CHAPITRE NEUVIÈME
Mgr de Laval et la traite de l'eau-de-vie. — Sentences d’excommunication. — Difficultés avec M. D’Avaugour.
On a dit avec raison que, pour rendre pleine justice aux généraux d’armées, il fallait les voir sur les champs de bataille. Les évêques ont aussi leurs champs de bataille, où on les retrouve tout entiers, armés pour la défense de la vertu et des principes chrétiens.
C’est dans les luttes énergiques qu’il eut à soutenir pendant toute la durée de son administration, que Mgr de Laval fit éclater surtout sa vertu principale, et, l’on peut dire, la qualité maîtresse de son caractère : la force. Son zèle pour le salut des âmes était sans bornes, sa foi invincible, son mépris de toute considération humaine vraiment étonnant. Mais ce qui donnait le plus de relief à toutes ces vertus, c’était l’esprit de force qui les animait. Quand il voyait le bien à faire, le devoir à accomplir, les âmes à sauver, aucun obstacle ne pouvait l’arrêter.
Dieu lui avait donné l’esprit d’Elie et de Jean-Baptiste : il était toujours prêt à dire, comme celui-ci, aux grands et
aux petits, le Non lied cle l’Evangile, suivant sa conscience et sans respect liumain ; et l’on pouvait lui appliquer la parole des pharisiens à Notre-Seigneur : “Vous n’avez «égard à qui que ce soit; car vous ne considérez point la qualité des personnes h ” Ne voyant que les jugements de Dieu, il s’occupait peu des jugements des hommes. “ Il fermait les yeux, dit M. Faillon, à toutes les considérations humaines, quand il était convaincu qu’il y allait de son devoir et de la gloire de Dieu. ”
“ Il fallait un homme de cette force 1 2, ’ dit Marie de l’Incarnation. Esprit décidé, quand il était persuadé que Dieu lui demandait telle ou telle mesure, il portait à l’accomplissement de son devoir la vaillance et l’intrepidité que ceux de sa race avaient si souvent déplo}Tées sur les champs de bataille pour la défense de la religion et de la patrie.
Nous avons dit avec quel courage il avait renoncé à foutes les espérances du monde pour suivre Jésus-Christ, triomphé des obstacles qui s’étaient opposés à sa consécration épiscopale, travaillé à faire reconnaître l’autorité du saint-siège au Canada. Le même esprit de force que nous l’avons vu déployer jusqu’ici, il le montra surtout au sujet de la traite de l’eau-de-vie avec les sauvages.
La traite de l’eau-de-vie est une de ces questions mixtes pii devait naturellement amener des conflits entre l’auto-
1 — Mattli. , XXII, 1(1.
2 — Lettre historique 57e.
rite civile et l’autorité religieuse. Elle présente, en effet, des aspects différents, suivant le point de vue où l’on se place pour l’étudier.
Les hommes religieux condamnaient la vente des boissons alcooliques aux sauvages, parce qu’ils avaient l’expérience que ceux-ci ne pouvaient user de ces boissons sans se porter à tous les excès. Elle était, à leurs yeux, une violation de la loi évangélique, et même de la loi naturelle.
Les politiques, au contraire, tâchaient de la justifier, sous le prétexte de nécessité ou d’utilité. Suivant eux, l’intérêt du commerce, le progrès et l’avenir de la colonie, le besoin d’allécher les sauvages, de s’en faire des amis, d’attirer le plus de pelleteries possible au Canada, exigeaient que l’on n’exclût pas le commerce de l’eau-de-vie avec les Indiens, et que l’échange de l’alcool pour les peaux de castors fût permis comme celui de n’importe quel autre article de commerce. Ils pensaient qu’on pouvait tolérer la traite, sans graves inconvénients.
Entre ces deux points de vue, Mgr de Laval ne pouvait hésiter. Le débit des boissons enivrantes faisait un mal énorme à la colonie. Le pays était en proie a 1 hostilité des Iroquois, et se débattait dans leurs étreintes mortelles avec un courage presque désespéré ; et cependant on touinissait un nouvel aliment à leur fureur, en leur donnant de l’alcool ; on affaiblissait par le même procédé tous nos alliés chrétiens. L’avarice et une soif insatiable de s’enrichir à tout prix avaient gagne beaucoup de Français, qui, pour faire de l’argent, ne reculaient devant aucun
moyen, pas même devant ce qui allait causer indubitablement le malheur de la colonie.
Mais ce qui désolait surtout le prélat, c’était la perte des âmes, la ruine spirituelle des Français qui, ne recherchant que leurs intérêts matériels, avaient oublié leur fin dernière ; la perte, surtout, des âmes des pauvres sauvages, pour le salut desquelles il avait été envoyé au Canada. “ Les âmes, les âmes, n’est-ce pas ce qu’il faut sauver avant tout,” s’écriait ce noble émule des fils de saint Ignace ?
A la vue des désordres que causait parmi les sauvages la traite de l’eau-de-vie, son cœur était suffoqué par le chagrin. “ Il a pensé mourir de douleur à ce sujet, et on le voit sécher sur pied,” dit Marie de l’Incarnation. Puis elle ajoute: “ Il y a en ce pays des Français si misérables et sans crainte de Dieu, qu’ils perdent tous nos nouveaux chrétiens, leur donnant des boissons très violentes, pour tirer d’eux des castors. Ces boissons perdent tous ces pauvres gens, les hommes, les femmes, les garçons et les filles mêmes ; car chacun est maître dans sa cabane quand il s’agit de manger et de boire ; ils sont pris tout aussitôt et deviennent comme furieux. Ils courent nus avec des épées et autres armes, et font fuir tout le monde; soit de jour, soit de nuit, ils courent par Québec, sans que personne les puisse empêcher. Il s’en suit des meurtres, des violences, des brutalités monstrueuses et inouïes....
“ Un capitaine algonquin, excellent chrétien, et le premier baptisé du Canada, nous rendant visite, se plaignait, disant : *' Onontio nous tue, de permettre qu’on nous donne
“ des boissons.” Nous lui répondîmes : “ Dis-lui qu’il le “ défende.” — •“ Je lui ai déjà dit deux fois, repartit-il, et “ cependant il n’en fait rien. Mais priez-le vous-même “ d’en faire la défense ; peut-être vous obéira-t-il.” C’est une chose déplorable de voir les accidents funestes qui naissent de ce trafic 1.”
c< Le démon, dit le P. Lalemant, nous a suscité un ennemi domestique plus cruel que l’ennemi public : c’est la manie de quelques sauvages de prendre des boissons par excès, et la manie de quelques Français de leur en vendre. Tous les Américains ont d’abord de l’horreur de nos vins ; mais quand ils en ont une fois goûté, ils les recherchent avec une telle passion, que les uns se mettent à nu et réduisent leur famille à la mendicité, et quelques autres vendent jusqu’à leurs propres enfants, pour avoir de quoi contenter cette passion enragée.
“ Je ne veux pas décrire les malheurs que ce3 désordres ont causés à cette Eglise naissante. Mon encre n est pas assez noire pour les dépeindre de leurs couleurs ; il faudrait du fiel de dragon pour coucher ici les amertumes que nous en avons ressenties 2 . ”
M. de Latour, qui fut chargé en 1730 de présenter au roi un mémoire sur la vente de l’eau-de-vie aux sauvages, nous fait la peinture la plus triste des effets désastreux de l’alcool sur ces pauvres enfants des bois.
1 Lettre historique 63e.
2 — Relations des jésuites.
“ On aurait bien de la peine, dit-il, à se persuader dans quels excès l’ivresse entraîne ces barbares ; il n’y a sorte de folie, de crime, d’inhumanité, où ils ne tombent. Un sauvage, pour un verre d’eau-de-vie, donne jusqu’à ses habits, sa cabane, sa femme, ses enfants ; une sauvagesse qu’on enivre souvent exprès, se livre au premier venu.
“ Us se déchirent entre eux, ils se déchirent eux-mêmes. Qu’on entre dans une cabane où l’on vient de boire de l’eau-de-vie, on verra avec étonnement et liorrgfur le père égorgeant son fils, le fils menaçant son père ; le mari et la femme, les meilleurs amis, s’assommant, se mordant, s’arrachant les yeux, le nez, les oreilles ; ils ne sont plus connaissables ; ce sont des forcenés, il n’y a peut-être aucune image plus vive de l’enfer. Il s’en trouve souvent parmi eux qui cherchent à s’enivrer pour se venger de leurs ennemis, et commettre impunément toutes sortes de crimes, à la faveur de cette belle excuse, qui jiasse chez eux pour une justification complète, que, dans ces moments, ils ne sont point libres, ils n’ont point d’esprit. ”
M. de Latour n’a pas d’expressions moins fortes pour caractériser la conduite des Français qui favorisaient ainsi les mauvais penchants des sauvages.
“S’il est difficile d’expliquer les excès des sauvages, dit-il, il est aussi malaisé de corn prendre j usqu’où va la cupidité, la mauvaise foi, la friponnerie de ceux qui leur distribuent ces boissons. La facilité que leur donnent l’ignorance et la passion de ces peuples, de faire des profits immenses, et la certitude de l’impunité, sont des choses dont ils ne se défendent
pas ; l’appât du gain fait sur eux ce que l’ivresse fait sur les autres. Combien de crimes coulent de la même source ! Il n’est pas de mère qui ne craigne pour sa fille, et de mari pour son épouse, un libertin armé d’une bouteille d’eaude-vie; on vole, on pille ces misérables, qui, stupides dans l’ivresse, s’ils ne sont furieux, ne peuvent ni refuser, ni se défendre. Il n’est plus de barrière qu’on ne force, ni de faiblesse dont on n’abuse, dans ces terres écartées, où n’ayant plus ni témoins, ni maître, on n’écoute que des passions brutales, dont un verre d’eau-de-vie facilite tou3 les attentats ; les Français y sont pires que les sauvages b” Et qu’on ne croie pas qu’il eût été , possible de régulariser et de modérer le commerce des alcools avec les sauvages, plutôt que de le défendre tout à fait. Ce qui est déjà un problème difficile à résoudre chez les peuples chrétiens et civilisés, devenait une impossibilité chez les nations sauvages. Tous les mémoires du temps en font foi; un seul verre d’eau-de-vie les mettait en fureur ; pour en avoir un autre, ils pouvaient se livrer â tous les exces ; et, devenus de plus en plus enflammés par ces boissons enivrantes, il n’est pas de crimes auxquels il ne pussent se porter.
Il est donc évident qu’au point de vue religieux et naturel, il ne pouvait y avoir deux opinions sur cette question de la traite de l’eau-de-vie avec les sauvages. On ne pouvait pactiser avec ce désordre ; il n’y avait pas ici de juste milieu, ni d’hésitations possibles: il fallait couper
1 Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 69.
le mal dans sa racine ; il fallait défendre absolument, non seulement de vendre, mais aussi de donner, sous n’importe quel prétexte, des boissons enivrantes aux sauvages.
Aussi, ce que les jésuites avaient fait dès le commencement de la colonie, M. de Queylus, dans son zèle pour le salut des âmes, n’hésita pas à le faire, aussitôt après son arrivée au Canada, en 1657 : il défendit, sous peine de péché mortel, de donner aucune boisson enivrante aux sauvages h
Les vrais politiques, du reste, ceux qui savent que “ la justice élève les peuples -, ” et qu’aucune nation ne repose sur des bases solides, si elle ne s’appuie sur des principes chrétiens, ne manquaient pas de partager l’opinion des hommes religieux. Ecoutons ce qu’écrivait en 1690 un homme d’une probité à toute épreuve et d’une piété sincère, le marquis de Denonville, qui, après avoir été gouverneur du Canada, devint précepteur des princes. Dans un mémoire adressé à M. de Seignelay, il trace le tableau suivant des ravages qu’avaient causés en ce pays les boissons enivrantes :
“ Il y a bien longtemps, dit-il, que l’on se plaint avec raison des maux que l’eau-de-vie fait et des empêchements qu’elle porte au progrès de la religion. L’avarice seule a lait dire le contraire à ceux qui croyaient s’enrichir par ce malheureux trafic, qui, assurément, est la perte non seulement des sauvages, mais des Français et de tout le com-
1 — Journal des jésuites, 31 mars 1G58. 2- Prov., XIY, 34.
meree. La preuve en est dans l’expérience que, depuis plusieurs années, l’on n’a vu personne s’enrichir dans ce négoce, et que l’on a vu périr tout ce grand nombre de sauvages, nos amis, que nous avions autour de la colonie ; et dans le peu de vieillards que l’on voit parmi les Français, qui sont vieux et usés à l’âge de quarante ans. La débauche de l’eau-de-vie est fréquente en ce pays-là, comme celle du vin en Allemagne ; les femmes mêmes en boivent.
“ J’ai l’expérience des maux que cette boisson cause parmi les sauvages : c’est l’horreur des horreurs. Il n’y a crime et infamie qui ne se commettent entre eux dans leurs excès. Une mère jette son enfant dans le feu; ils se mangent le nez ; c’est ce qui se voit communément. L’image de l’enfer est chez eux dans ces débauches. Il faut avoir vu ce qui est pour le croire tel. Très souvent ils s’enivrent exprès pour avoir le droit d’exercer leurs vieilles rancunes ; les châtiments ne se peuvent pas faire comme on le ferait par rapport aux Français qui tomberaient en faute.
“ Les remèdes sont impossibles, tant qu’il sera permis à tout le monde de vendre et de trafiquer de l’eau-de-vie ; quelque peu que chacun à la fois en puisse donner, les sauvages s’enivreront toujours; il n’y a artifice dont ils ne se servent pour en avoir et pour s’enivrer, outre que chaque maison est un cabaret. Ceux qui disent que si on ne donne de l’eau-de-vie à ces sauvages, ils iront aux Anglais en chercher, ne disent pas vrai ; car il est certain qu’ils ne se soucient pas de boire, tant qu’ils ne voient point l’eau-de-
vie, et que les plus raisonnables voudraient qu’il n’y en eût jamais eu, car ils se ruinent en donnant leurs pelleteries et leurs hardes pour boire, et se brûlent les entrailles.”
Il ne fut jamais question du désordre de l’eau-de-vie chez les sauvages du Canada avant la prise de Québec, en 1629, par les Anglais. Ce sont eux qui introduisirent dans notre pays cet élément funeste, que les Français propagèrent ensuite d’une manière effrayante 1 .
Le P. le Jeune, dans sa Relation de 1632, n’a pas d’expressions assez fortes pour peindre les ravages causés dès lors parmi les sauvages par le fléau de la boisson, et il nous assure que leurs capitaines allaient souvent trouver les Français pour les prier “ de ne plus traiter d’eau-de-vie, ni de vin, disant qu’ils seraient cause de la mort de leurs gens.”
Champlain fit les règlements les plus sévères contre la vente des boissons aux sauvages. Mais, dit le P. le Jeune, “ il y a toujours quelqu’un qui leur traite, ou vend quelque bouteille en cachette ; si bien qu’on ne voit qu’ivrognes hurler parmi eux, se battre et se quereller.”
Les gouverneurs qui succédèrent à Champlain, continuèrent à aider les jésuites dans la suppression de ce désordre. Le roi lui-même, par un arrêt du conseil d’Etat, du 7 mars 1657, défendit la vente des boissons aux sauvages 30us des peines très graves.
M. L’Ailleboût montra beaucoup de fermeté pour empêcher la traite de l’eau-de-vie, quand elle commença à
1 — Relations des jésuites.
Tadoussac en 1650. M. D’Argenson, qui lui succéda, marcha sur ses traces. Et quant à M. D’Avaugour, “ rien de plus zélé et de plus ferme que lui dans les commencements ; il décerna de nouvelles peines contre les coupables b”
En se montrant inflexible contre la vente des boissons aux sauvages, Mgr de Laval ne faisait donc que suivre les traditions mêmes du gouvernement civil de la colonie, aussi bien que les intentions les mieux avouées du roi, qui voulait faire du Canada un pays modèle dans toute la force du mot.
Avant d’employer toute la rigueur des moyens spirituels pour arrêter un désordre que les défenses civiles étaient impuissantes à réprimer, il voulut consulter son clergé. Ce grand homme, que l’on a accusé d’être un autocrate et de vouloir toujours imposer sa volonté, n’entreprenait jamais rien d’important sans consulter. “ Le prélat, écrivait un jour M. de Maizerets, ne faisait rien de considérable, que de concertavec nous tous-.” De là cet esprit de suite, et cette ligne de conduite toujours droite et invariable, que l’on remarque dans son administration.
Il tint donc, vers la fin de l’année 1659, dans sa maison et chez les jésuites, plusieurs conférences sur la question de la vente des boissons fortes aux sauvages 1 2 3 . Ce furent probablement les premières conférences ecclésiastiques du clergé canadien.
1 — Latour, p. 80.
2 — Latour, p. 34, Lettre à M. de Denonvüle.
3 — Journal des jésuites, nov. et déc. 1659.
Après avoir pris l’avis de ses prêtres, il voulut épuiser tous les moyens de persuasion et de douceur, et laissa s’écouler plusieurs mois avant d’exercer aucun acte d’autorité. Y oyant enfin que l’avarice des traiteurs était sourde aux avertissements de la religion, et que les âmes s’enfonçaient de plus en plus dans le vice, il se décida à fulminer l’excommunication ipso facto contre ceux qui vendaient des boissons alcooliques aux sauvages.
Son mandement, daté du 5 mai 1660, fut publié le lendemain, jour de l’Ascension, dans l’église paroissiale de Québec 1 . Afin de créer une plus profonde impression, il voulut que cette publication se fît avec une grande solennité. “ Célébrant la messe pontificalement, il monta après Pévangile dans une chaire au milieu du chœur, la mitre en fête, la crosse à la main, environné de son clergé ; après un •discours pathétique, où il prit pour texte ces paroles que Dieu dit à Moïse : “ Descende, peccavit populus turcs 2, ” il
fulmina l’excommunication 3 .
Dans son mandement, le prélat commence par rappeler les désordres causés par la vente des boissons aux sauvages, désordres qui vont croissant de jour en jour, malgré les défenses portées par le roi et les gouverneurs du pays. Il aimait toujours, en effet, à appuyer ses ordonnances sur ■'celles de l’autorité civile, et n’avait rien de plus à cœur
1 — Journal des jésuites, mai 16(50.
^ — “ Descendez, votre peuple a péché. ” (Exod., XXXII, 7.) ■tî — Latour, p. 82.
que de voir le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique se prêter un mutuel secours. Pui3 il prononçe la sentence:
“ Dans la crainte que nous avons, dit-il, que Dieu justement irrité ne retire le cours de ses grâces, et ne réserve ses plus rigoureux châtiments sur cette Eglise..., nous voyant obligé d’apporter les derniers remèdes à ces maux arrivés dans l’extrémité; à cet effet nous faisons très expresse inhibition et défense sous peine d’excommunication, encourue ipso facto , de donner en paiement aux sauvages, vendre, traiter ou donner gratuitement et par reconnaissance soit vin, soit eau-de-vie, en quelque façon et manière, et sous quelque prétexte que ce soit, de laquelle excommunication nous nous réservons à nous seul l’absolution.”
Puis, afin de ne pas dépasser la mesure, ni paraître imposer même aux pauvres sauvages un joug insupportable, comme Notre-Seigneur reprochait un jour aux pharisiens de le faire pour leurs compatriotes h il apporte à sa défense quelque adoucissement :
“ Nous déclarons toutefois, dit-il, que dans ces défenses sous peine d’excommunication, nou3 ne prétendons pas y comprendre quelques rencontres qui n’arrivent que très rarement, et où l’on ne peut quasi se dispenser de donner quelque peu de cette boisson, comme il pourrait arriver en des voyages et fatigues extraordinaires, et semblables nécessités ; mais même dans ces cas l’on saura que l’on tomberait dans l’excommunication susdite, si l’on y excé-
1 — Matth., XXIII, 4.
092 vie DE MGR DE EAVAL
clait la petite mesure ordinaire, dont les personnes de probité et de conscience ont coutume de se servir envers leurs domestiques en ce pays; et tous ceux qui prétendraient, sous ce prétexte, user de quelque fraude et tromperie, en quelque rencontre que ce soit, se souviendront que rien ne peut être caché à Dieu, et que, trompant les hommes, cela n’empêcherait pas que sa malédiction et sa juste colère ne retombât sur eux.
“Mais toujours l’on saura que lorsqu’il s’agira directement ou indirectement de la traite de pelleteries, souliers, et de quoi que ce soit, il ne sera aucunement permis de donner aucune boisson aux sauvages, non pas même ce petit coup, que dans les cas susdits, afin qu’on ne tombe point dans notre défense et excommunication. ”
On ne peut s’empêcher d’admirer la bonté' de cœur de ce grand évêque, son esprit pratique et son désir de rester toujours dans les limites de la modération. Il ne s’était décidé à fulminer l’excommunication, que parce qu’il avait vu le penchant naturel des sauvages à l’ivrognerie, et les grands maux qui en résultaient. Il n’ignorait pas, en effet, que ce n’est pas l’usage de la boisson qui est péché, mais seulement l’abus qu’en fait la perversité des hommes. Un jour, les soldats du Fort ayant donné le pain bénit, le prélat, à qui ils en avaient porté un chanteau, leur envoya à son tour “ deux pots d’eau-de-vie et deux livres de tabac1.” Mais comme, pour les sauvages, l’usage de la
1 — Journal des jésuites, 6 janv. 1660.
boisson était presque invariablement accompagné de l’abus, il l'avait défendu d’une manière absolue et formelle.
Une fois la défense portée, Mgr de Laval, qui n’avait agi qu'avec le concours de ses prêtres, et après mûre délibération,, apporta à l’exécution de son mandement une énergie indomptable. “ Il mit en mouvement les religieux et le clergé, dit M. de Latour, et il fut secondé avec zèle ; on tonna dans la chaire, on fut inflexible dans le confessionnal. Ce fut le signal d’une persécution qui n’a jamais été bien éteinte. Scs ennemis prétendirent que les consciences étaient gênées, ils invectivèrent contre les confesseurs et les prédicateurs ; on attaqua leurs mœurs et leur conduite ; le prélat ne fut pas plus épargné que les autres b ”
Mais il ne fléchit pas un instant. Méprisant ces calomnies, et animé de l’esprit d’en haut, il maintint avec courage ses ordonnances, et les peines qu’il avait portées contre les vendeurs de boissons aux sauvages.
Bien plus, il voulut un jour faire un exemple solennel, afin d’imnrimer aux coupables une salutaire terreur. Un individu nommé Pierre Aigron dit Lamothe, ayant encouru plusieurs fois la peine de l’excommunication pour avoir vendu de l’alcool aux sauvages, et ne voulant pas cesser sa mauvaise vie, Mgr de Laval l’excommunia nommément, et le retrancha de la société des fidèles, obligeant tout le monde à le fuir et à l’éviter comme un homme atteint de la peste 1 2.
1 — Latour, p. 82. — Voir aussi Lettre de Marie 'de l’Incarnation, 30 août 1665.
2 — Journal des jésuites, avril 1661.
Il faudrait citer toute cette sentence, dont le langage à la fois sévère et paternel nous reporte aux âges de foi de la primitive Eglise, et nous rappelle l’excommunication portée autrefois contre l’incestueux de Corinthe 1. Le passage suivant nous donnera une idée de la force déployée par Mgr de Laval en cette occasion :
“ Nous, de l’autorité de Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, et des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et de tous les saints, la coutumace du dit Pierre Aigron nous y ayant forcé, avons, quoique avec un extrême regret, excommunié et excommunions par ces présentes le dit Pierre Aigron, et dès à présent le retranchons du corps de l’Eglise, comme membre infect et gâté, le privant des prières et suffrages des chrétiens et de tout usage des sacrements, lui interdisons l’entrée de l’église pendant le divin service, et en cas qu’il meure dans la présente excommunication, ordonnons que son corps soit privé de sépulture et jeté à la voirie.... Admonestons un chacun et tous les fidèles de ne le fréquenter, ni parler, ni saluer pour quelque raison que ce soit, mais plutôt le fuir et éviter, comme une personne maudite et excommuniée.... Et même, au cas que le dit Pierre Aigron soit si téméraire et si impudent que d’entrer dans aucune église pendant que l’on dira la sainte messe, et que l’on fera le divin service, nous commandons que l’on cesse le sacrifice de la messe et tout autre service, jusqu’à ce qu’il ait été chassé ou jeté dehors 2.... ”
1 — I Cor., V.
2 — Mandement du 18 avril 1661.
Cette terrible sentence eut un heureux effet sur le coupable. Chassé de tous côtés, il rentra en lui-même, se convertit à Dieu, et se soumit à la pénitence publique le dimanche suivant.
L’énergie déployée par l’évêque de Pétrée produisit aussi les meilleurs résultats parmi les sauvages. “ Il a retranché tous les désordres, dit la Relation de 1660; ils n’ont plus paru depuis l’excommunication, tant elle a été accompagnée de bénédictions du ciel : ce qui a tellement surpris nos meilleurs et plus sages sauvages, qu'ils sont venus exprès en faire remerciement de la part de leurs nations à Mgr de Pétrée, lui confessant qu’ils ne pouvaient assez admirer la force de sa parole, qui a achevé, en un moment, ce qu’on n’avait pu faire depuis longtemps.”
La Relation ajoute: “ Une des choses qui a le plus éclaté dans le Canada depuis l’arrivée de Mgr de Pétrée, et qui peut passer pour une merveille, c’est de voir l’ivrognerie presque toute exterminée de chez nos sauvages. Dieu a tant donné de bénédictions au zèle de ce bon prélat, qu’il est enfin venu à bout d’un mal qui s’était fortifié depuis si longtemps, et qui semblait irrémédiable.”
Le zèle de Mgr de Laval fut bien secondé, comme nous l’avons vu, par M. D’Argenson, d’abord, puis par M. D’Avaugour dans les commencements de son administration. Ce dernier n’hésita pas à employer toute la sévérité de la loi pour faire observer les défenses que le roi avait portées contre la vente des boissons aux sauvages. En 1661, deux individus furent condamnés à la peine capitale pour
plusieurs offenses criminelles, et en particulier pour avoir à maintes reprises vendu de l’eau-de-vie aux sauvages. Un autre fut fouetté pour la même offense b
Tant de sévérité de la part de l’autorité civile comme de la part de l’autorité ecclésiastique produisit de si merveilleux effets, que, dans le mois d’octobre 1661, Mgr de Laval, qui n’avait frappé que pour guérir, résolut de suspendre l’excommunication portée le 5 mai 1660, et de reprendre a l’égard de son troupeau l’unique rôle de pasteur et de père dont il n’aurait jamais voulu se départir.
Hélas ! une circonstance fâcheuse vint bientôt ramener la douleur dans son âme, et lui faire reprendre la verge qu’il espérait avoir déposée pour toujours.
Le baron D’Avaugour était un homme d’une probité reconnue et d’une foi pratique ; il était sincèrement attaché à la Religion 1 2 . Vieux soldat de quarante ans de service, il apportait dans l’administration de sa charge beaucoup d’énergie et de franchise, mais aussi des allures raides, cassantes et impérieuses, qu’on pardonne plus facilement à un général qu'à un gouverneur. “ Il a servi longtemps en Allemagne, pendant que vous y étiez, écrivait Colbert au marquis de Tracy ; et vous devez avoir connu ses talents, aussi bien que son caractère bizarre et quelque peu impraticable 3 . ”
1 — Journal des jésuites, oct. 1661.
2 — Une vieille chronique l’appelle le “ sage et vertueux M. Dubois D’Avaugour ” ; et elle ajoute qu’on l’avait “nommé avec justice le Du Terrail du temps”, ( Union Libérale de Québec, 2 nov. 1889.)
3 — Cité par M. Parkman, The Old Régime in Canada, p. 120.
Ennemi du faste et des cérémonies, il avait pris le plus sûr moyen d’éviter les conflits de préséance qui avaient causé tant de déboires à son prédécesseur : c’était de fuir les solennités publiques. Dès son arrivée, il avait décliné la réception que Mgr de Laval et les jésuites lui avaient préparée à l’église paroissiale 1 .
Prévenu contre l’évêque, il affectait de n’avoir avec lui que les relations de rigueur, et s’efforçait au contraire de rester en termes d’amitié avec les jésuites 2 . C’était déjà pour lui une situation un peu anormale, car l’évêque et les jésuites s’entendaient parfaitement pour tout ce qui regardait l’administration spirituelle de la colonie. Le dissentiment le plus grave ne tarda pas à éclater entre eux et le gouverneur.
Xous avons vu que, tout d’abord, IM. D’Avaugour avait appuyé énergiquement la défense portée par Mgr de Laval contre la vente de l’eau-de-vie aux sauvages. Un incident fit tout à coup changer ses dispositions.
Une femme de Québec fut surprise en contravention a la loi, et conduite en prison. Le P. Lalemant, supérieur des jésuites, cédant aux sollicitations pressantes de la famille, et peut-être à un mouvement naturel de compassion, alla se présenter chez le gouverneur pour demander sa grâce, et voulut l’excuser. u Comment ! répliqua brusquement
1 — Journal îles jésuites. . .
2 Dans l’automne de 1661, il pria le supérieur des jésuites d assis¬
ter au Conseil (Journal des jésuites, oct. 1661). L évêque y était déjà de droit ; et ce droit fut confirmé par un nouvel arrêt du conseil d’Etat, en date du 24 mai 1661, enregistré au conseil de Québec le 27 septembre de la même année. (Archives de V archevêché de Quebec.)
M. D’Avaugour, vous êtes les premiers à crier contre la traite, et vous ne voulez pas qu’on punisse les traitants ! Je ne serai plus le jouet de vos contradictions ; puisque ce n’est pas une faute punissable dans cette femme, elle ne le sera plus pour personne. ” Et il congédia ainsi le P. Lalemant.
Le raisonnement et la conduite du gouverneur n’étaient pas justes. Faut-il abolir une loi et permettre le crime, parce que l’on aura mal à propos demandé la grâce d’un criminel ?
Mais M. D’Avaugour était un de ses hommes raides et inflexibles que rien ne peut changer. Aucune considération ne fut capable de lui faire rétracter cette parole, et cette funeste permission qu’un moment de mauvaise humeur lui avait arrachée.
“L’évêque, le clergé, les jésuites, tout ce qu’il y avait d honnêtes gens dans la colonie, les sauvages mêmes, par des députations solennelles de leurs anciens et de leurs capitaines, eurent beau lui représenter les inconvénients de cette libeite de la traite, et ie supplier de taire exécuter ses propres ordonnances ; soit prévention qu’on exagérait le mal, soit ressentiment contre les jésuites, soit raideur outrée de caractère, on ne put rien obtenir: il lâcha la bride aux traitants.
Le mal fit de si grands et si rapides progrès, que bientôt il fut extrême et sans remède : on distribua l’eau-de-vie a\ ec profusion, on en but avec excès j la défense qui en avait été faite semblait lui donner un goût plus piquant. Grand nombre d’idolâtres qui se faisaient instruire, abar-
donnèrent la religion ; les plus fervents néophytes apostasièrent, ou vécurent en idolâtres. Ces fervents chrétiens, qui faisaient revivre la primitive Eglise, et que les infidèles mêmes admiraient, devinrent l’opprobre et le scandale du christianisme, dont par leur dérangement ils faisaient blâmer la sainteté et soupçonner la certitude. Il n’y en eut qu’un très petit nombre qui résista à ce torrent débordé ; et encore fallut-il que, se réfugiant à Sillery ou au Cap-dela-Madeleine, et rompant tout commerce avec le monde, ils s’éloignassent promptement du danger h ”
On comprend de quelle douleur fut navré le cœur de Mgr de Laval â la vue de ces désordres et de la perte de tant d’âmes. Comme il n’avait plus aucun secours â attendre du gouverneur, il résolut de remettre en force l’excommunication ipso facto que sa tendresse paternelle l’avait engagé à suspendre quelques mois auparavant.
Son mandement venait de recevoir des éminents docteurs de la Sorbonne une deâ plus solennelles approbations qui fussent accordées à cette époque. Interrogés par l’évêque de Pétrée, ils avaient répondu que “ vu les désordres qui arrivent de la vente de telles boissons aux Américains, le prélat peut défendre sous peine cl’excommunication ipso facto aux Européens la vente de telles boissons, et traiter ceux qui sont désobéissants et réfractaires comme des excommuniés. ” La Sorbonne se prononça encore -
1 — Latour, p. 81.
dans le même sens, et d’une maniéré plus explicite, treize ans plus tard h
Le 24 février 1662, Mgr de Laval remit donc en force son mandement du 5 mai 1660. Le mal était arrivé, disait-il, aux derniers excès, dans tous les lieux où il y avait des sauvages, et même au milieu de Québec, par suite de l’ivresse journalière des sauvages de l’un et de l’autre sexe. Ils en venaient à des meurtres et à de3 violences qui faisaient horreur. “ Tout le christianisme de cette nouvelle Eglise est malheureusement étouffé par ces désordres dans les âmes de ces pauvres sauvages. Nous les voyons, avec une douleur extrême, malgré tous les soins des missionnaires, abandonner la foi.
“ Etant obligé, par les devoirs de notre charge, de nous opposer de tout notre pouvoir au torrent de ce désordre qui ruine entièrement la foi de cette Eglise, nous vous enjoignons, disait-il aux pasteurs, de publier au peuple dont vous avez le soin, que la suspension de l’excommunication est ôtée, et icelle excommunication remise en force et vigueur contre tous ceux qui donnent, en quelque façon que ce soit, des boissons enivrantes aux sauvages, sinon un ou deux coups par jour de la petite mesure ordinaire que l’on donne aux gens de travail.... Enjoignons d’exhorter un chacun de prendre garde soigneusement à soi, en cela, pour n’attirer point sur sa personne et sur tout le
1 — Délibérations de la Sorbonne du 1er fév. 1662 et du 8 mars 1675. Voir ces deux documents à la fin du t. II.
pays la malédiction du Seigneur, qui n’est que trop à craindre.... ”
Deux mois plus tard, le mal, au lieu de diminuer, s’était encore aggravé ; et l’évêque fit une nouvelle déclaration, le 30 avril 1662, pour accentuer davantage sa défense de procurer de l’eau-de-vie aux sauvages, et renouveler la sentence d’excommunication contre les coupables.
Malheureusement, l’autorité civile avait ouvert la porte à tous les désordres. Aucune considération morale ne pouvait plus retenir ceux des Français qui n’étaient venus au Canada que pour s’enrichir, et qui, possédés du démon de l’avarice, se livraient désormais avec impunité au trafic des boissons alcooliques.
“ Ils ont méprisé ses remontrances, dit Marie de l’Incarnation, parce qu’ils sont maintenus par une puissance séculière qui a la main forte. Ils lui disent que partout les boissons sont permises. Le coup de foudre de l’excommunication ne les a pas plus étonnés que le reste. Il n’en ont tenu compte, disant que l’Eglise n’a point de pouvoir sur les affaires de cette nature h ”
Ainsi, il y avait déjà, à cette époque, des esprits forts, qui se moquaient des peines les plus graves de l’Eglise, et contestaient à l’autorité religieuse le droit de s’occuper de ce qui intéressait si vivement la conduite morale des fidèles. On voit combien Mgr de Laval avait raison lors-
1 — Lettre historique 63e.
qu’il disait que le grand mal d’alors, c’était la recherche excessive des intérêts temporels. L’avarice avait porté quelques colons canadiens à mépriser les défenses de l’autorité religieuse.
Ces malheureux, cependant, ne se moquèrent pas toujours de l’excommunication. S’il faut en croire M. de Latour,
les particuliers qui avaient traité de l’eau-de-vie furent visiblement châtiés par la justice divine; plusieurs tombèrent dans des crimes énormes, et reçurent des flétrissures publiques ; tout le pays fut pendant six mois agité par des tremblements de terre et des phénomènes affreux, qui convertirent bien du monde 1 ....”
En attendant, Mgr de Laval voyant que les moyens extrêmes qu’il avait employés ne réussissaient pas à arrêter les désordres de l’ivrognerie chez les sauvages, que sa voix était impuissante à empêcher les Français delà colonie de faire leur infâme trafic, parce qu’elle n’était plus soutenue par l’autorité civile, résolut de passer en France pour exposer au roi l’état de la colonie, et implorer le secours du bras séculier en faveur de son autorité.
“ Il s’embarque pour passer en France, dit Marie de l’Incarnation, afin de chercher les moyens de remédier à ces désordres qui tirent après eux tant d’accidents funestes. Il a pensé mourir de douleur à ce sujet, et on le voit sécher sur pied. Je crois que s’il ne peut venir à bout de son dessein, il ne reviendra pas, ce qui serait une perte irrépa-
1 — Latour, p. 83.
râble pour cette nouvelle Eglise et pour tous les Français. Il se lait pauvre pour les assister ; et pour dire en un mot tout ce que je conçois de son mérite, il porte les marques et le caractère d’un saint.” Puis elle ajoutait : “Je vous prie de recommander et de faire recommander à Notre- Seigneur une affaire si importante, et qu’il lui plaise de nous renvoyer notre bon prélat, père et véritablement pasteur des âmes qui lui sont commises b”
1 — Lattre, historique 63e.