‹ Vie de Mgr de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 22 sur 67 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

SUITE DE» CONSEILS DE M. DE SIMONT AU JEUNE DUC DE SULLY. — NÉCESSITÉ DE SE PSillUNIE CONTEE l'eMFIBE DE LA COUTUME ET DE l'oPINION. -— INCONSÉQUENCES DES OENS DU MONDE QUI VEULENT ENCOEE SE DIEE CHEÀTIENS. -— NÉCESSITÉ ET AVANTAGES d'uNE TIB LABOEIEUSE ET OCCUPÉE. — TIGUEUB DE CABACT^BB » FEBMETÉ .D*AMB QUI EN BÉSULTENT. — BkflLES PAUTlCULlkBES DE CONDUITE*

JMLo DE SivoNT revient à plusieurs reprises , dans cel écrit» sur la pernicieuse influeDce de Topinion et du respect humain. On voit que c'était le côté faible qu'il s'agissait de fortifier. Il décrit en détail et au naturel les étranges contradictions du monde , indulgent pour les vices les plus honteux , inexorable pour les moindres ridicules; il fait ressortir en même temps avec autant de force que de justesse les inconséquences de ces chrétiens bâtards » dont Tertullien faisait autrefois un portrait si fidèle, lorsqu'il les appelait

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c chrétiens en Tair» et fidèles si vous le voulez. • Plerosque en ventutn et si placuerit christiartos, « Du reste , ce que je vous propose ici , mon cher enfant • n*est point le travail d*une ânic commune. Rechercher les vrais fondements de la vertu, méditer la loi éternelle, se faire une règle invariable de conduite calquée sur les comman* déments du Seigneur , scruter sans cesse son cœur pour voir s'il y est fidèle , ce ne sont pas là des soins que se donne un homme ordinaire.

Tout le monde pense ainsi : tout le numde fait de même s ne sont-c% pas le deux raisons décisives pour la plupart ? A quoi si Ton ajoute ce BH>t magique qui transforme on ténèbres les idées les plus claires : Que dira-t-on, que penserat-on de moi? on aura tous les mobiles de conduite de presque tous les hommes. De là , nonseulement on travaille à attirer les regards du monde par ces recherches d'ajustements , de décorations , en un mot, par toutes les frivolités qui ornent à rexiérieur » mais on lui sacrifie les ornements de Tâme. On lui cache avec soin ce qui est le plus estimable , et on fiiit vanité de ce qui » dans le vrai , est le plus honteux. Ainsi on étale è ses yeux une froide indifférenoe pour les biens les plus précieux: de Time » ou ai Ton parait les estimer, ce n'est qu'à la mode du monde » c'est-à«dire en termes généraux ei dans «ctte étendue qui ne géoe personne» tandis qu'on

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rougit de paraître touoiU à Dieu ei reconnaissant envers lui, à qui l'on doit tout. On admet par air et s«ns discussion les opinions les plus opposées aux lumières du bon sens, on se prête à des usages, h des plaisirs , à des lectures , à des conversations qu'au fond du cœur on détesterait pour peu qu'on voulût laisser parler la conscience ; en un mot, on se façonne au gré de Topinion et de la mode, et on perd ainsi cette noble liberté d'une âme raisonnable et forte , d*une âme éclairée des lumières de la foi et conduite par la grâce.

t Ah ! cher ami , après la grâce de Dieu qui est la- source de tout bien , je ne puis ni ne veux vous en souhaiter aucun plus vivement que l'indépendance absolue du monde ot du respect do monde , qu*un mépris réel pour tout ce qui 5'appelle la vie du monde , pour cette vie dont la majeure partie est employée aux soins du corps f aux repas , à des conversations dont la frivolité est ce qu'il y a de moins condamnable, et dont le reste se passe dans l'inquiétude et le trouble des passions , 00 se consume à rouler et à exécuter des projets dont le but est de les satisfaire. Ah I malheur à vous , si contraint de connaître et de voir le monde, vous ne vous environnet pas de précautions pour y conserver votre

à liberté, si au moyen d'un plan inviolable de conduite vous ne vous faites pas un rempart insur-

1 1 iBontable , si dès les premiers pas vous ne vous

lo4 Vlb D£ MOiN^LlfiXEUR DE SIMONY.

moDlrei pas tel que vous devez y être toute votre vie , c'e^t-à-dire ferme dans vos principes » réglé dans vos actions , religieux , sobre de plaisirs et de passe- temps , occupé à des œuvres sérieuses et comptant enfin pour ce qu'elles valent les

occupations des gens du monde

« Je ne parle point du danger des sociétés plus intimes qu*on est exposé â former dans le monde. Je sais que vous devez h Dieu qui vous l'a inspiré , un absolu dégoût pour toute société où vous ne trouvez pas d*abord un véritable esprit de religion , esprit sans lequel il n*y a eo effet ni véritable vertu , ni sûreté dana le com* roerce de la vie. Cette heureuse ' disposition me donne aussi la confiance que le monde n'aura pas pour vous plus de charmes et qu'il vous suffira des premiers essais pour qu'il excite votre dédain et vous inspire de l'éloignement. Il me reste pourtant une crainte , c'est celle de ce danger auquel le plus sage succombe quelquefois • au moment qu'il s'y attend le moins , et que la jeunesse évite difficilement : je veux dire le respect humain et la crainte des jugements dos hommes; mais Dieu me donne chaque jour^eô vous faisant croître en sagesse et en force, l'heureuse assurance que sa grâce l'emportera toujours et que vous mettrez votre honneur et votre gloire â paraître h l'extérieur franchement et solidement vertueux , que vous ne rougirez pas du

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e d*eniaDl et de serviteur de Dieu , et que dis que les hommes semblent faire tous leurs )rts pour se rapprocher des êtres sans raison , is mootreres que vous jugez plus beau de vous prêcher de Dieu et d'aspirer à vivre de sa >pre vie.

I Eh I n'y eût-il d'ailleurs dans une conduite livoque» telle qu'on la voit mener à certaines is de ceux même qui se disent chrétiens » que honte de Tinconséquenee , c'en devrait être ez pour la faire redouter et fuir. Que de gens lendant on rencontre qui » n*ayant pas perdu t à fait la foi » seraient bien fâchés de ne pas

croire chrétiens » mais qui , plus empressés :ore à satisfaire leur goût pour une vie com- >de , sensuelle, indépendante, choisissant entre ites , quelques pratiques de religion peu assutissantes. et s'y soumettent volontiersyjparcc 'elles ne leur coûtent pas , en font leur appui ar vivre sur tout le reste dans l'indépendance, es veulent bien se dire à elles-mêmes qu'elles it chrétiennes , mais elles n'ont rien cepennt dans leur conduite qui les distingue de celles e Jésus- Christ appelle ses ennemis. Les voit-on,

eiTety se refuser aux plaisirs dangereux, mener le vie réglée et occupée , détester le commerce « libertins et des impies ? Les voit-on sérieuseont penser â une autre vie , rechercher autre M>se que de se satisfiitre en tout , que de vivre

to6 VIE DE MONSEIGNEUn DE SIMONT.

dan« la mollesse » Tindolence el les plaisirs ? Les voit-on soumises el aux lois de Dieu et à celles^ dePEglise , prendre sérieusement les moyens que ^ Dieu nous a préparés dans la religion pour nousj élever è lui et le servir fidèlement ? Non , et le i moins qu'on puisse leur reprocher» c'est une parfaite indifférence pour tout ce qui regarde Dieu. Ce sont des êtres indéfinissables ; ils croient en Dieu , et ils n'osent le nommer; ils sont chrétiens, el ils n'osent le paraître ; ils savent qu'ils ont des devoirs à remplir, et ils négligent de s'en ins- Iruire; ils attendent une autre vie, et vivent comme s'il n'y en avait pas ; ils ne doutent pas qu'au jour fatal ils seront jugés , et ils ne font rien pour se préparer un jugement favorable ; ils savent de quel prix est un avenir sans fin , et ils ne songent qu'au moment présent ; ils sacrifient tout à un peu de vanité, ils s'endorment tranquillement au bruit des plaisirs et prolongent autant qu'ils peuvent un sommeil dont le réveil sera fatal. Jugez vous-même» cher ami, une telle conduite, et voyez si elle est digne d'an homme sensé. Pour vous , muni et fortifié de toutes parts de principes inébranlables , conformez-y votre conduite. Quelle honte^ si sachant tout ce que vous devez â Dieu et par quels liens d'amour et de reconnaissance vous lui êtes attaché , vous veniez & le sacrifier à un exemple si méprisable. Je sais que le monde a un diction-

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nairo au moyen duquel il ennoblil ses vices et rata le les vertus qui lui sont opposées; mais ne Éous en tenez pas aux mots toujours séduisants ians sa bouche, allez toujours au fond et vous le vous laisserez pas surprendre. Vous apprécie* iz au juste ce que veulent dire ces beaux noms le biens , de plaisirs , de gloire , d'honneur, de ■ensibilîté , de vertu même , dans la bouche du monde , et vous jugerez ce qu'il entend par 1rs lots de préjugés, fanatisme, bigoterie, simpli- :ité , s>ottise , etc. »

Ce jugement que M. de Simony porte sur les inconséquences du monde, en matière de reliion paraîtra peut-être sévère , mais il est mérité. »t-ce à dire cependant qu'il faudra se refuser rigoureusement h tous les usages du monde?

iflon . la religion ne l'exige pas, et la prudence ^conseille le contraire ; voici seulement dans [uelles limites doit se renfermer cette condesîndance :

• Cette indépendance du monde, dont je sonlite tant que vous vous fassiez un devoir et un iooneur, n'empêchera pas que vous vous assujettissiez raisonnablement à ses usages indifférents auxquels sa frivolité met tant d'importance et [u'uo homme sage sait apprécier à leur juste va- M^ur , mais auxquels , pour ne point paraître

(bizarre, il se soumet autant qu'il n'en résulte 4ycun déchet dans la règle de ses actions, et tou-

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jours avec d'autant plus de liberté , que n*eiigeêot que bien peu du inonde ^ le monde a aotii bimi pru à lui demander. •

Celte dernière pensée amène le sage précepteur à parler à son élève de la vie laborieoae H occupée , et à condamner dans certaines datses et dans certaines personnes ce qu'on serait lettté d'appeler le droit à l'oisiveté.

« Ceci suppose qu'une vie occupée et bien remplie de bonnes œuvres , que l'amour da travail TOUS aura établi dans cette heureuse assise dans laquelle on ne sent pas le besoin d'aller décharger sur autrui le pénible fardeau de aov existence , et qu'il aura placé en tous «même def ressources toujours prêles pour occuper yM' moments et profiter du temps • que pour l'ordinaire , les personnes d'un certain état n'abrègent qu'en le perdant. i

c Le travail est un de ces mots qu'en généraf les personnes riches ou seulement aisées ne croient pas être fait pour elles. Elles s'incorporent tellement avec ce qu'elles appellent facultés, moyens, c'est è-dire avec leur argent, qu'ellef s'imaginent avec une pièce de monnaie dont elles paient la peine de leurs semblables , s'ac* quitter de tout devoir. Elles ne pensent pas d'abord combien il est honteux de recevoir de toM sans rien donner è personne , et de n'avoir d'autre râleur sur la terre que celle de $cê écus :

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