‹ Vie de mgr de Quélen, archevêque de ParisChapitre 51 sur 61 · PIÈCES JUSTIFICATIVES (D). XXV · texte numérisé non relu

PIÈCES JUSTIFICATIVES (D). XXV

de vos prédécesseurs, m'avait, en me donnant la qualité d'évêque, que vous avez cru devoir supprimer dans votre lettre , autorisé à exercer dans tout le diocèse les fonctions du saint ministère; cette autorisation me fut ensuite verbalement confirmée par le cardinal Maury : enfin , vous ne pouvez ignorer la touchante union qui , depuis le concordat jusqu'à la restauration, a existé entre la majorité des prêtres assermentés et ceux qui ne l'étaient pas. Comment donc serait-on fondé à dire que je veuille avoir raison contre tous, lorsque je refuse de rétracter un serment prêté avec conviction et bonne foi, que beaucoup d'évêques n'ont pas improuvé comme vous , puisqu'ils sont restés en communion avec moi, et dont, à moins d'une décision contraire de l'Église universelle, on ne peut me contester le droit et le devoir de soutenir la légitimité et la catholicité. Aussi suis- je fondé à penser, avec Bossuet, que les véritables schématiques sont ceux qui repoussent des frères attachés à l'unité.

Après ce que je viens de dire, si de nouvelles considérationsétaient encore nécessaires, je vous rappellerais que le serment imposé en 1606 par Jacques Ifr, roi d'Angleterre, fut d'abord condamné par le pape; qu'il fut depuis approuvé par la Sorbonne, et, plus tard, par Bérault-Bercastel, Fabre, Holden, et enfin par l'immortel Bossuet. Le même dissentiment existe quant au serment civique. Si jamais l'Église, je le répète, venait à se prononcer contre ma doctrine, je suis soumis d'avance à sa décision ; mais jusque-là je reste inébranlablement attaché à ma croyance, comme à mon amour pour la chaire de saint Pierre, si étrangement défigurée par les fausses décrétales et par ces prétentions ultramontaines, au milieu desquelles ont été bouleversées et les libertés de l'Église gallicane, si précieuses à nos pères, et la discipline de la primitive Église , cette discipline qui avait

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conquis à la foi tous ces peuples, qui, depuis plusieurs siècles, déchirent le sein de leur mère , et dont la désertion accuse la haute imprudence de ceux qui , par des abus déplorables, ont fourni tant de prétextes de schisme.

Je viens, M. l'archevêque, de vous exposer les motifs qui m'interdisent une rétractation que je regarderais comme un parjure, quand je considère surtout que , dans l'affaire de l'arianisme , ce fut d'abord le très petit nombre qui resta fidèle à la foi de Nicée, et finit par faire triompher la cause de la religion.

Soyez sûr qu'ainsi que vous je suis loin d'obéir à des considérations humaines , pas plus aujovird'hui qu'au temps où je défendais, à la tribune nationale, la religion attaquée avec fureur, où j'obtenais la liberté des prêtres réfractaires entassés sur les pontons de Rochefort, et où, malgré les menaces et les hurlements de l'incrédulité, le premier je réclamais l'ouverture de ces mêmes temples dont on repoussera peut-être ma dépouille mortelle!..

Je voudrais m'arrêter ici, mais j'éprouve le besoin de vous dire un mot de mes opinions politiques, qui servent de prétexte aux persécutions auxquelles je suis en butte depuis quarante ans. Une circonstance de ma vie a été odieusement dénaturée : je n'ai jamais voté la mort de personne. . . Un des premiers j'ai demandé l'abolition de cette peine, reste de barbarie et honte de la civilisation. Plus encore, ma voix et ma plume n'ont cessé de revendiquer les droits de l'humanité souffrante, sans distinction de croyance, de climat, de couleur et de races; et si, au moment de descendre dans la tombe, quelque cho^e me fait éprouver un sentiment pénible, c'est de voir le père des fidèles ordonner dans ses Etats des exécutions qui sont loin de rai tacher à la religion d'un Dieu de miséricorde tant de peuples déjà chancelants dans leur foi.

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J'ai toujours cru, et je l'ai publiquement professé, que la religion de Jésus-Christ était l'amie de la liberté et de toutes les idées généreuses. Telle était aussi l'opinion de Chiaramonfe, évoque d'Imola. Etrangère sur la terre, la religion ne demande que la liberté du passage. Si toutes les formes de gouvernement m> lui sont pas indifférentes, elle se soumet à toutes; mais, sans doute, il m'a été permis de préférer la république. Ils sont bien coupables les ecclésiastiques qui ne mêlent la politique à la religion que pour mettre l'une dans la dépendance de l'autre! Pendant quinze années on a fait ce déplorable amalgame jusque dans la chaire de vérité. Dans nos églises, tout tendait à représenter la religion comme étant essentiellement liée à la dynastie déchue, et on ne vit plus, dès-lors, dans la majorité du clergé, que des instructeurs de despotisme et des ennemis de nos institutions. C'est aux imprudences de ce clergé, opposé au mouvement delà société, qu'il faut attribuer cette haine implacable qui poursuit des prêtres d'ailleurs dignes de respect; ce sont les mêmes causes qui viennent de pousser quelques hommes égarés à ces profanations, à ces destructions dont nous avous tant à gémir.

Permettez-moi de vous le dire, M. l'archevêque, la religion se perd en France par la faute du cierge; ses divisions depuis la Restauration, l'introduction clandestine d'un ordre dangereux pour toutes nos libertés, la prétention de faire rétrograder la civilisation au lieu de favoriser ses progrès, le fanatisme et l'ignorance du jeune clergé, voilà les véritables plaies de la religion.

M. l'archevêque, deux criminels furent crucifiés aux côtés de Notre- Seigneur; votre modèle est le mien. L'un d'eux se tournant vers le Christ mourant vous connaissez le reste; mais vous paraissez oublier que Jésus- Christ ne lui demanda ni amende honorable, ni rétrac-

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tation. L'humilité que vousme recommandez m'a conduit à ce rapprochement. Je réclame de l'un de ses disciples la même indulgence. Si elle m'était refusée, je n'en resterais pas moins plein de confiance dans l'infinie miséricorde de Dieu, et j'en serais fâché pour moi... et pour vous.

Agréez, M. l'archevêque, mes salutations respectueuses.

Signé Henri GRÉGOIRE, ancien évêque de Blois.

P. S. Si, au milieu de mes souffrances, éprouvant quelque peine à rassembler mes idées pour dicter cette lettre, je n'ai pu donner aux graves questions qui y sont faiblement indiquées qu'un court développement, je m'en réfère aux ouvrages où je les ai traitées à fond.

E. {Page 87.)

NOTE DE M. L'aRCHEYÊQCE DE PARIS A. M. BARADÈRE, POTJR ÊTRE LUE A M. GRÉGOIRE-

M. Grégoire, pour se dispenser de donner à l'Église la satisfaction qu'elle ne peut s'empêcher de lui demander, et qu'il ne peut lui refuser s'il veut participer à ses sacrements et à ses su tirages, allègue sans cesse qu'il a fait par conviction tout ce qu'il a fait, et que par conséquent il ne peut sans pécher aller contre sa conviction.

On lui répond que l'Église ne juge pas ses intentions ni sa bonne foi; qu'elle en laisse la connaissance et le jugement à Dieu; qu'elle ne lui demande pas à lui, M.Grégoire, d'accuser ses propres intentions et sa bonne i'di, mais de condamner des actes qu'elle trouve condamnables, et qu'elle a frappés de ses censures ; que, sans argumenter sur les intentions qui peuvent avoir déterminé sa conviction, il dépose cette même conviction en la soumettant, non pour l'avenir, mais pour le présent, à la conviction de l'Église, dont le souverain pontife et les évêques sont , pour lui comme pour tous les autres fidèles catholiques, les interprètes tt les organes; qu'il ne peut y avoir de péché dans une soumission qui est, après tout, celle des plus savants comme des plus ignorants, du théologien comme des enfants, des docteurs les plus habiles comme des plus simples auditeurs. Cette soumission est un acte de foi; et cette ton-

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