‹ Vie de Mgr de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 38 sur 67 · CHAPITRE XIY. igS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIY. igS

sible, ^ un esprit réfléchi, à un jugemenl sain, et de rcjelnr une crainle pimillaninie des devoirs <|ue nous impose la foi ? Ah ! noon ami, s*ils causent quelque gône , de quelles consolations ne sont-ils pas la source; s'ils paraittseni méprisables aux yeux des impics et des hommes qui vivent sans frein, qu'ils sont honorables k ceux de la raison et des véritables gens de bien. Et à la mort , ce moment qui dissipe les illusions du monde et nous montre la vanité des opinions et des passions humaines, de quel prix ne serontils pas? Encore un pas, mon ami, encore un désir, et vous êtes dans la droite voie. Ouvrez votre âme h cette foi surnaturelle qui est un don de Dieu , et qu'il ne refuse jamais à qui y aspire. Demandez - la lui; mais non comme un malade qui demande l'instrument qui doit extirper le mal ^ tandis que sa main le repousse; concevez-en un désir vif et sincère , et que vos prières le soient aussi. Hélas ! si je méritais d'être exaucé , déjà la grâce vous eût fait violence , comme à saint Paul. Ja n'en continuerai pas moins, dans la retraite où je vais vivre, h offrir h Dieu mes prières avec une ardeur proportionnée à la titndre amitié que je vous porte, et avec une pleine confiance que ce qu'il refusera à la faiblesse de ma foi et 5 mon peu de mérite , il l'accordera à votre bonne volonté.

c Vous vous demanderez peut être comment

196 TIE DE MOKSfilQKEVa BB 8IM01IY.

j'ai |)u. moi qui ?ou8 laisse lire si volontiers dans mon âme , mûrir si longtemps un semblable projet , sans tous en avoir Tait part. Vous trouvères la réponse dans la nature même de ce projet » et dans les sacrifices qu'il entraîne, sacrifices que je n*ai pas voulu vous faire prévoir et partager avant qu'ils m'aient paru arrêtés sans retour dans les desseins de la Providence. •

On ne peut lire sans être attcAdri l'exposé si touchant que M. de Simony fait des sentiments de «on &me« Il est tout pénétré des vérités de la religion dont il fait ses délices; il voudrait les voir gravées dans un cœur qui lui était si cher. Il réunit» pour cela, tout ce que le zèle, tout ce que l'amitié peuvent suggérer de plus pressant et de plus tendre. M. de Villers ne résista pas longtemps; il revint de ses préjugés et embrassa de nouveau la pratique de cette religion dont son frère était devenu Tapêlre avant même d'.en être le ministre.

&ldis c'eat surtout dans la lettre qu'il écrit à sa sœur, dont la piété lui était bien connue , qu'il dévoile dans leur entier ces sentiments généreux que le plus sublime dévouement pouvait seul inspirer, c J*ai pris , chère amie , il y a deux jours, uue détermination à laquelle personne plus que loi ne |>eut prendre part , puisqu'elle doit influer sur tout le cours de ma vie et avoir les plus importantes conséquences pour mon éternité. Pour peu qu'on ait réfléchi sur la nature et ia destinée de

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imine . il e»t impossible de croire qu*il ail élè é pour autre chose que pour Dieu. Qui que js soyions sur la terre , nous avons reçu de sa 't une destination; nous avons une dette à netter, une ?ocalion à remplir. La vie est bien irte , et à la mort, il nous importera bien peu si is y avons satisfait nos goûts, nt joui des biens ,

plaisirs qui la rendent agréable» mais si no» ins sont pleines de bonnes œuvres, si nous avons

valoir le talent qui noui^a été confié.. J'ar ic cherché à connaître la volonté de Dieu sur i. Je l'ai étudiée dans sa conduite à mon égard, luis le commencement de mon existence. J*ai » Tavis de personnes en qui reluit une émiite vertu , et dont la prudence consommée pire la plus entière confiance. J*ai trouvé tout le même sentiment. Je me suis dit de s h moi- môme, est-ce quand la religion est aissée qu'il faut la priver d*un défenseur ? and TEglisc est méprisée, faut-il l'abandon- ? Quand Dieu n'est plus servi » faut-il craini de montrer qu'on peut se dévouer encore à I service ? C'est quand le maître est abannné «que le serviteur fidèle doil se ranger près sa personne et lui sacrifier ses biens et sa . Je n'hésite donc plus, ma chères à repreni la carrière que la Providence m'avait ou* 'Le. J'aurai plus d'un sacrifice à y offrir; mais ?u uo âera-l*il pa.4 là pour me soutenir? L^

f g& VIE DE ftORtSfCfitVft DB SIMOKY.

vie d'uD ministre des aulelt doit ôlre si pore c( si samie , que bi je n*aTais considéré que les dispositions do mon Ame , bien peu digne encore de célébrer les grands ei terribles mystères , }« n*cusse jamais osé m'avancer jusqu'au sanctuaire, si je ne savais que Dieu travaille avec le faible, soutient celui qui espère en lui , et purifie par sa giâcc ce qu'il y a de plus impur. Je vais commencer d'ailleurs un temps d'épreuve , et je te prie de demander h Die« de tout ton cœur que si le mien ne doit pas répondre è la faveur d'une vocation si fublimo, il me repousse des saints ordres , ei qu'il ne souffre jamais que je trahisse un minislcre si auguste.

« C'est le onze, je crois, que je m'établirai au séminaire. Jusque-là , tu peux parler de mon projet en famille , et surtout à notre sœur , mais non encore aux étrangers. Dis ù tes chères enf<tnls que )*ai plus besoin que jamais qu'elles prient pour m'>i avec toute la ferveur dont elles sont capable», et fais -leur comprendre que quand il s'ngit d'un mettre tel que Dieu , il ne faut riea faire h demi. Sa volonté est celle du tout- puis- $>ant , malheur h qui la bravo dans un seul point essentiel ; ses récompenses sont magnifiques , il faut être bien insensé de les compter pour lien , ou bien làclic de craindre en trop faire pour les gagner. Pour toi, ma chère», ne pense pas que lu nias perdu, parce que je serai un peu

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pftit h Dîea. Rappfîlle^toi par quels moyens il noat a réunis contre toute attente; reinercioo»-la des bienfaits passés , et jetons-nous pour Tarenir^. avec une entière confiance » dans les bras de sa miséricorde. Il sait ce qui nous est le plus utile , et ses pensées pour notre propre bonheur valent bien mieux que les nôtres... •

Quelle pureté d'intention I Quel généreux dé- ▼cuement pour cette Eglise de France qui , sortant h peine de ses ruines^se voyait de nouveau e» butte à toutes sortes d'attaques ; mais aussi quelle admirable leçon pour ceux qui aspirent au sacerdoce, quel reproche éloquent pour les fimes timides qui» dans ces temps d'épreuves, seraient tentées de détourner les lèvres du calice que Jésus leur présente 1 Les sentiments de M. de Simooy étaient bien différents; dans les premiers siècles de l'Eglise p la persécution eût été, pour une âme comme la sienne, un puissant attrait vers le sanctuaire, et la robe du sacerdoce lui eût paru d'autant plus belle , qu'elle eût ressemblé davantage à celle du martyre.

Avant de mettre son projeta exécution, M. de Simony résolut d'aller passer quelques jours près de sa sœur, pour l'aider 5 faire un sacriGee d'autant plus pénible qu'elle y était moins prépsrée.

« Je ne regretterai pas, lui écrit-il, les moments que y: passerai près de toi , chère amie ,

BOQ TIB DB MOKSElGNEt'R D£ SIVOKT.

ce soDt les plut doux de ma vie ; mais eu revenant, je serai tout prêt h consommer ce sacrifice que je suis trop heureux d'offrir à Dieu , s'il doit lui être agréable, et alors je ne serai plus guère à moi. Du reste , ma chère , si , comme j'ai tout lieu de le croire , telle est la volonté de Dieu , et si , comme je Tespère de sa grande miséricorde , il m'accorde les grâces dont j*aurai tant de besoin , quel bonheur d'être destiné h coopérer par mes moyens» quelque petits» quelque faibles qu'ils soient , aux vues de bonté qu'il a sur le petit nombre d'fimes fidèles qu'il se réserve au milieu delà corruption générale. Demande «lui, bonne amie » avec toute la ferveur dont tu es capable , qu'il m'éclaire et me fortifie , qu'il me fasse connaître clairement quelle est sa volonté et qu'il me donne la force de l'exécuter. Voilà le véritable bien, parce que c'est le seul qui demeure. Le moment qui nous prive de cette vie est amer quand il arrache notre cœur aux objets temporels qui faisaient ses délices; mais quand la mort ne trouve en nous que l'attachement aux volontés du ciel , elle n'a aucune prise sur notre âme» elle ne la prive de rien» elle la délivre seulement d'un fardeau. T'ichons donc» chère amie» de n'aimer que Dieu et tout le reste pour lui. >

M"* de Sully partagea vivement la peine qu'éprouvait M"* de Villers de la résolution que venait de prendre son frère. La haute piétt^ do

CHAFITIS liV. Mt

M. de Simo&y» le spectacle de les ▼erist» set eatrelieos pleine d*uDe onciioo ioule céleste» Sleîeni pour elle ua soutien poisMut. om ioucc ceosoletioB. Mais cette ime pn^oadéoieiit chrétienne fit» an bien de TEglise» oe notnpeta «crifice. La lettre qu'elle écrivit à M"* de ViilerSf après le départ de M. de Simony pour la léflaioaire » est le pins beau témoignage qoe le inonde pAt rendre ^ sa fertu. St Gr^ire de Naaianse ne frisait pas un ploa bel éloge de St Basile, lorsqu'il disait de lui qu'il était prétra i?ant que d*étre prêtre , qu'il an avait les vertus imnt q«e d'en avoir le caractère.

• J'ai attendu que votre excellent frère eût ]uitté Mousseaux, pour répondre à la bonne et aimable lettre dont vous Tavies chargé. Vous parler de lui» sera une satisfaction pour vous et pour moi» puisque je partage si bien tous vos sentiments sur le parti si louable et si généreux, dans les circonstances actuelles , auquel il se détermine.

« Dans le petit noaabra de sacrifices qui peurent me rester à faire dans ce monde » celui-ci est sûrement un des plus vivement sentis ; mm peut-on en faire pour une plus belle cause; puisqu'on doit y voir son propre avantage » et le bien de TEgliée qui a tant de besoin que Dieu lui envoie de tels ministres I II avait dans le monde l'esprit et les vertus de Tétat sublime auquel il se

tôt

TIB DB MO!fSEI42NBVB DB SIMOKY.

destine; n*e«t-il pas juste quMI consacre entrèrement à Dieu les dons si précieux qu*il en a reços dans an temps où les sujets qu*on peut lui comparer deviennent si rares : je sais que ces puissants motifs n*ont pas moins d*empire sur vous pour adoucir un sacrifice qui ne peut manquer de TOUS être bien sensible. Je me plais h m'en entretenir a?ec ?ous et à me les retracer. Son heureux enfant prie déjà pour lui, je Tespère. et lui obtiendra toutes les grâces dont il aura besoin. Hélas 1 quand pourrai- je unir mes ?œux aux siens et à ceux de son père ? Je ne suis pai digne d*un tel bonheur, qui jamais no peut être assez acheté par les plus longs et les plus douloureux sacrifices !... 1

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