CHAPITRE XIV
▼ouft n'afes appréciée jusqu'ici que sur les déclamations de prétendus philosophes qui n*ont fait qu'habiller à la moderne des objections et de» sarcasmes mille fois pulvérisés , et des systèmes dont Tabsurdilé a été démontrée bien longtemps avant eux. Et quand ils auraient dit quelque chose de neuf» il me semble que leurs principes en politique» comme en morale» leur conduite personnelle et les fruits amers que l'Europe a recueillis et recueille encore tous les jours des opinions qu'ils ont semées » suffirait pour me les rendre suspectes » si par là même leur malice ne m'était pas démontrée. •
M. de Simony établit ensuite un des parallèles les plus frappants entre la philosophie et la foi chrétienne. Il demande successivement à l'une et à l'autre ce qu'elles enseignent h l'homme sur les points qui lui importent le plus de connaître^ et il termine ainsi ce parallèle : < A ce simple aperçu des deux doctrines » vers laquelle » ditesmoi » mon frère » doit pencher un cœur droit » exempt de préjugés et de passions ? Ah ) je sens trop bien qu'il y a un rapport intime entre la première et les sentiments de mon cœur pour douter qu'ils n'aient été faits réciproquemeat l'un pour l'autre.
« Mais je m'aperçois » mon cher frère» que je laisse couler ma plume » au risque d'abuser de votre patience; pardonnes au vif désir que j'é-
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prouve de Tout voir acquérir le plut précieux de tous les biens • de voir nos senUinenU se confon* dre d«ns Tuniié de la foi • comme ils sont confondus dans les liens d*une même tendresse et d'une même amitié. Au reste, si vous irouvies que f excède » je n'aurai garde de m'offenser qua vous me le disiex. De même que je vous parle ï cœur ouvert » montrex-moi le vôtre sans détour. Je veux y entrer, mais non par une autre porte que celle qu'il vous plaira de m'ouvrir..» ■
On a pu renuirquer dans les lettres de M. de Simony, que nous avons citées jusqu'ici , que la disposition habituelle de son dme . était une foi vive à à la Providence dont il adorait la conduite dans tous les événements heureux ou malheureux de sa vie. Celte disposition ne fit que s'accroître en lui depuis la mort du jeune duc de Sully. Il vit, plus que jamais , dans ce coup, que la mort venait de frapper à ses côtés, l'impression de la main de Dieu , qui brisait les liens les plus chers h son cœur, pour l'avertir de tourner vers lui toutes ses affections. 11 passa une année entière dans la solitude, occupé do ces réflexions, méditant sur la vanité des espérances de la terre , sur les voies par lesquelles la Providence l'avail conduit jusque-là, et prêtant l'oreille à Dieu qui le rappelait intérieurement au service des autels. Pour discerner plus sûrement les desseins de Dieu sur lui, il fit une retraite de plusieurs jours, soos
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a direclioD des hommes les plus éclair<^.s et les )lus vertueux. Il ne voulait que la volonté de Dieu, I ne cherchait à la connaître que pour s'y sounettre, quoiqu'il dût lui en coûter; elle lui fut )ientdt révélée. Dès-lors son parti fut pris irrévocablement. Il avait tenu secret, jusque-là. le )rojet qu'il nourrissait depuis longtemps. Les leux premières personnes auxquelles il s'en ouvril urent son beau- frère et sa sœur. Les deux lettres {u'Il leur écrivit pour leur faire connaître sa rélolution, peignent au naturel la générosité de son :œur, la noblesse de ses sentiments, la pureté de »es intentions. La marche toute différente qu'il luit pour leur apprendre cette nouvelle, fait voir [{u'il connaissait parfaitement les dispositions toutes différentes de leur esprit et de leur cœur sn matière de religion , et qu'il savait s'y conformer.
< Voici, cher et excellent frère, la lettre [jue vous m'avez demandée avec un si aimable empressement, et que j'en ai beaucoup à vous adresser , puisqu'elle contient l'annonce d'un des événements les plus importants de ma vie. Je vous demande , au nom de l'amitié , de la lire jusqu'à la fin , quelque longue et quelqu'importune qu'elle vous paraisse, et de me faire part, dans voire réponse, des sentiments, quels qu'ils soient , qu'elle vous aura fait éprouver. En la jugeant , vous jugerex mon âme
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toute entière. J'ai voulu la verser» pour ainsi dire , dans la ?6tre, par Texposé de mes pensées f et de tous mes sentiments. 1
Après ce petit exorde » M. de Simony fart un court exposé des principes fondamentaux de la religion catholique» ou bien» pour nous servir de ses expressions » une espèce de profession de foi. Puis, il continue en ces termes : c Mais » où tendent ces réflexions ? que veut dire cette profession de foi ? Le voici : Si tout homme se doit , à Dieu » je m*y dois comme un antre. Dn serviteur fidèle ne compte point les peines , ne calcule point les privations, ne cherche point son repos ; tout son désir est d'accomplir la volonté de son maître. Dieu a confié à chacun de nous quelque talent pour le faire valoir, et sa justice nous en demandera un compte rigoureux. Quel est celui dont je lui suis redevable , à quel enrploi, en un mot» sa Providence m'appelle-t-elle? Jusqu'à ce jour» je me suis abandonné à sa conduite » et elle ne m'a jamais manqué » elle a subvenu à tous mes besoins; et è chacune des amertumes que j'ai eues à go(ker pendant ma vie , elle a mêlé la douceur de ses consolations* Serai-je ingrat? et aux bienfaits dont elle m'a comblé» ne répondrai-je que par un lâche amour de mon repos » que par un attachement exclusif à mes satisfactions personnelles? Je sens qu'il n*est aucun sacrifice que je ne fusse prêt ^ faire
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r les amis que Dieu m*u donnés; comment »erais-)e pas disposé à faire les plus grands r Dieu lui*même ? Mais comment connaltrai-je volonté, et qui m'indiquera la route où je
marcher? Il reste encore, en dépit de la ravation générale, quelques hommes d'un ir droit, d'une âme pure, fidèles, désintées , exclusivement amis de la vérité et de la u. J'ai consulté la vois publique , c'est-à-dire roix du plus grand nombre des personnes t je suis connu; j'ai consulté enfin la conte de la Providence à mon égard et la marche die a suivie dans la succession des biens et faveurs de toute espèce dont elle m'a com- , et tout m*a dit que quelque faibles que eni mes moyens, je les devais employer au rice de la religion , que je devais aspirer à i un de ses ministres. Je vois l'étendue du rifice , et mon courage s'en étonne. Ce qui ((Traie bien plus encore , ce à quoi je ne peux iser snns frémir, c'est la sainteté du ministère
va m*être imposé , c'est la sublimité des étions qui me seront confiées , c'est mon innité.... Mais je le sais, ce ne sont point mes ces que je dois considérer, mais celles de celui i m'envoie : il sait trouver l'or au milieu de ce 'il y a de plus impur, il fait briller sa lumière milieu des ténèbres, et il rend éloquentes les igues des enfants. Si j'implore sa grûce avec
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confiance, si j*y suis fidèle » sa force sera ma force; il portera mon fardeau avec moi , et je oe trébucherai point dans le «entier qu*il m'aura tracé.
« Je ne me dissimule point Tétendue des obligations que je m'impose; mais la vie est si courte, et, quelqu'heureuse qu'elle soit, elle esl si exposée aux chagrins et aux amertumes, que c'est acheter à bien peu de frais le bonheur qui la doit suivre, s'il suffit, pour l'obtenir, àt^ sacrifier quelques plaisirs et d'éprouver quelques peines. D'ailleurs, si par le renoncement à ce [; que j'ai de plus cher, si par le sacrifice de ma vie, je pouvais contribuera racheter une âme,;i à lui faire connaître la vérité et goûter la vertu,! h la remettre, en un mot , dans le sein de Dieu,^i quelle gloire, quel bonheur, quel dédommage-JE ment aux plus grands sacrifices! Rien de ce queji je pourrai jamais oflrir^ est-il en proportion d'un si grand bien? Mais si Dieu voulait que les prémices de mon ministère fussent pour une âme ^ chérie plus qu'aucune autre, que je pusse verser )e dans l'âme de mon ami , dans la vôtre, les senti- ' ments qui m'animent en ce moment, quelle joiei quelle félicité I II serait donc vrai, ô mon frère, que nous ne ferions plus qu'un cœur et qu'une âme; vos pensées seraient mes pensées, et vos ëentimenls mes sentiments; une même lumière nous éclairerait, une mémo règle nous dirige-
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rail; dé)h si tendreiiMDt nais dans celte vie , nous De Terrions plus de terme à notre amifîé , eC au- Buae amertume n'en viendrait jamais eerrompre lea douceurs. Quelle paix pour moi de voir voire booheur assuré en foua-méme et dans tous ceux i|ui vous environnent; car la vertu d*un père de famille et d'un homme considéré se répand au loin et con?ertit tout ce qui Tapprocbe. Et ne pensez pas , cher ami » qu'il d<tive vous en coûter beaucoup. Votre âme est droite, vos inclinations sont belles, la vertu vous platl, vous l'appréciez partout où elle se trouve : que manque-t-il à la vôtre? Il faut l'élever à des motifs dignes de celui qui vous a créé, lui donner on principe fixe et invariable; la rendre constante, exacte, conaéquente ; l'animer enGn par la charité , par l'amour de celui qui , pour la vie quil vous a donnée , pour les biens du corps et de l'esprit qu'il vous a départis . pour le bonheur qu'il vous destine » ne vous demande que le cœur. Aimes Dieu , mon ami , aimez Dieu : votre esprit a beau se débattre au milieu des absurdes opinions do rincréd^lité, elles n'ont fait qu'efDeurer votre cœur : livrez le à sa pente naturelle, ôtez l'amour -propre, ôtez ce goût si vif de Tindépendance , dlcz l'occupatiou trop grand;^ des diosoi terrestres, des intérêts temporels, des aises et des commoditéi Je la vie; rendez-vous à vous« uiême , cl vous scatin^z bieotdl que vous n'êtes
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pas fait pour des bieos don! voua roHgiriei d'élre l'esclaTe , et qu'il tous faut uo objet plus grand et plus sublime; tous sentires que tous n'été» pas borné à celte Tic, et qu*il en est une au delà. Le grand Auiçustin, dans la fleur de Tâge, rassasié de gloire et déplaisirs, éprouTO un TÎde qui Tabat; il sent son Ame qui se porte Ters un objet plus noble qu*il ne eonoalt point encore , il se débat longtemps dans le torrent des opinions et des passions humaines où il s*est plongé, il se tourne enfm Ters Dieu , et à peine Ta-t-il aperçu de ce regard ferme qui dissipe toutes les illusions de la Tanité, de Tamour des biens ter- 1 eslres et surtout de cette liberté , de cette iadépeadance si chères à notre amour -propre, qu'il s*écrie : beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, que je tous ai connue tard, que je vous ai uimée tard ! Lié de .chaînes bien plus aisées è rompre que colles d'Augustin , euTeloppé de ténèbres bien plus aisées à dissiper, n*ayes pas plus de honte que lui de roTenir à la Tértté. Vous me Tavcz dit , vous déi»irez de croire : la beauté de la religion vous a donc frappé , la baiiileté de sa doclriue a donc parlé a Totre cœur, vous croyez donc. Oui , la religion est dans volrc âme ; elle est trop droite pour avoir jamais pu rcxiler. Que >ous faul*il pour lui rendre tout bon empire , ijuc de secouer une vieille habitude d'indiflércnce qui no peut s*allier ù une âme scu<