‹ Vie de Mgr de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 28 sur 67 · II · texte numérisé non relu

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126 TIB DE lONSErGNEVE BE SIHOIV^T.

n'est point de véritable et constante vertu, si eHe n'est établie sur la crainte de Dieu et son amour; que votre premier soin soit donc de ramencF chacun de ceux que vous avez à connaître, à cette pierre de touche. Du reste, je ne prétends pas que vous refusiez à la plus petite vertu , au plu» romce mérite le degré d'estime qui lui est dû ; je souhaite an contraire que la rarson soil assez la maîtresse chez vous , pour que les défauts , les vices même d'un homme ne vous empêchent pas de voir toujours ce qu'il peut y avoir de bien en lui et de Tapprécier en conséquence.

I Mais quant à cette estime qui commande la confiance , gardez-vous de la profaner , en la donnant à tout autre qu'à l'homme sincèrement religieux; je dis sincèrement religieux, car la religion n'est ni en paroles, ni en grimaces, elle n'est vraie que quand la conduite j répond constamment; quelque preuve donc qu'un homme vous ait donnée de ses sentiments et de ses principes, sitôt que vous ne le trouverez plus d'accord avec la loi de Dieu , commencez à vous endéfier et ne vous livrez plus à lui qu'avec précaution, f

II est impossible de tracer d'une main plus sûre, avec plus de tact et de discernement cette différence de conduite qu'il faut tenir vis à-vis des hommes selon la différente mesure de leur vertu, tout en ayant pour tous, sans exception, des sen^

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timenU de bieDveiilance elde bonté. Mais peut-on quelque chose de plus touchant et qui nous fasse mieux connaître )usqu'où M. de Simony pous- \mli l'indulgence » que ce qu'il recommande h 'égard même do ceux qui ont perdu tout droit h l'estime de leurs semblables.

c Au reste, si vous devez être ménager de rotre estime , vous devez être prodigue de bonté. C'est par la bonté que notre e«eur prend l'em* ireinte du cœur de Dieu même; ne craignons lonc pas de la verser comme lui sans mesure , et |u'aucun homme n'en soit réellement exclu..

Von p il n'est aucun homme quelqu'inconnu »

|uelque vicieux » quelque scélérat qu'on le suppose» pour lequel nous ne devions sentir s'é* nouvoir des entrailles de bonté et de miséricorde. >i Dieu nous aime parce que nous sommes l'eurage de ses mains, comment n'aimerions -nous^ >as nos semblables qui sont les os de nos os i et a chair de notre chair ? Ak I que votre joie la ilus vive , que votre occupation la phis douce oîi de multiplier les bienfaits autour de vous. Si ous ne pouvez en répandre de grands , n'en né» ;ligez aucun des plus petits ; souvent même ceuxlont un prix qui se fait plus vivement sentir av œur de nos^ semblables , parce qu'ils marquent m soin plus direct, une attention plus prochaine; ['ailleurs si votre cœur est bien rempli de ce sen* lœeni qui lui est si naturel et qui ne demanda-

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qu'à être développé, il sentira vivemenl le besoin (le se décharger et n*en négligera aucune occasion •

I 11 y a un obstacle aux effets de la bonté dont il est important que vous vous défiiez, c*est f rembarras, je veux dire, une certaine crainte de ^ se communiquer aux autres, de se rapprocher F d*eux. d'entrer dans le détail de ce qui les |^ intéresse , et une idée trop vive des obstacles qui ^ peuvent s'opposer au bien que l'on veut faire, a Dégagez- vous , j'y consens, de tous ces corn- < merces , de toutes ces sociétés , de toutes ces > liaisons qui sont inutiles ou superflues, ne re- >^ cherchez point les heureux du siècle; la portion d'oisiveté ou d'ostentation qu'ils déchargeraient • sur vous, d'autres seront assez empressés à les en délivrer ; mais Le malheureux , mais l'ouvrier laborieux , mais ces hommes qui ne connaissent les égards que par ceux qu'ils rendent aux autres, « et les douceurs de la vio que par les privations * qu'ils en éprouvent , qu'un visage ouvert , des » manières engageantes , un ton et des paroles qui } marquent l'intérêt, leur montrent un cœur h qui ils ne sont pas indifférents , et que des services réels, suivant le pouvoir et l'occasion, leur prouvent solidement que vous vous intéresses k eux. Ils vous verront toujours avec plaisir vous rapprocher d'eux , FOUS informer de ce qui les touche , ou seulement vous en occuper ; vos questions ne

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toi imporluneroni pas , parce qu'ils j Terront un intérêt auquel ils ne sont pas accoulumés,

« Observez en passant , cher ami, que les services rendus aux pauvres sont les seuls que nous puissions regarder comme étant le fruit de ta bonté. Il règne dans le monde un certain empressement à rendre service ; vous voyez des gens qui font profession d'obliger, mais combien de fois ce sentiment si noble n'est-il pas infecté d'amour-propre ou d'intérêt personnel ? Le service au contraire que vous aurez rendu au malheureux ou 5 l'homme de basse condition, sera tout pour le compte de la bonté.

• Au reste, il n*est pas nécessaire de vous dire qu'il ne suffit pas de faire le bien , mais qu'il faut encore s'attacher à le bien faire ; c'està-dire : 1* sans le faire attendre; %* avec un air et des manières qui marquent le plaisir que vous avez de le faire ; 5* avec prudence pour qu'il no devienne pas nuisible à celui qui le reçoit. Vous savez encore quel désintéressement doit accompagner le bienfait , ne visez même pas à la reconnaissance. Les témoignages que vous en recevrez seront un doux prix du sentiment qiû vous aura inspiré de faire le bien, mais les exiger , ce serait vendre un bienfait, f

L'indulgence pour les défauts des autres, est une partie trop essentielle do la bonté pour ne pas trouver ici sa place. M. de Simony s'applique

l5o VIE DB lONSEIGNEIia DE SlMOKY.

sùrlottl h en faire bien saisir la nature, c bonté ainsi établie dans votre cœur» l'indulgen y naîtra nécessairement ; j'entends par ind gence , non cette mollesse qui tolère les défai qu'on doit et qu'on peut corriger» ou qui fla ceux qu'il ne nous appartient pas de reprcndr mais ce sentiment qui nous fait séparer Tacti mauvaise de celui qui la commet , et qui m laissant détester le crime, nous fait plutôt pla dre que blâmer le coupable. Dieu seul e^t juge des cœurs et voit quel est le véritable dC; de malice qui accompagne une mauvaise aclic Pour nous» qu'il nous suffise de penser q peut très-bien arriver que le misérable qui s souillé d*un crime ^ pesé avec nous dans la lance » soit trouvé moins coupable , et que d' leurs la pénitence peut expier son péché » e elle est accompagnée d'une charité plus gra que la nôtre, le placer au-dessus de nous; c même indulgence nous apprend encore» n seulement à pardonner, mais à supporter a patience les défauts d'autrui et les incommod qui nous en reviennent. Notre nature est si c rompue » nous sommes si faibles , qu'il n'est cun âge» aucune condition qui en soit exem] L'enfance a ses défauts comme la vieillesse riche comme le pauvre» le savant comme l'ig rant. Le plus sage est celui qui connaît mieux siens, et qui apprend par la peine qu'il trou^

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*^ Ita corriger, combien il doit être iodulgenl pour è défauts des autres , et surtout de ces hoinmes «|u*une éducation moins soignée» et une Tic toute occupée des besoins physiques a mis peu h portée de s'étudier et de se polir. Le plus in- I sensé est celui qui « se cachant h soi-même ses II. défauts , ou se les excusant, ne supporte qu'arec i^ peine ceux des autres et leur fait sentir quand il 'f, peut combien ils lui sont à charge. Ceci est d'aulx tant plus vrai, que ce que nous jugeons dé- ,^ faut en autrui, n^est souvent qu'une simple oppo- 1^ sition à notre humeur et que ce sont sou?ent *| nos propres travers qui en créent pour nous chez les autres. Si nous étions plus parfaits, è peine ^ nous apercevrions-nous de ce qui nous contrarie f le plus souvent en eux.

1^ « Commencez donc par excuser dans votre

^ cœur ce que vous voyez de défectueux dans les

^ autres. Vous vous accoutumerez ainsi bientôt, je

^ ne dis pas seulement à le supporter avec patience;

p. mais h en être peu contrarié, et vous vous ferez

-^ un caractère de douceur qui attirera sur vous

cette bénédiction que Jésus -Christ promet à

ceux qui possèdent cette vertu. Non-seulement

ceux qui auront h vivre avec vous y trouveront

. de grands avantages , mais vous vous procurerez

la plus douce des jouissances , celle de tous atta-

cher les cœurs.

• De même que la bonté s'exerce en faisant

iSs VIE DE MOlISfilGREUE DE SIMOKY. *

jouir les autres des biens de toutes sortes que Dieu a mis entre nos mains , elle s*exerce encore en n*enviant pas à autrui le plaisir que nous goûtons nous-mêmes à faire du bien, je veux dire en recevant volontiers et avec reconnaissance les services qu'ils nous peuvent rendre et qu'iU veulent que nous ne devions qu*ti leur bon cœur.

ff Sans doute, vous ne négligerez pas d'acquitter votre reconnaissance ^ mais ne la regardez pas comme un poids dont vous aimez à vous décharger. Mesurez-la d'ailleurs» non fur la grandeur du don , mais sur le sentiment dont il est le signe, et qu'un verre d'eau donné avec affection vous soit plus cher que le plus beau présent fait par une main moins amie.

c( 11 est encore un point qui semble peu s'allier avec la bonté , et où il est cependant plus nécessaire d'en mettre ; c'est le refus. Si nous avons un bon cœur , il doit toujours nous en coûter de ne pouvoir condescendre au désir légitime de qui que ce soit, et s'il est permis de regretter les biens du monde , c'est lorsque leur privation nous ôte le pouvoir de faire des heureux ; mais en même temps , il est essentiel de savoir refuser ce qui serait au-dessus de nos moyens, ce qui est injuste et ce qui serait nuisible à celui qui demande ou à d'autres. L'homme sage sait Teiller sur ses sentiments même les pi us généreux, et il les règle de telle sorte qu'il n'en puisse ja-

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