‹ Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708Chapitre 44 sur 68 · SS · texte numérisé non relu

SS

arrive d’Europe l’année précédente 1 ; M. Jean Dudouyt, l’un dés plus grands ecclésiastiques, dit Latour, que U. de Laval ait employés au Canada MM. Morin et Jolliet, encore aspirants au sacerdoce ; puis MM. de Maizerets et I ornmier, et les trois ecclésiastiques 2 qui viennent d’arriver d’Europe : au milieu d’eux, Mgr de Laval, comme un père au milieu de ses enfants. Voilà le noyau du séminaire de Québec; voilà, à part les jésuites et les messieurs de Saint-Sulpice, à peu près tout le clergé du Canada.

M. de Bermères fut nommé premier supérieur du séminaire, “ et commença la liste de ces hommes d’élite qui, jusqu’à ce jour, se sont signalés à l’envie, par les travaux les plus utiles à la religion et à la patrie 3. » Lui et M An-o

de Maizerets gouvernèrent alternativement le séminaire pendant plus d’un demi-siècle h

“ Rien, dit Latour, ne représente mieux la primitive

qUe la ™ de ce Peü‘ clergé. Biens de patrimoine bénéfices simples, pensions de la Conr, présents et honoraires, ils mirent tout en commun.”

, . N°S blenS étaient communs avec ceux de l’évêque cent M. de Maizerets. Je n’ai jamais va faire parmi nous

domestique <le M. de Beniièrës de LoaviV^ 1)0,113 R?berge’, blevc et son maître, alla par zèle au Pana P 1 gn^’ P*ein de l’esprit de

Jusqu’à .u1r„rtQfirS ;.32d)0m,er " *t L»™b « >» ces eecjérifZJos f Mm!‘ P^êtVec'Siï * «"* <’»

Québec jusqu’à nos jours ’ deS SUpérieurs du séminaire de

aucune distinction du pauvre et du riche, ni examiner la naissance et la condition de personne, nous regardant tous comme frères h ”

Cette union admirable qui existait entre tous les membres du clergé frappa Mgr de Saint- Yalier, lorsqu’il arriva au Canada; et il écrivit: Tous les ecclésiastiques, chanoines, curé, séminaire, ne composent qu’une communauté, dont la sainteté attire le respect de tout le monde 1 2, ”

Ni M. de Lauson-Charny, qui demeurait encore chez les jésuites 3, ni M. Le Bey, chapelain de l’LIôtel-Dieu, ni M. de Saint-Sauveur, ne paraissent, cependant, avoir jamais fait partie du séminaire. Cela confirme ce que dit l’auteur de Y Histoire manuscrite de cette institution :

“ Il ne faut pas croire que Mgr de Laval obligeât aucun de ses prêtres à faire partie de son séminaire. Il se contentait de les exhorter à entrer dans Vh'eritaga de VEnfant- Jêsus, et de leur montrer tous les avantages spirituels et temporels qu’ils en devaient attendre. Il fallait demander soi-même avec instance d’y être admis, et offrir de remplir les conditions requises, savoir, de rendre compte de tous ses revenus fixes et casuels au supérieur, et de ne point quitter son bénéfice sans l’agrément du séminaire. ” Dans ces conditions de liberté laissée aux pretres de s’affilier ou de ne pas s’affilier, l’organisation du clergé séculier du Canada en un corps ecclésiastique appelé sémi-

1 — Lettre à M. de Denonville.

2 — Latour, p. 34.

3 — Journal des jésuites.

naire, offrait encore bien moins d’inconvénients que si elle eût été de rigueur pour tout le monde.

Au reste, ce qui prouve le grand attachement des prêtres au séminaire de Québec, et le cas qu’ils faisaient des avantages que leur procurait l’affiliation à cette institution, c’est le cri général de douleur qui se fit entendre, lorsque plus tard il fallut briser cette union du clergé avec le séminaire, établir des cures fixes, séparer les frères d’avec leurs frères, les enfants d’avec leur père. Mais n’anticipons pas sur les événements.

Voici les principaux règlements qui furent faits pour le séminaire, par Mgr de Laval, conformément à l’ordonnance d’érection :

1. Tous les ecclésiastiques seront très soumis à la conduite du supérieur, sous la direction de l’évêque.

2. Ils ne se regarderont pas comme propriétaires de ce qui leur sera assigné pour leur subsistance ; mais afin de pratiquer le détachement, ils rendront compte tous les ans de leur temporel.

o. Ils meneiont une vie si pure, qu’on n’ait pas sujet de les retrancher d’un corps dont ils sont les membres.

4. Pour entretenir leur ferveur, ils viendront tous les ans- 1 aii e une retraite au séminaire, qui, pendant ce temps-là, fera desservir leur paroisse.

5. Le seminaiie les regardera comme les enfants de la maison; ils y seront reçus et traités avec charité quand

ils viendront à Québec pour maladie ou affaires nécessaires.

6. On pourvoira à leurs besoins en santé et en maladie* et l’entretien sera uniforme pour tous les ecclésiastiques* de quelque rang qu’ils soient.

7. Pour les soutenir et les consoler dans l’éloignement* on entretiendra avec eux une parfaite correspondance decharité.

8. Si l’âge, les travaux, les infirmités les rendent invalides, ils trouveront un asile assuré dans le séminaire jusqu’à leur mort, après laquelle on fera pour eux les prières communes 1.

On respire en lisant cette page un parfum délicieux de désintéressement ; et l’on croirait entendre comme un écho les conseils évangéliques donnés par Notre-Seigneur à ses disciples.

C’étaient des caractères fortement trempés, ces illustres fondateurs du séminaire de Québec, qui s’étaient imposéun code si merveilleux.

Mgr de Laval, qui l’avait fait, s’y soumit tout le premier. Il était le plus pauvre de tous dans ses habits et ses meubles. Extrêmement mortifié dans sa nourriture, necherchant qu’à se retrancher toute jouissance sensible, il courait pour ainsi dire après les occasions de crucifier la nature. Il ne se contentait pas des sacrifices qu’il avait constamment à faire dans l’exercice si pénible de ses fonctions, il y ajoutait des mortifications volontaires qui montraient la haine qu’il avait de lui-même, et son ardent désir

1 — Latour, p. 94.

de s’avancer toujours dans la perfection. Son éminente sainteté rayonnait autour de lui, et il avait formé tous ses prêtres à son image. Faut- il s’étonner si cet homme apostolique et ses collaborateurs ont imprimé à leurs œuvres ce cachet de perfection que l’on y admire encore ?

Pour assurer à son séminaire, à part les dîmes, un revenu suffisant, Mgr de Laval fit, à diverses reprises, l’acquisition de plusieurs biens-fonds. Il acheta 1 en avril 1666, un emplacement de seize arpents dans la haute ville, joignant l’église paroissiale, sur la côte de Québec, “ d’où l’on découvre, dit Latour, toute la rade, l’ile d’Orléans, la Pointe- Levis et la rivière Saint-Charles, autant que la vue peut s’étendre ’’.

Il acquit également la seigneurie de Beaupré, depuis la rivière Montmorency jusqu’à celle du Gouffre qui se décharge dans la baie Saint-Paul, l’anse Saint-Michel, la seigneurie de la Petite - Nation, sur l’Ottawa, et l’île d’Orléans. Mais il échangea bientôt cette dernière propriété avec M. Berthelot, pour l’île Jésus, montrant en cela son esprit pratique. Suivant lui, en effet, il était prudent de n’avoir pas tous ses biens dans le même endroit. Quand les années sont mauvaises dans une partie du pays, elles peuvent être prospères ailleurs; et en ayant ainsi des sources de revenus en différents endroits, on a plus de chances de n’en jamais manquer tout à fait.

1 ~ De Guillemette Hébert, veuve de Guillaume Couillard.

Nous verrons plus tard Mgr de Laval faire l’abandon pur et simple de toutes ces propriétés au séminaire, et lui donner en même temps tous les meubles, livres, ornements, arrérages de rentes qu’il posséderait à sa mort.

Le séminaire de Québec avait donc son existence propre, il tonnait un corps distinct, avant même qu’il fût question de l’unir au séminaire des Missions étrangères de Paris. Il avait ses administrateurs, ses revenus en dîmes et en rentes qu’avait commèncé à lui donner l’évêque de Pétrée. Il était vraiment séminaire épiscopal et diocésain, et comme tel soumis à l’évêque, selon les canons du concile de Trente.

Pour l’asseoir sur des bases durables et solides, le prélat crut devoir Punir à un corps stable, qui fût comme la source toujours féconde des ouvriers évangéliques. Il avait assisté, au printemps de 1663, à la fondation du séminaire des Missions étrangères de Paris, auquel Mgr de Sainte- Thérèse, évêque de Babylone, venait de donner sa propriété de la rue du Bac, et sa maison d’Ispahan en Perse. Depuis, en juillet 1663, le roi avait donné des lettres patentes à ce séminaire ; et ces lettres furent enregistrées au parlement de Paris le 7 septembre de la même année b Mgr de Laval apprit, au printemps de 1664, l’établissement définitif du séminaire de Paris. Il se hâta d’écrire à ses anciens confrères de la Congrégation pour leur expri-

1 — Le séminaire de Québec existait donc avant que celui de Paris eut reçu sou organisation civile, puisque ses [lettres patentes sont du mois d’avril 1663.

3gg "VIE DE MGR DE LAVAL

mer sa joie et les prier d’étendre leur œuvre de zèle jusqu’à la Nouvelle-France :

<;J’ai appris avec joie, dit-il, l’établissement de votre séminaire des Missions étrangères, que les bourrasques et tempêtes dont il a été agité dès le commencement n’ont servi qu’à rendre plus ferme et plus inébranlable. Je ne puis assez louer votre zèle, lequel ne se pouvant contenir dans les bornes et limites de la France, cherche à se répandre dans toutes les parties du monde et aller au delà des mers dans les régions les plus éloignées ; ce que considérant, j’ai cru ne pouvoir procurer un plus grand bien à notre nouvelle Eglise, plus à la gloire de Dieu et au salut des peuples que Dieu a confiés à notre conduite, qu’eu contribuant à l’établissement d’une de vos maisons dans Québec, lieu de notre résidence, où vous serez comme la lumière posée sur le chandelier, pour éclairer toutes ces contrées par votre sainte doctrine et l’exemple de vos vertus.

“ Puisque vous êtes le flambeau des pays étrangers, il est bien raisonnable qu’il n’y ait aucune région qui ne ressente votre charité et votre zèle. J’espère que notre Eglise sera l’une des premières qui auront ce bonheur, d’autant plus qu’elle possède déjà une partie de ce que vous avez de plus cher h

“ Venez donc à la bonne heure, nous vous recevrons avec joie. Vous trouverez un logement préparé et un fonds

1 — Les prêtres du’séminaire de Québec et Mgr de Laval lui-même étaient tous d’anciensjconfrères des MM. du séminaire de Paris.

suffisant pour commencer un petit établissement qui ira toujours en croissant, je l’espère... b ”

Il écrivait presque en même temps à son ami Boudon une lettre affectueuse, qui fait voir la foi et le courage avec lesquels il menait cette affaire de l’établissement de son séminaire, malgré mille obstacles et surtout malgré le mauvais état de sa santé.

“ J’ai reçu, dit-il, vos chères lettres, qui ne respirent que Dieu, seul et l’amour de Jésus et Marie, du glorieux saint Joseph et des saints anges. L’indisposition où je suis m’oblige de me servir d’une autre main que la mienne pour vous écrire. Ma santé n’a pas été beaucoup meilleure pendant la plus grande partie de cette année ; et néanmoins nous sommes accablés de beaucoup d’affaires. Dieu soit béni de tout ! Faites en sorte par vos prières et celles des bonnes âmes avec qui vous communiquez, que Jésus- Christ soit connu et aimé dans le Canada, et des Français et des sauvages, et qu’il lui plaise donner bénédiction à l’établissement du séminaire et du clergé où nous travaillons 1 2. ”

Le séminaire des Missions étrangères reçut la sanction apostolique le IG août 1664 3 ; puis, le 29 janvier 1665, jour de la Saint- François de Sales, fut signé à Paris l’acte d’union du séminaire de Québec à celui de Paris, par MM.

1 — Lettre du 20 août 1664.

2 — Lettre du 27 août 1664.

3 Du cardinal Chigi, légat a latere, le même qui donna la sanction apostolique au séminaire de Saint-Sulpice do Paris le 3 août 1664.

de Meurs, Bazaud, Fermanel, Gazil et Lambert, directeurs des Missions, et MM. Poitevin et Lescot, procureurs de Pévêque de Pétrée et du séminaire de Québec b

Cette union fut renouvelée et confirmée dix ans plus tard, le 19 mai 1675, après que Mgr de Laval fût devenu évêque titulaire de Québec. Le roi approuva cette union par ses lettres patentes du mois d’août 1676, enregistrées au parlement de Paris et au Conseil souverain de Québec 1 2. Le séminaire de Québec fut la première branche de ce grand arbre du séminaire de Paris, et porta le nom de Séminaire des Missions étrangères de Québec.

En même temps qu’il opérait l’union de son séminaire avec celui de Paris, l’évêque de Pétrée souhaitait qu’il vécût toujours en parfaite intelligence avec les jésuites, auxquels il était lui-même si attaché. Le 21 décembre 1665 fut signé à Québec un acte d 'union spirituelle par le P. Lemercier, supérieur des jésuites, d’une part, et MM. de Bernières et de Maizerets, supérieur et premier assistant du séminaire, de l’autre. On s’y engageait à vivre toujours en frères, à pratiquer l’hospitalité les uns à l’égard des autres, et à se rendre le devoir mutuel de la prière. Les prêtres du séminaire et ceux de la Société de Jésus à Québec disaient les uns pour les autres une messe par année : on disait aussi trois messes pour chaque associé défunt.

Le 7 décembre de la même année, on renouvela, de part et d’autre, le vœu admirable qu’avaient fait à Québec, dès

1 — Latour, p. 102.

2 — Edits et Ordonnances , t. I, p. 84.

1636, les jésuites du Canada, de jeûner la veille de l’immaculée Conception pour honorer ce glorieux privilège de Marie, et pour obtenir, par l’intercession de cette bonne mère, la conversion des sauvages. Ce jeûne est encore observé fidèlement au séminaire de Québec.

Mgr de Laval voulut même qu’il y eût entre le séminaire et les différentes communautés de femmes une association de prières analogue à celle qui existait avec les jésuites. Quant aux récollets, qui revinrent au Canada en 1670, il n’y eut jamais d’union bien intime entre eux et le reste du clergé L

Pour compléter l’union de son clergé, le vicaire apostolique aurait voulu que le séminaire de Québec et celui de Saint-Sulpice de Montréal n’eussent formé qu’un seul corps. Il paraît même, d’après Latour, que de part et d’autre on désirait cette union. Il en écrivit donc à M. Dudouyt, son agent à Paris, et à M. Tronson, supérieur de Saint- Sulpice.

“ La piété, le zèle, la réputation de cette maison, dit Latour, le nombre de bons sujets qui s’y forment, son crédit dans le royaume, faisaient désirer une protection si puissante et une source si abondante de bons ouvriers. D’un, autre côté, il était à craindre que l’esprit primitif de ce3 communautés étant fort différent, on ne conservât plus la même intelligence, malgré l’estime mutuelle, que le grand n’absorbât le petit, et que Saint-Sulpice fournissant presque tous les sujets formés de sa main, les Missions ne fissent

1 — Latour, p. 42.

plus qu’un séminaire, ou que la multiplicité des objets ne fît tort à l’un ou à l’autre. M. Tronson ne voulut point de l'union 1 .

Il fallut donc renoncer à ce projet d’union absolue: ce qui n’empêcha pas que les liens de charité ont toujours ■été fort étroits entre le séminaire de Québec et celui de Montréal. Il y eut entre eux, comme avec les jésuites, association spirituelle parfaite 2.

Dans sa lettre aux messieurs de Paris, Mgr de Laval parle d’un certain fonds déjà suffisant pour commencer un petit établissement. En effet, dès le 30 décembre 1663, il •avait assemblé les paroissiens de Québec, et les avait fait consentir à lui abandonner les 6,000 francs qu’ils avaient souscrits autrefois pour la construction d’un presbytère.

Les prêtres du séminaire, présents à l’assemblée, demandèrent de bâtir avec cet argent un établissement pour leur propre institution, s’obligeant de loger à perpétuité le curé et les vicaires, à condition qu’on leur laissât le terrain situé autour de l’église : ce qui leur fut accordé. Ils firent construire, en 1666, à peu près à l’endroit du palais archiépiscopal actuel, une grande maison en bois pour leurs ecclésiastiques, qui ne pouvaient plus loger dans la petite maison de Mgr de Laval. Celle-ci continua à servir de résidence à l’évêque et au curé de Québec, M. de Bernières, ■qui était en même temps le supérieur du séminaire. La

1 — Latour, p. 105.

2 — Un acte d’union de fraternité entre les deux institutions fut signé en février 1688. (Histoire manuscrite du séminaire de Québec.)

grande maison en bois dont nous venons de parler n’était, du reste, qu’un logis temporaire b

M. de Tracy voulut signaler sa piété, en faisant élever devant cette maison, sur le bord du cap, en vue de tout le port, et probablement à l’endroit de la petite terrasse actuelle du séminaire, une grande croix de soixante-cinq pieds de hauteur. Une large allée, à partir de la maison, conduisait à cette croix, monument de la dévotion et de l’esprit religieux du vice-roi.

L’on se borna, jusqu’en 1668, à former aux fonctions ecclésiastiques les jeunes gens qui avaient fait leurs études au collège des jésuites ou en France, et se destinaient au sacerdoce. Tl n’y avait donc encore, à proprement parler, qu’un grand séminaire. Nous verrons bientôt l’œuvre de Mgr de Laval se développer d’une manière merveilleuse, de vastes contructions en pierre surgir sur le coteau de Québec ; et nous pourrons admirer ce qu’a fait ce grand évêque pour l’instruction de la jeunesse de notre pays.

1 — Elle servit plus tard de logement au cure et a Mgr de Laval, et elle brûla en 1701.

Page 1