cette haute dignité qu’on lui imposait i . C’est la Providence qui avait tout conduit d’une - manière merveilleuse.
Les associés de Montréal avaient pris les devants sur les jésuites, et hâté l’envoi d’un evêque au Canada. Ceux-ci étaient intervenus, plus tôt peut-être qu’ils n’auraient fait sans cela; et, imprimant à cette affaire un mouvement nouveau, avaient obtenu un vicaire apostolique au lieu d’un évêque en titre : ce qui, dans les circonstances, était une grande grâce pour notre pays, le vicariat apostolique nous mettant directement sous la dépendance de Rome,
1 — La bulle qui nomme François de Laval évêque de Pétrée, est datée du 3 juin 1658.
2 — Lettre de Gueffier à Brienne, 1er juillet 1658.
3 — Latour, p. 12.
4 — “ Il y avait déjà quelques années que le prélat, par une inspiration sainte, s’était défait de son archidiaconé d’Evreux, pour venir dans la ville de Caen, où il menait une vie retirée, lorsque Dieu, qui le destinait pour être le premier évêque de la Nouvelle-France, lui ordonna par l’organe de ceux qui le conduisaient, de passer dans ce continent.” ( Eloge funèbre, par M. de la Colombière.)
et nous soustrayant à tous les dangers de gallicanisme
qu’aurait pu courir cette Eglise naissante, si elle eût dépendu de quelque évêché de France.
Nous voyons, par la correspondance de M. Gueffier, que le pape insista pour que le roi ne nommât pas au vicariat apostolique, malgré la pension qu’il avait fondée. La Cour de Rome agréait la personne de M. de Laval, dit Latour, mais elle ne voulait pas s’assujétir à la nomination
du roi 1 . ”
Le choix de la personne de François de Laval était si merveilleux, il remplissait si bien toutes les conditions de piété, de zèle, d’abnégation, de dévouement aux révérends pères jésuites, nécessaires au premier évêque de la Nouvelle-France, que Marie de l’Incarnation s’écriait, dans une de ces lettres : “Que l’on dise ce que l’on voudra, ce ne sont point les hommes qui l’ont choisi
Maintenant qu’il se voyait appelé par la Providence aux sublimes fonctions de l’épiscopat, il ne songea plus qu’à s’y préparer dans la retraite et la prière. La lutte, d’ailleurs, était imminente;, une opposition redoutable se formait contre lui ; l’orage commençait à gronder à l’horizon. Comme le voyageur, qui voit tout à coup le ciel s’assombrir, et des nuages menaçants s’amonceler sur sa. tete, sent'le besoin de s’arrêter un instant, avant de continuer sa marche, François de Laval voulut, avant sa consécration, aller se recueillir de nouveau dans son cher ermitage de Caen.
1 — Latour, p. 12.
2 — Lettre historique 57e.