‹ Vie de Mgr de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 14 sur 67 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

une opinion contraire. Non-sculemenl les auteurs classiques lui étaient familiers , mais parmi les langues vivantes , il savait à fond Tanglais et fitalien » el composait facilement lui-même des exercices sur ces deux langues. Personne assu* rément ne s*est jamais douté que Mgr de Simony parlait Fitalien aussi bien que le français, et que jusqu'à la fin de sa vie il aimait à lire les écrits de quelques bons auteurs Italiens » en particulier les Sermons du P. Segneri, les Annales des sciences religieuses, et quelques ouvrages ascétiques. Nous avons dit Tétenduo de ses connaissances dans les sciences positives , nous pouTons ajouter qu'il n'était presqu'aucun ourrage sérieux de philosophie ou de religion qu'il n'eût lu , analysé et annoté, pour l'instruction de son élève.

Toutefois, la partie de Tinstruction fut celle qui coûta le moins de peine à M. de Simony. Maximilien de Sully, sans être brillant d'esprit et d'imagination, avait autant d'ardeur que d'ouverture pour Télude. Mais il était beaucoup plus JifTicile de domplcr son naturel fougueux, ses penchants violents, joints h une crainte excessive îles jugements des hommes et à une certaine 141cilité qui l'exposait à céder à toutes les impressions. M» do Simony ne chercha poini à briser tout d'un coup ce caractère emporté, mais il ^'applique fortement h le lourner au bien , à lui faire embrasser la vertu avec ardeur , 5 lui ins«

64 VIE BB MOKSIIGRBVn DE SIMONY.

pirer des goAts » des inclinations , des babiludes (|ui lui rendissent facile, faccomplissement de $e» devoirs. Ce fut à l'aide de la religion seule qu'il voulut réussir dans celte œuvre diflBcile. Il était persuadé que les motifii qu'elle présente» que les sentiments qu'elle inspire , que la pratique des devoirs qu'elle prescrit » suffiraient pour calmer peu ë peu cette nature impétueuse» qu'une résistance trop brusque ne ferait qu'irriter. La suite prouva qu'il ne s'était point trompé. Tous ces défauts qui avaient donné de si vives inquiétudes pour l'avenir disparurent successivement» et dans un Tige comme dans une fortune qui ne permettent ordinairement rie» de modéré » le jeune de Sully devint un module de raison , de sagesse et de vertu.

Ce fut surtout à l'époque de sa première communion qu'on vit s'opérer une révolution complète dans toutes les parties de son caractère. M. de Sinaony l'avait préparé à cette grande action avec tout le soin qu'on pouvait attendre d'un cœur nourri depuis longtemps du goût et des sentiments d'une piété tendre et affectueuse. Cette touchante cérémonie lit sur Maximilien de Sully» une impression profonde. Le lendemain » il vint en offrir les premiers fruits à son précepteur » en lui présentant les résolutions qu'il avait prises la veille. Ces résolutions que M. de Simony conserva précieusement , montrent que

oiurnnE vu. «))

son jeune élève ne se dissimulait aucun de ses défauls> ei c|u*& cette connaissance si rare» pour son fige, il joignait un fif désir de s'en corriger» une foi simple » une piété sincère , une fifre horreur du mal, et un grand amour de la vérité. M. de Simony voulut lui marquer ë son tour sa reconnaissance et son affection par cette lettre où il mêle sagement les avis aux félicitations.

m Je bénis Dieu , mon cher ami . des bonnes résolutions qu'il vous a inspirées» et auxquelles i'espère qu'avec sa grâce» vous serez fidèle. Vous vous souviendrez» mon enfant» que c'est sans trou« bie et dans la paix» qu'il faut servir le Seigneur : son joug est doux et son fardeau est léger. Pour lui être agréable» il ne faut ni contention d*esprit» ni crainte servile. Beaucoup de simplicité et une bonne volonté parfaite » voilà tout ce qu'il demande de vous. Si donc il vous arrive quelquefois de manquer è vos bonnes résolutions, ne vous effrayez point » gardez- vous de croire pour cela que vous ayez perdu le fruit de vos efforts précédents, contentez-vous de tK>us humilier de votre faiblesse et de votre légèreté» revenez ensuite avec plus de courage k^ la pratique de votre rè* glement. Vous avez en effet è craindre le découragement. Si vous- trouvez pénible d'être assujetti à une règle que vous vous êtes imposée à vousHinr-me, souv<!nez vous qu'en l'accomplissant» c'ost la liii (Ir Dieu que vous accomplissez » puiser

66 VIE DB MONSEIGXfcUn DB SIMOIIY.

quo les devoirs que toos tous êtes prescrits sont ceux que la foi fOUS dicte et auxquels tout homme vraiment sage et honnête doit être fidèle toute sa fie.

t Comme vous n*avez pas d'ami plus tendre tt plus affectionné que moi» je vous invite , lorsque vous vous sentires moins de force pour accomplir votre règlement » de venir déposer dans le sein de Tamitié ? os peines et vos dégoûts. Vous puiserez quelque force dans ces communications intimes. On est heureux d'avoir un ami qui nous connaisse bien et qui puisse bien nous faire connaître à nous-même.

• Après le découragement que vous devez craindre, redoutez aussi les tentations de l'amour-propre. Il vous persuadera souvent que vous êtes assez raisonnable pour vous conduire d'après vos propres idées» il vous donnera une certaine cob* fiance en vos forces » ce qui est un écueil bien redoutable et auquel vous succomberiez certainement si vous ne conserviez pas précieusement cette heureuse simplicité » cette docilité parfaite qui sera votre sauvegarde tant que Dieu vous conservera des guides en qui vous puissiez avoir une entière oonfiance.

• Vous faites bien» mon enfant» de prendre la résolution de parler peu. Ecoutez les personnes raisonnables » et profitez de ce que vous leur entendez dire de Ibon. Interrogez quelquefois;

CUAPITAB VU. 67

muîs ganl6z*T0u& loujours de prendre un ton confiant et décUif» la modet lie est la vertu de tous les âges » mais elle fait surtout l'orneiiicnt du vôtre. Elle donnera du prix h vos paroles et les fera recevoir avec intérêt. Un ton Irancbanl est révoltant dans Thomme fuit , et ridicule dan» la jeunesse.

« Accoutumez-vous de bonne heure» à nepoînC sentir vivement les contrariétés auxquelles il est impossible qu'on ne soit h chaque instant ejtpùsé. Vous avez coutume, dans les occasions où vous en ressentez» de ne convenir de rien, de disputer sur le mot le plus indifiS&reni, sur les circonstances les plus minutieuses , et vous interprétez alors à votre désavantage tout ce qu'on dit même de moins fâcheux pour vous ; vous cherchez à prouver uniquement que vous avez droit de vous plaindre , et peu vous importe alors que vous n*obteniez point ce que vous désiriez, pourvu que vous satisfassiez votre amour-propre en montrant que vous aviez lieu d*étre mécontent. Vous pensez ^ vous exclusivement, et n*étes obligeant à regard des autres qu'autant qu'il ne vous en coûte rien. Si un service à rendre à autrui s'op* pose à votre désir , vous ne te rendez pas ou ne le rendez que de mauvaise grâce , tous n*étes point prévenant surtout lorsque vous avez quel* que sujet d'être occupé de vous.

« Mais recueil le plus dangereux que vous

08 Vl£ DE MONSfilGNKVn D£ SIVONY.

ayez & craindre , ce soiil les iiiaiivaiscs sociétés. Avec tin caractère facHe comme le vôtre , vous devez craindre de vous livrer trop aisément.

Faites-vous des principes sûrs d'après lesquels vous puissiez juger les hommes. Ne donnez votre confiance qu*à ceux que vous connaissez dé)ù pour Hre de fidèles serviteurs de Dieu, ou h ceux que la pratique constante des vertus , la fidélité aux devoirs de l'honnête homme et du chrétien, rendront dignes do votre estime. En général, défiez-vous des maximes que vous entendez débiter dans te monde, des exemples qiie vous y trouverez» SotH'eni des personnes qui ont une réputation de vertu mettent en avant des principes faux. Notre siècle est livré à une philosophie perfide qui , couverte du masque de la vérité, f éduit les faibles et les présomptueux. Vous avez une règle sûre à suivre : l'Evangile et l'enseignement de l'Eglise. C'est h la lumière de ce double flambeau que vous pouvez marcher avec sécurité, sans craindre de vous égarer.

c Livrcz*vous h l'étude avec ardeur et constance, que les difficultés ne vous arrêtent pas, travaillez comme si vous deviez toujours vivre. Mettez de l'ordre dans vos travaux, accoutumez vous h ne rien faire sans réflexion , rendez- vot»s raison ù vous-même do ce qui fait la matière de vos études, mettez autant que vous le pourrez vos réflexioBs^ par écrit , tichez d'ennoblir votre

Page 1