CHAPITRE QUATORZIÈME
L’établissement du séminaire de Québec, confirmé par le roi. — Les commencements de cette institution ; premiers règlements. — Affiliation au séminaire des Missions étrangères. — Premières constructions.
Mgr de Laval n’eut pas plutôt publié à Paris son mandement pour l’établissement du séminaire de Québec, qu’il le soumit au roi, afin de le faire confirmer pour les effets civils.
Dans ses lettres patentes d’approbation (avril 1663), Louis XIV rappelle d’abord le vif intérêt qu’il porte à tout ce qui peut procurer l’instruction spirituelle des habitants du Canada et la conversion des sauvages, et par conséquent à l’établissement du séminaire que l’évêque de Pétrée vient d’ériger dans ce but pour la Nouvelle-France.
Puis il confirme cet établissement, attribue au séminaire toutes les dîmes du pays, “ de quelque nature qu’elles puissent être, tant de ce qui naît par le travail des hommes, que de ce que la terre produit d’elle-même,” aux conditions exprimées dans le mandement, et règle que ces dîmes “ se paieront seulement de treize une. ”
Le roi décide ensuite que l’évêque ou ses successeurs ne pourront aliéner les biens-fonds du séminaire, sans le consentement du supérieur, des deux assistants et du procureur ; puis il ajoute :
“ Pour maintenir tous les ecclésiastiques de ce clergé dans une totale soumission à leur évêque, et remédier à quantité d’inconvénients que produit quelquefois la stabilité des cures, dont le changement ne dépend point des supérieurs, nous approuvons et voulons que tous ceux qui seront délégués dans les paroisses, églises et autres lieux en toute la Nouvelle-France, pour y faire le3 fonctions curiales et autres auxquelles ils auront été destinés, soient amovibles, révocables et destituâmes, toutes et quantes fois que le dit seigneur évêque et les successeurs évêques du dit pays le trouveront à propos, conformément à la sainte pratique des premiers siècles, dont l’usage se conserve encore en plusieurs diocèses de notre royaume, à la charge que le dit séminaire entretiendra de toutes choses nécessaires les dits ecclésiastiques, tant en santé qu’en maladie, soit dans les paroisses ou autres lieux où ils seront envoyés, soit dans la communauté lorsqu’ils y seront rappelés, et qu’il paiera les frais de leurs passages et de leur retour, lorsqu’ils seront tirés de France, ou qu’ils y seront envoyés.”
Le roi termine sa lettre en reconnaissant au séminaire de Quebec tous les droits civils généralement accordés aux communautés ecclesiastiques de son royaume, et l’exempte
de tous droits d’amortissement. Puis il revient encore une fois sur le sujet des dîmes, afin de donner encore plus de force, si possible, à son ordonnance.
“Voulant et entendant de rechef que le dit clergé et séminaire jouisse de la totalité des dîmes, grosses et menues, anciennes et nouvelles, de tous les fruits généralement quelconques et sans aucune distinction, qui proviendront sur toutes les terres dans le -dit pays de la Nouvelle- France ou Canada h”
Après avoir obtenu une approbation si entière de son œuvre, Mgr de Laval se liâta, comme nous l’avons vu, de revenir au Canada, et fut reçu à Québec avec une grande joie. Son petit clergé, surtout, fut heureux d’apprendre l’établissement du séminaire. L’ermitage de Québec allait changer de nom, mais nullement de vie ni de pratiques spirituelles. De nouvelles recrues venaient le renforcer. On allait y voir une belle efflorescence de piété et de vertus.
On se logea comme l’on put dans la petite maison que Mgr de Laval avait achetée l’année précédente, et qui était située, nous l’avons déjà dit, à peu près à l’endroit du presbytère actuel.
Jetons un regard à l’intérieur de cette humble demeure. Nous y verrons M. de Bernières, dont les vertus aussi bien que le nom rappellent à tous le fondateur de l’ermitage de Caen ; M. Thomas Morel, ce missionnaire si zélé, qui était
1 — Edita et Ordonnances, t. I, p. 35.