‹ Vie de Mgr de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 21 sur 67 · CHAPITRE IX. g · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. g

courir le reproche de mauvaise foi que d*aTouer *on s'est Irocnpé. C'est bien pis encore dans us les points qui touchent l'intérêt personnel.

cupidité et les passions aveuglent l'esprit , on

voit» on n'entend plus rien que ce qui leur est rorabie » et on travestit la justice de son mieui, n de pouvoir l'invoquer jusque dans ses plus justes désirs.

c La punition la plus prochaine qui suit ce épris de la vérité , c'est qu'après nous être >nipés nous-mêmes volontairement , nous nous isons une telle habitude de notre erreur que isprit finit par la prendre opiniâtrement pour vérité. Ce n'est pas que celle-ci perde jamais us ses droits , non , l'homme le plus séduit consndra volontiers des vérités générales et les ivra même dans leurs conséquences, tant l'elles n'en viendront pas au point de contraîr ses goûts , ses habitudes , se% préjugés ; qui t-ce , par exemple , qui ne convient pas en néral qu'il peut se tromper, qu'il peut faillir? lis combien peu confessent qu'ils ont erré, ou ouent une faute de bonne foi !

f Quant k vous , cher ami , décidé que vous^ rrz à n'être soumis qu'h la raison et h aimer \k rite aux d«^pens de l'amour-propre :

c 1* Ne jfTçez rien d'après les ^parences, lerchez toujours à pénétrer le fond. Par exeme : la figure du monde est brillante, mais

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voyez comme bientôt elle est passée ; la jonissance des plaisirs nous promet le bonheur, mai» ce bonheur ne dure qu*un instant ; mais ce bonheur est Técoeil de la vertu et la cause de tous les vices. Les jugements des hommes sont redoutables et imposent le respect humain ; mais ils sont rarement fondés sur h vérité , et Thomme vertueux et sensé ne peut balancer entre la raison du monde variable» comme les passions, et la raison éternelle qui nous jugera. G*est ainsi que vous pèserez dans la balance d*une raison saine et d*un cœur droit ce que tant d'autres admirent, recherchent ou rejettent sur la simple apparence et que tous ne vous déciderez qu'en faveur du bien réel et que contre le mal véritable.

f 3"* N'admettez rien par préjugé ou par passion; mais avant d'affirmer, examinez de près, pesez, discutez les preuves contradictoires et suspendez votre jugement jusqu'à ce que voui ayez reconnu clairement la vérité ; vous accoutumant è distinguer soigneusement ce qui n'est que probable d'avec ce qui est certain. Ecoutez» combien peu le savent faire ! Écoutez, car le plus savant ignore bien des choses , et le plus sage est encore sujet à l'erreur; jugez sans impartialité et sans avoirj6gard au caractère, aux manières, aux mœurs, aux principes méndes de la personne, et encore plus à vos dispositions personnelles pour elle, sans oublier cependant que celui qui ne

CBAMTEB IS. g^

inérîie pas reêtime » ne Biériie pa« la confiance.

« S* DAfies-vous de vous-méoM et persuadez* FOUS que roua êtes aujei à TerreuTy tous le re-> Doiuiallrea au reste d'autant oiieux que t<nm reitteres davantage et de meilleure foi pour ne >oiBl TOUS 7 esposer.

c 4* Traraillez sans cesse k roua rendre maire de rotre rolouté pour ne la déterminer jamais |ue aur les motib certains de rotre plus grand lien. Soyei de bonne foi arec rous-méme, et ursquc la raison combat un désir» ne rous payez 9as <de ces motifii , de ces excuses qu'on se donne I soî-même quand on reul se faire illusion. Ceci irrire plus sourent qu'on ne pense , el on ne aurait trop y reiller. Tenez-roua aussi en garde :onlre ce premier attrait qui areugle Pesprit et »e rend maître du cœur, si on ne l'arrête dès son irincipe ; la paaaion est faible à son conmience • sent , et si on la tient constamment soumise à a raison , elle peut sourent serrir d'instrument >our le bien ; mais ai on la sert , ou aeulemeat si m la néglige , elle eal bientôt en efierrescejioe , :t prenant l'empire « elle soumet toutes nos facultés et obscurcit tout h fait la raison.

t 5* Enfin « sincèrement ami de la rérité, alez la chercher le où les hommes craignent ordisairement de la trourer» je reus dire, au de* lans de rous-méme.

• Ce mot me conduit h parler d'un des de-

98 VIE DE MOHSEICNEVE DE SUIOKT.

Toirs les plus étroits qu'un homme sa|çe doive s'imposer» j'entends l'obligation de s'éiodier soimême. La curiosité est une espèce de beeoin que l'homme s'empresse sourent avec passion de satisfaire , et ce penchant à connaître , Dieu ne l'a pas mis sans dessein dans notre âme. Le malheur est que les hommes se trompent presque toujours sur l'objet qu'ils doivent 7 donner; et que ceuxlà même qui se proposent un bien moins frivole , s'arrêtent è ce qui ne leur devrait servir que de degré pour parvenir à la connaissance de la souveraine vérité. Ils négligent et ce qui leur est le plus près et ce qu'ils ont le plus d'intérêt à connaître : Dieu et leur âme. Non-seulement ils négligent f mais ils c raignent cette connaissance. Pourraient-ils , en effet 9 connaître Dieu et ne pas renoncer pour lui aux objets qui flattent leur orgueil ou captivent leurs sens ? Pourraient -ils se chercher sans retrouver au*dedans d'eux-mêmes ce témoin qu'ils redoutent , parce' qu'il est si difficile à séduire : la conscience !

c Pour vous , mon cher enfant , qui avez commencé d'apprécier les choses selon leur véritable valeur, l'objet direct de vos recherches sera toujours Dieu; et persuadé que la vertu est le véritable et Tunique rrpoa de l'homme, vous ne croindrez pas de descendre avec le flambeau de la religion jusque dans les replis les plus cachés de votre cœur« et vous tâcherez de faire pendant

CHAFITRB IX. 99

voire vie ce que la foi nous dit qu*UD juge inexorable fera liii-inéme après la mort. »

Il nW personne qui ne convienne de l'importance de connaître Dieu et de se connaître soiiuém»j, mais le moyen de parvenir à celte double connaissance est aussi négligé dans le monde qu'il est inconnu. Le monde renvoie l'usage de la mé« ditation aux religieux et aux personnes pieuses. Voici comment M. de Simony combat ce préjugé :

« Pour parvenir à celte double fin , la connaissance de Dieu et de soi-même» je vous conseille (et cet avis est peut-être le plus important que je puisse vous donner) de passer à peine un seul jour sans employer au moins quelques courts instants à réfléchir sur la grandeur» la bonté , la justice , la miséricorde de Dieu , en un mot» sur ses divins attributs et sur les preuves qu'il nous a données de son amour, sur sa loi et les moyens de l'accomplir fidèlement; de n'en passer aucun sans jeter au moins quelque regard sur vousmême, pour vous étudier sans cesse» c'est-à-dire» pour chercher è connaître vos penchants » vos défauts » vos vertus. Vos penchants^ pour les déterminer vers le bien ; vos défauts » pour vous en corriger; vos vertus» pour vous animer à les perfectionner et remercier celui de qui seul nous les tenons. Telle était la pratique même des philosophes païens; combien donc doit-elle l'être davantage celle d'un chrétien ?

100 TIB DE MOKSEIGRkUB SB 8IHORT.

• Certaines personnes <{iii ont même de la bonne volonté » se font de la dîflicallé de la méditation une excuse pour s*en dispenser ; mais de bonne foi » quel est l'homme si simple , Fesprit si léger qui ne puisse considérer un instant une des perfections adorables de Dieu pour s'y attacher, la frivolité et la vanité des biens qui passent pour s'en détacher, quelqu'un des mystères de la religion et des autres bienfaits de Dieu, pour l'en remercier, quelqu'un des devoirs de Thonnéle homme et du chrétien pour en reconnaître l'obligation et y conformer sa conduite ? Quand fe parle de la méditation , )e ne parle pas de l'oraison sublime des parfaits , qui est un don du ciel , mais de la réflexion d'un honuiie sensé et louché de la bonté de Dieu, qui cherche de son mieux , et sans prétention à le connaître , à l'aimer, à le servir, qui s'eflbrce de mettre dans son cœur l'amour de la vertu et la haine du vice, de concevoir un regret véritable de ses fautes et d'en obtenir le pardon. Rien de plus è la portée de l'esprit le plus ordinaire; les secours d'ailleurs ne manquent pas , et combien de faibles , d'ignorants et de simples qui , par ce moyen , aont arrivés h une philosophie qui eût fait rougir ces sages si renommés des anciens temps. »

CHAPITBB X. 101

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