‹ Vie de mgr de Quélen, archevêque de ParisChapitre 52 sur 61 · XXX PIÈCES JISTIFICAT1VES (E · texte numérisé non relu

XXX PIÈCES JISTIFICAT1VES (E

duite ne peut être réprouvée de Dieu. M. Grégoire ne risque donc rien de déposer sa conviction sans raisonner sur son objet , et de reconnaître purement et simplement, d'esprit et de cœur, que, malgré les intentions et les idées qui semblent l'avoir persuadé jusqu'à cette heure, il a eu tort, puisque l'Eglise le lui dit, et qu'il se repent de lui avoir résisté.

Le raisonnement de M. Grégoire n'est pas nouveau; tous les hérétiques et schismatiques l'ont fait; ils ont dit la même chose, et l'on ne suppose pas non plus que l'Église les ait obligés de convenir qu'ils persistaient dans l'erreur par esprit de rébellion et de malice; mais elle n'en a pas moins tracé d'une main ferme la règle à suivre à leur égard, et la condition sans laquelle elle ne les admettait pas à sa communion. Cette règle et cette condition sont clairement exprimées dans ce célèbre passage de saint Léon-le-Grand : Domine, ut. etc. (Il se trouve à l'une des leçons du Bréviaire parisien, 10 nov.)

Cette règle, tracée par le chef de l'Église, doit être suivie à l'égard de M. Grégoire, sans àpreté sans doute, elle serait contraire à la charité ; mais aussi sans faiblesse, elle serait contraire à la vérité. Les conséquences, nous devons les abandonner à Dieu; ce qu'il faut sauver, c'est la foi , parce que c'est elle qui sauve l'âme, ou plutôt parce que l'âme ne peut être sauvée sans elle, et il est ici question, par dessus tout, du salut d'une âme que nous ne devons pas laisser dans l'illusion par condescendance, dans la peur d'irriter des passions toutes prêtes à se déborder et à se ruer sur nous. La dissimulation et la feinte ne peuvent ni honorer Dieu, ni servir l'Église, ni sauver les âmes. Sans doute, toutes les inventions de la charité paternelle doivent être employées, notre vie même doit être offerte; mais la sincérité, la franchise dans la profession de sa foi, doivent

PIÈCES JUSTIFICATIVES (Ej. XXX)

être aussi slric ement observées; l'honneur comme la conscience le vent ainsi.

J'en conclus qu'il faut, non disputer sur uae formule avec le malade, mais la rédiger sans détour; cette formule ne doit pas être vague, mais précise. Il ne suffit pas qu'elle soit générale ; on pourrait s'en contenter pour tout autre prêtre ou fidèle qui n'aurait pas publiquement et si long-temps enseigné et professé l'erreur : il faut qu'elle soit explicite, et qu'elle exprime le repentir.

Si Dieu, touché de nos prières et de nos larmes, a < hangé le cœur de M. Cùégoire, il lui aura donné ces dispositions humbles et soumises qui prouvent sa conversion; si , au contraire, il n'y a dans tout ceci qu'une négociation pour sauver les apparences et prévenir les agitations, nous n'aurons rien gagné ni pour le ciel, ni pour la terre : le ciel ne sera pas réjoui du retour d'un pécheur, la terre ne sera pas pacifiée par un tour d'adresse, les anges ne tressailleront p ;s d'allégresse , et notre ministère en sera déshonoré. J'ai d'ailleurs une trop certaine opinion du caractère de M. Grégoire, pour penser qu'il voulût se prêter à une démarche équivoque; c'est le cas de rappeler cette parole de Notre -Seigneur : Est , estf non , non , lorsqu'on est presque au pied du tribunal d'un juge devant lequel il n'y a plus moyen de se faire illusion.

Ces réflexions peuvent être lues au malade. Je le désire, s'il y consent. Ah ! que ne peut-il lire tout ce que mon cœur éprouve de sollicitude pour lui! Que ne puisje aller lui donner le baiser de paix , et lui porter les paroles de la réconciliation !

S'icjnê Hyacinthe, archevêque de Paris.

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