‹ Vie de Mgr de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 39 sur 67 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

i. DB SfMOHY BBIITBB AU siHINAIBJI 9U ST-8VLPIC8*

SE» DISPOSITIONS IHTiBlBUBBS. — TiHOMJIAU

BBlfOV A SBS TBBTVS. «— IL BBÇOIT LU SOOS»

DIACONAT. — SBS IHPBBSSIONS DANS CBTTB CIB- CONSTANCB. — SON APPUCATION AVX ÉTUDBS THÉOLOOIQVBS. — IL BST PBOHV AU DIACONAT* — HAUTB IDte qu'il s'ÉTAIT POBXiB DU SACBE*

DOCB. SA P1&T&. — HALADIB BT HOBT DB

N** DB SULLT. — ■• DB SIHONT L*ASSISTB DANS SBS DBBNI8BS HOMBNTS.

Mje séminnîro do SiSulpice BTiit alors pour su* périour M. Emery» qui btbU succédé Tannée 1781 s« M. le Gallic» en qualité do supérieur général* Aussitôt que le régime de la Terreur avait paru ^t;«scr , M. Ëmerj s*élait empressé de réunir» dans uue maison de la rue du faubourg Si- Jacques, quelques jeunes gens dont la vocation coumgeuée avait pi*rsévéré malgré les évéïiemeut». Après le concordat el le rétablissement

304 VIE DE MOKSBIQKBVR DE SIMOMY.

légal du ciille eu France, il avait doooé au semioaire une existence régulière , co le transférant dans une maison plus convenable dans la rue du Pot de Fer, où il demeura jusqu'en i8a8, époque de Toccupalion du séminaire actuel.

Digne successeur de M. Olier et de M. Trousoo , « ambitieux seulement de faire le bien , dit Chfiieaubriand » M. Kmery n'agissait que dan» le cercle de la plus grande prospérité d*un séminaire. » (i) Il s'appliquait avec zèle à réparer les pertes immenses de l'Eglise de France, et à (aîre revivre dans le jeune clergé les traditions de la science théologique et de l'esprit sacerdotal que les prêtres de sa compagnie avaient conservées précieusement pendant les jours de malheur. H était un de ceux qu3 M. de Sîmonj avait consultés pour savoir s'il devait suivre sa première vocation. Un coup d'œil jufte, un jugement sain , un grand discernement des hommes , un tact exquis , caractérisaient surtout M. Emery. Il reconnut dans la conduite de Dieu sur M. de Simony Ts marques d'une vocatioo certaine » et le fortifia dans sa résolution. M. de Stmony rentra donc au séminaire, de StSulpicc, au mois d'octobre de l'année 1 3o8.

Nous pouvons juger de ses dispositions intérieures , en quittant le monde pour suivre de

(f; M^Boirri <|*outre lomLc. Tom. iv.

CHAPITBl XT^ SoS

tou?cau la vole où Dieu PapiieUil , par les rétoutions qu*îl prit» pendant la retraite générale du .ommencement de Tannée tcolaire. Noua les ranscrif ons ici daoa leur simplicité :

« i* La sainte Tolonté de Diea.

t «* Ne pas m'inquiéter si j*ai la foi ou si je ne 'ai pas p mais agir en toul, suivant ses lumières. )ffrir le plus sourent que je pourrai mes jetions I J.-C. pour les faire selon lui et en union arec ui , et tficber de conformer le plus directement |ue je pourrai mon intention k la sienne.

« S* Faire toujours chacune de mes actions le nienx qu.*il me sera possible» et me demander si ;*esl bien celle que Dieu veut de moi en ce noment.

c 4* Ne perdre aucun instant pour acquérir tout ie que je pourrai » de science et de piété» et ne >as m*écouter dans mes dégoûts et mes répu- ;aances.

c 5* Mettre dans mes actiona el mes penaées le dus de-simpUciié et de droiture d'intention que je lourrai » el surtout renoncer à tout amouriropre.

c 6* Ne point regarder en arrière» et la volonté le Dieu m*étant bien connue» aller toujours en ifant sans pusillanimité.

c 7* Penser souvent ila mort qui fiiit tant d'im» iression sur moi et me (ait si bien voir tonte la lité des attaches de la vie.

206 ?IE DE MORififfilIfiVI M tlftOHT.

a 8* M'entreleoir du bonheur qu^l y a de connaître Dieu toujours diTantage, de le serrir et de le faire servir.

t 9* Penser au prix d'une àfliie et à ki sublimité du ministère sacerdotal , ainsi i|u*aux consolations que Ton y goûte.

«14 mai 1809.

c Je renouTolle et confirme toutes les résolutioof ci-dessus ^ et je remercie Dieu de ce qu'il a bien voulu venir au secours de ma faiblesse et me fiiire surmonter les tentations auxquelles il a permit que je fusse exposé. Je me résigne de nouveau à tout ce qu*il lui plaira d'ordonner de moi , dans toutes les époques, dans toutes les circonstances de la vie. Je le bénis de ce qu*il m'a mis à même de lui offrir quelques sacrifices et de racheter mei péchés par quelques renoncements. •

M. de Simony ne fut pas longtemps au séminaire de St-Sulpice sans être entouré de Testimc et de la vénération dues à son âge , à son expérience et & ses vertus. Il possédait toutes les qualités qui rendent un homme accompli selon le monde » sans avoir Tesprit du monde ; mais ce qui frappait surtout en lui, c'était une vertu solide el plus affermie en rauon même des dangers qu'elle avait traversés; une piété tendre sans affectation ; un cœur plein de Dieu , une dignité sans prétention, une modestie tout sngélique. Il semblait avoir déjà dans sa plénitude,

entrant au séminaire» cet esprit sacerdotal dont autres y Tenaient chercher les prémices. Aussi, m que les inclinations de son àme simple et mo« ^e lui aient fait constamment ériter tout ce qui Livait le faire remarquer, on ne pouvait s'empéir d'admirer en lui cet ensemble de vertus eccléitiques qui indiquaient plutôt un prôtre conamé qu'un aspirant au sacerdoce, et que lui seul 'aissait ignorer, c Nous avionsalors pour condisles, nous dit un de MM. tesdirccteurs de Saint- Ipice, dont la modestie égale le savoir» un grand nbre de ceux qui depuis ont été , avec Mgr de Qooj, l'honneur de TEgiise et de l'épiscopat nçais. C'étaient NN. SS. Garon , mort évéque Mans; d'Auzers, mort évéque de Nevers; Feusr, mort évéque de Beauvais ; Tbarin , mort Ique démissionnaire de Strasbourg; Gallard, rt archevêque de Reims; de Forbin^Jadson , rt évéque de Nancy; de Gualy, mort arche- |ue d'Alby ; Fayet , mort évéque d'Orléans , et • SS. de Bonald, aujourd'hui cardinal archevé- 3 de Lyon, et de Mazenod, évéque de Marseille* *mi tant de vertueux condisciples, M. de Si-* ny était un modèle de ferveur, de régularité, modestie. • Il se soumit sans peine , avec ite la docilité d'un enfant , aux moindres règles la vie commune , sans que son âge, ses habiles , lui aient jamais fait chercher de» àdou- >ements ou des dispenses. Il était toujours le

S08 VIE DE MOKSSIGSffilJB DE SIVONT.

premier et le plus assidu aux exercices communs, et sur TobservatioD qt|*on lui faisait que la ?ie do communauté devait lui coftter beaucoup , par la répétition continuelle et Tuniforroité constante des mêmes exercices» dans les mêmes lieux et aux mêmes heures , il répondait qu*ii avait contracté au milieu du monde rbeureuse nécessité «rune vie d'ordre , et que la vie de commnnautf , Lien observée , était pour lui le ciel sur la terre.

Un des caractères de sa vertu fut d'être constamment soutenue. On ne vit jamais en lui-, au témoignage de ceux qui Tout connu^au séminaire, ces moments d'inconstance et d'irrésolution dont la vio la plus régulière et la plus pieuse n'es^ pe.^ toujours exemple; et il fit paraître, dans toute sa conduite, cette suite, cette fermeté , cette persévérance d'une fime forte et généreuse solidement et irrévocablement établie dans le bien.

Tant d'excellentes qualités et une vertu auss'r étninente firent abréger pour lui le temps ordinaire des épreuves. Deux mois après son entrée au séminaire, il fut appelé à recevf>ir le sous-diaconat. Son sacrifice était depuis longtemps résolu ; cependant, l'approche du moment où il devait le consommer elTraya son humilité, et il ne fallut rien moins que l'ordre formel de M. Diiclaux , son directeur, pour le faire avancer, il avait évité de prévenir sa sœur de la démarche solennelle quM allait faire. Ce ne fut que quel-

)ue* jours après rordinalion , qu*îl lui écri?ii la lettre suirante. Oo 7 verra la haute idée qa*il l'Alait faite du ministère des autels» sa tendre affection pour ceux qui le dirigeaient , et le bonheur qu'il goûtait dans cette école de la science et de la vertu.

« Tu m'écrirais, bonne amie » le 1 7 de ce moii , le jour même » peut-être au moment de mon or* dination. Une seule chose me rassure dans cette grande action » c*est que je n'ai agi que par le motif de faire la volonté de Dieu et ce qui lui est le plus agréable. Je ne te i*ai pas mandé d'à* rance, parce que je craignais que ton imagina* tion ne s'en échanfRit » et que tu n'en prisses tiuelque peine. Si je n'étais pas aussi faible et lussi misérable que je suis, quelle ne devrait pas Stre ma joie I Être quelque chose dans la cour l'un roi, quel prix n'y attache*t-on pas! Mais les rois ne sont que des hommes égaux par na- ;ure et souvent inférieurs par les qualités essenielles du cœur à ceux qui les servent ; et moi , je iuis attaché au service du roi des rois » de celui par qui est tout ce qui est , de qui vient toute puissance au ciel et sur la terre. Les maîtres de ce monde sont le plus souvent hautains , capricieux» ingrats; je suis auuré de la récompense, il ne me punira pas de mon impuissance, il me tien* dra plein compte de ma bonne volonté, en voilA bien assez pour remplir tous les désirs d'un cœur

dIO TIE DE.MONSEIGNEVn DE SIMONY.

bien placé et animé de senUaieiiU géaéreuY. Demande au bon Dieu qu'il me le donne et qu'il nie fasse goûter de plus en plus combien son service est doux.... Je le dirai , en attendant les détails que tu me demandes sur le séminaire , que le supérieur est toujours M. Emery, homme d'un rare mérite; et le deuxième supérieur, M. Duclaux • homme d'une piété angélique et de cette douceur, de celle cordialité dont on ne peut se faire une idée dans le monde; c'est à qui respectera et aimera le plus ees deux hommes que la Providence a gardés comme par miracle.

M. Emery est resté plusieurs mois à .la Conciergerie , et a vu trois fois se renouveler les prisonniers. Dieu l'avait mis là pour consoleret réconcilier tant de victimes. Il leur inspirait ce courage si ferme et celte héroïq^ie piété qui ont étonné les bourreaux et auraient louché des âmes moins féroces. Adieu, chère amie, )e le quitte à regret; mais la cloche va m'appeler à un exercice.... Sois bien tranquille sur ma santé et le genre de vie que je mène, il ne peut en être de plus doux; tous les momenls sont employés, mais sans fatip:ue» et do manière à ne laisser d'autre regret que de n'en avoir pas assez. L'expression du contentement et de celle paix que le monde ne connaît point , est peinte sur toutes les figures, et prouvent que Ton ne connaît point ici les passions qui flétrissent l'ame ou la dé-

CHAPITEB XV. 21<t

vorent. Nous avons eu dernièrement, le jour de la Présentation , une fête touchante dont robjet était la rénovation des promesses cléricales; on voyait sur lous les visages l'expression de la vérité de oette parole que chacun a prononcée aux pieds des autels : Le Seigneur est la portion de mon héritage , etc. »

La grande piété de M. de Simony ne fut point un obstacle k ses progrès dans la science. H était profondément pénétré de cette ?érite qu'un prêtre sans la science théologique, fût*il élevé à une haute perfection , ne répond pointa sa vocation. Il se livra donc avec ardeur à l'élude des saintes lettres et de la Théologie. Depuis longtemps , il avait approfondi la religion dans les ou?ragos de ses plus célèbres apologistes. Il comprit alors le besoin, pour mieux la prouver et la défendre , d'appliquer à l'étude qu'il en faisait, la méthode scholastique , sans! laquelle ilne peut y avoir de véritable science! théologique , et que ceux-là seuls affectent de mépriser qui sont incapables d'y assujettir la légèreté de leur esprit. Les nombreux cahiers que M. de Simony rédigea pendant son cours de iliéologie , sur les divers traités de dogme et de morale, montrent l'importance qu'il attachait à celte méthode , et le profit qu'il en retirait. Chaque traité s'y tro4ive exposé avec ordre et clarté, les raisonnements y^sont pressants et suivis, les

M 3 VU DB MOKtBlGlIBVI M ilMOlIT.

poinu de doctrine euctement énoacéf , iouief les difficttllés résolues par des lémoigMges décisiis. Ain trailés de morale se iroaTeat loiales des' obsenratioos utiles sur tout ce qui est de pratique « el toutes les déeisioBS s'y Iroufeal appuyées sur les autorités les plus sûres. Outre ce premier travail qui faisait sa principale occupa* tien, M. de Simony s'était fail une loi de recueillir, et do classer par ordre alphabétique, les passages les plus saillants de l'Ecriture , des Sères et des meilleurs auteurs, y joignant quelquefois ses propres réfleuons , el se créant ainsi pour l'avenir un trésor précieux qui pftt lui fournir de quoi parler solidement et avec fruit sur toutes sortes de matières.

Une vie si bien occupée lui laissait ^ peine le temps de suivre avec sa sœur sa correspondance accoutumée , et il s'en excusait près d'elle en termes qui montrent le bon emploi qu'il faisait du temps, et l'importance qu'il attachait à l'observation du règlement.

c Tu me demandes si je suis capable de m'ennuyer de ton exactitude è m'écrire , m'en soupçonner serait un tort que je ne te pardonnerais pas. Tout ce que je te demande c'est de ne pas m'en vouloir si je n'emploie pas k te répondre tous les moments que je voudrais. Ils sont si courts au séminaire, qu'une heure employée âHicrire une letlre , fait un tort irréparable aux occupations

CBJlMTIBXf, aiS

de la journée. Tu me flatte* donc d'un vojege prochain et de préfenir les momenta ofa je comptais moi-même aller t'embraaser. C*ett une donco espérance que tu fais naître dans mon ccrar, mai» |e suis si acccootumé k décompter» que je n'ose rien me promettre que je ne te sache presqu'en voiture et pour ainsi dire arrivée. Tu as raison, je ne pourrai pas te voir beaucoup, surtout à la distance où tu seras; Temptoido temps et Tordre du séminaire s'y opposent^ des sorties fréquentes sont tout à fait contre Tesprit de la règle; je ne le fais guère qu'une fois par semaine, et si ce n'était ma vieille barbe» peut-être trouverait-oa que c'est trop; mais quoiqu'il en soit, bonne amie , nous en prendrons ce que nous pour^ rons.... 9

L'année suivanle, le 97 mai 1809, M. de Si« niony fut promu au diaconat. On ne pouvait apporter à la réception des saints ordres, plus d'in* nocence , de vertus , do pureté d'intention. Cependant M. de Simony ne pouvait envisager sans frayeur cette redoutable dignité dont quelques mois à peine le séparaient. Son âme faite pour aimer, et qui comme l'Apôtre de la charité, croyait par-dessus tout k l'amour que Dieu a pour nous , avait un désir ardent des'unirj de se consacrer plus étroitement k lui par le sacerdoce; mais sa foi était si vive, son humilité si profonde, qircn présence d'un fardeau redoutable aux

9i4 VIB DE MOVSEIQIIEVB DE SIMOKY.

anget eiix-mémeft » il n*éuit pas maître des seati* menu de crainte qui le pénétraient et qii*il exprimait dans une lettre à sa sœur» quelques leors après son ordination (Somai 1809.)

c To as sûrement » chère amie, reçu d'Bagé* nie , la lettre qu'elle t*a écrite pour t'instruire do jour et deTheure de mon ordination» et }*en suis certain , tu t*es bien unie à moi et k toute TEglise pour obtenir pour moi les dons abondants de TEsprit saint. Je me suis donc approché d'un degré de plus du saint autel » je n'offrirai pas encore la victime sainte , mais je suis devenu le principal coopérateur du sacrifice. Le corps du fils de Dieu sera entre mes mains , je le tirerai de son tabernacle pour qu'il soit distribué aux fidèles, et je pourrai en cas de besoin être député pour l'administrer. Quel ministère 1 En est-il de plus sublime après celui du sacerdoce , et peut-on lui comparer celui des rois ? mais aussi» que ce mi« nistère est saint » et qu'il faudrait de pureté pour le remplir I Oh I quand je pense que le degré le plus élevé m'est destiné , et que dans six mois ou un an au plus tard , je tiendrai dans mes mains la divine hostie» que je ne serai plus seulement témoin et ministre du sacrifice » mais qu'il s'opérera par mes mains , que le fils de Dieu se rendra obéissant à ma voix» et que ce corps divin» autrefois attaché à la croix et maintenant glorieux» se rendra présent par mon ministère sur le saint au-

CHÀPITEB %f. tl5

tel ; quand je me représente au milieu de cet augustes et terribles fonctions » je frissonne , el je me trouble à la vue de mon indignité et dç mes souillures ; je te le dis avec sincérité, si la soumission aux avis de ceux que je dois consulter et croire dans leurs décisions ne mie disaient une loi d'avancer» je m'arrêterais ici» et content du sacrifice qu'il a plu à Dieu d'agréer de ma part et de la place qu'il m'a donnée dans sa maison» je conaentirais bien volontiers à rester diacre toute ma vie. Continue» ma obère amie» à prier pour moi » le besoin que j'en ai augmente avec l'élévation où Dieu me .place dans son Eglise. •

Cet esprit de foi » cette profonde humilité » ces hautes idées qu'il se formait du sacerdoce» M. de àimony cherchait à les développer en lui par tous les moyens que l'Eglise inspirée de Dieu offre à ses enfants. La célébration des mystères de J.-G.'ou des fêtes des saiuts» fut toujours pour lui une occasion de se renouveler dans la ferveur et l'esprit de sa vocation ; et jamais la négligence ou l'habitude ne lui firent perdre les bienheureux fruits de ces pieuses observances. Cette piété attentive et ce goût des choses de Dieu • se révèlent dans une lettre qu'il écrivait après la fôte de St Pierre » où il avait servi de diacre au cardinal délia Somaglia.

c Hier» ma chère amie » nous avons célébré la

âl6 VIE DB MONSEIGKBVR h% SIMOIIY.

fête des sainU apôtres Pierre et Paul. Noire Eminence officiait ; j'étais non son premier, mais soo principal ministre à Tautel. Elevé au-dessus du peuple i et placé entre le ciel et la terre , j*ai offert , avec le pontife , les dons que TEsprit saint devait changer. Et dans quelle solennité? Lorsque TEglise célèbre la mémoire de son premier chef et remercie le Seigneur de Favoir établi la pierre fondamentale de l'édifice éternel , et de nous avoir donné dans cette chaire , où sont assis depuis dix-huit cents ans les successeurs de Pierre 9 un centre indéfectible d'unité, un étendard visible à toutes les nations « et seus lequel nous sommes assurés que notre foi triomphera toujours de toutes les attaques -du monde et de l'enfer. Quels n'ont pas dtk être mes sentiments dans un pareil jour ? reconnaissance envers le Seigneur, qui nous a fait naître au sein de cette Eglise catholique , dont les chefs et les pasteurs remontent sans contradiction jusqu'à Pierre , et par conséquent jusqu'au Sauveur ; amoiir pour cette Eglise qui nous a reçus dès le berceau » et qui nous a nourris avec tendresse du lait de la céleste doctrine» soutenus et fortifiés par les sacrements , consolés par ses instructions divines, et qui ne nous quittera que pour nous remettre entre les bras de son divin chef; mais aussi , serrements de cœur à la vue de tant de pauvres errants , qui , après avoir déchiré le

CBAMTW XV. à 1 ^

sein de leur mère et s*étre séparés d'elle par le schisme et l*hérésie, résistent à ses infilations et veulent obstinément être enfants de Jésus- Christ en reniant son épouse et leur mère.. . »

Al. de Simony, par sa consécration au service de Dieu, avait embrassé la carrière des sacrifices. Dieu ne fut pas longtemps sans lui en demander un nouveau qui dut bien coûter h un cœur pour qui les amitiés vertueuses avoiont un si grand prix. On connaît les liens qui l'attachaient à la maison de Sully. L'estime et la vertu les avaient formés, et la religion leur avaient donné une force et une durée qu'on cherche inutilement dans les affections purement humaines. M"** âc Sully, minée par le chagrin , flétrie par d'inconsolables douleurs , et atteinte d'une maladie contre laquelle tous les secours de l'art venaient échouer, sentait son heure dernière approcher. Elle connaissait la tendre piété de M. de Simony. Elle lui écrivit elle-même, malgré sa grande faiblesse , et lui exprima le désir de lo voir et d'être assii^tée de ses prières dans ce dernier mo* ment. M. de Simony se rendit en toute hfite auprès d'elle. La religion ne pouvait emprunter une voix plus touchante , pour M"* de Sully, que celle qui avait enseigné la voie du ciel au fils qu'il lui lardait de rejoindre. On verra, par les deux lettres suivantes , les impressions de foi et (le piétf^ que la vue d'une mort aussi sainte laissa

"jias*';»»3eiar-'-»«

3 1 8 TIB DE M0K5EIGRBITB DB SIMOKT.

dans l'âme do M. de SimoDy. Il offrît à Dieu ce nouveau sacrifice • avec un cœur déchiré , mats boumis , et qui se détachait de plua en plus de tout sur la lerre, pour s'unir plus étroitement à Dieu seul.

« Ma bonne sœur, écrivait-il , élève ton csprii et ton cœur en haut , pour supporter la nouvelle de M** de Sull j malade , et dangereuaenent ma lade. Le sujet de sa joie fait celui de nos douleurs. Au milieu de ses souffrances , son Ame « toujours également forle , regarde avec complaisance le moment où elle sera réunie dans le sein de Dieu \ b tout ce qu'elle a de plus cher. La pensée d'une ) mort prochaine a pour elle tant de charmes , qu'elle n'ose pas trop s'y arrêter , voulant que la parfaite soumission à la volonté divine soit le sentiment exclusif de son âme. Tu comprends.

d'après ce que je viens de te dire , quels sont les scDliments que j'éprouve. Je suis déchiré à l'idée | d'une séparation pour la vie , et je n'ose'pas de-' j sirer, encore moins demander 5 Dieu » qu'il pro-l ^ longe ses jours. Je suis auprès d'elle depuis hiev ^ soir. Elle-même m'écrivit dimanche son état, ^ | m'exprima le désir de me voir. Je l'ai trouvl^ , assise dans son cabinet et mise comme è Tordi naii c , un calme parfait sur le visage , et le sou rire sur les lèvres. Quand je lui ai dit qu'elle était sûrement au comble de ses vœux, par M perspective de quitter bientôt ce monde, soo

CBAFITEE XT. 2I9

▼isage s'eiii épanoui aiec une eipres&ioo de joie extraordinaire. « Ne faul-il pas, roVl-elle dit , cire contente de toutxe que le bon Dieu veut? » Elle m'a demandé de tes nouîelles » et quand je lui ai dit que Tannonce de sa maladie mêlerait bien de l'amertume h la joîe que ta as de posséder ton amie : • Je le crois, m'a-t-elie dit» elle est si bonne I • Elle marche vers l'éternité avec une tranquillité et une confiance admirables, elle parle de sa mort prochaine comme un autre ^ parlerait du plus court yoyage. Il ne faut pas en ^ être étonné , elle s']r prépare depuis longtemps , ^ ci Dieu , qui fait la blessure, y met le baume des consolations. Ah I chère amie , que les coups de ce bon père sont accompagnés de miséricorde ! 11 nous fait acheter par des maux de quel-^ k^ ques jours , un bonheur éternel, et encore il en ^ adoucit tellement la pointe par sa grâce , qu'ils ^ finissent pal* paraître doux. Ceux que M** de ^ Sulljr souffre en son corps, sont une oppression *^ extrême causée par une maladie du cœur, de ce "r cœur qui a sî profondément senti, depuis dix ans , • > ' tout ce qu'il y a de plus cuisantes douleurs. Depuis ^ un an , elle éprouvait les premières atteintes de ^ cette oppression; mais, méprisant toujours ses '^ douleurs, et persuadée que ce n*était qu'un mal ^: passager, elle n'a cherché k y apporter aucun remède. Depuis quinze jours, le mal fait des progrès effrayants. Il ne faut donc plus se faire

230 TIE DE MOUtSlfiilBfim 1»ft &IMOKY.

illttsioa , le boa Dieo l'appelle à lui. Quelle perte je fais faire , ei ea même temps que de grâces j'ai k reoAre à Dieu des exemples qu'il me met seus les yeux et des leçons si frappantes qu*il me donne I Que je «erais fiiiUe et stapide si désormais je comptais pour quelque cboae ce monde et tout ce qut 7 attache. Ofal ma chère amie , il n'y a qu'une chose néeessatre , o'est le salut; tout ce qui n'est pas pour cette vte où rien ne finit , où le bonheur est sans mélange • où la crainte de l'aTenir n'empoisonne pas la paix du présent , n'est que yaniié , fri? olité » folie. Tournons nos regards vers le cid si beau , où toutes nos affections , confondues dans Tamour de Dieu , seront pour nous ti«e source toujours renaissante d'un intarissable bonheur. Aimons Dieu sur U terre , non en paroles » mais en effet , afin de le posséder dana le ciel. Voilà le seul vrai bien , puisqu'il est le seul qui demeure. Adieu , bonne et chère sœur, tâche de mettre ta douleur au pied du crucifix : c'est la vraie source des consolations. Je ne te dirai pas pour cela : ne pleure pas; |e ne pois m'en empêcher moi-même. Mais qu'il est doux de se dire , en voyant nos amis s'éloigner de nous : îU nous précèdent au séjour de la gloire et du vrai bonheur, leurs prières nous aideront h y arrifer^ et un jour nous ne ferons qu'un pour aimer et posséder Pieu pendant l'éternité. >

c Je f ieu& à i^ioslant de qoitler coiie pauyre et si chire malade » écril-il le leademain , elle esl dans un état bien cruel pour nont , qui en fommes lémoint ; maii ta patience , aon calme , sont en proportion de êts douleurs. Ce matin » elle a reçu le sacrement de TExtréme- Onction, dans sa chapelle; et celte femme , dont Tunique objet a toujours été de rendre benreux tout ce qui Tenloure » a prié M. le curé de demander en son nom pardon à tous ses gens» des maufais exemples qu'elle a pu leur donner, et de ce qu'elle a pu faire qui leur ait causé de la peine. Elle leur a fait dire qu'elle leur pardonnait tous les torts qu'ils pourraient afoir eus contre elle» Ce n'a été alors que larmes et que sanglots. Elle a voulu assister à toute la messe , à laquelle elle a corn* munie. Je no sais si demain elle pourra avoir ce bonheur, tant elle est faible aujourd'hui» Quelle perte je bis , ma chère amie; ses exemples et ses conseils m'ont été si utiles I Ses exemples surtout , car c'est là que je puisais des conseils que sa modestie se refusait à me donner. Oh 1 puissai-je apprendre aussi à bien mourir, et , pour cela , à me bien préparer à la mori par une vie remplie de bonnes œuvres l La vie n'est bonne qu'à cela ; quels qu'en soient les événements et les vicissitudes , s'ils nous minent à une bonne mort , ils auront été heureux. Adieu , ma bonne sœur, prie pour M"* de Sully» mais ne t'aban-

9 S4 tl£ BE MMCfBMflBV» »t êWOUT.

dome pat à la ^Milmiri fa %e 4#ia à ta âimille et à tes aoïk. t

Là mort de M*** de S«lly aiiirii de prèi , et • le 11 juÎD 1809» H. de Smoey apprit è ta tœur la perte ffa*W TeBaH de frire.

t Tu t*aitendt tftremettt «ok noutreHet le»

plut ftcbeutet » dière aterie » d'aprèt ediea qee )e t'ai doonéet de M** de Selly. Bo eftt , «eut rar ont perdue ptHnr la terre » elle oe fit plut icibas , elle n'est plut <fB» éètm le del ; sea vatox ont été comblés bier^ tor lea treit bearet et demie. Ce raemeet, qa*etle tegardait coaame Je terme de son dealevren pMertiage» est enfin arrivé , et a comblé sa {oie en mettant le comUe à nos regrets. Elle ti*a perdu la parole qu'une demi-^heure aTant d'expirer» encore a^«elle prononcé deux fois distinctement ces mots : J/on Dieu ! après SToir batsé le crucifix qu'on lui a présenté. J*aî passé la nuit prêt de son corps inanimé, et une bonne partie du rette du temps. Son vidage , aprèt ▼ingt-'quatre heures , n'a pas changé; il respire le calme et la paix. Elle est au ciel , n'en doutons pas. S'il lui est resté quelques légères souillures , sa patience à seufirir les maux de sa dernière maladie » sa profende résignation les auront expiée , et j'ose espérer qu'elle n'aura pas eu besoin de passer par les flânâmes du Purgatoire pour paraître devant Dieu. Prions cepondant pour eHe; car qui peut meaurer la ymtîce de

Dieu , de ce INeu q«i juge les iuetes mômes» et ^i, h ce jagement qvi décide de noire êoH éternel , ne cosult pliu de mitéricerde. Prient r ■ee prièref ne peur eut être perdnet, elles noos en ebtiendrent de la part de cette sainte âme qui nous iacilfterent de suivre ses exemples. Prions « c'est r«aiqoe consolation dans de pareils maox. Je M verse de iarmes que dans la prière , et ces larmes me sooli^nt ; partout ailleurs, la douleur m'oppresse. Le service se fera demain ; je ne quitterai ces lieux , où je laisserai des souvenirs si chers qu'après avoir satis&it à ce dernier devoir. Ton chagrin sera vif, j'en suis auuré»

quoique tu ne passes te flatter de revoir jamais^ cette femme incomparable; mais il faut que ta peine ne soit pas sans douceur» en pensant que celle que tu regrettes te voit et t'entend , car» n'en doutons pas» les saints qui jouissent de la vue de Dieu voient, dans ce miroir» ce que Dieu voit lui- môme. Ds y i^ient donc nos soupirs et nos vœux. Adieu» bonne sœur. Je serai probablement au séminaire demain soir. •

L'âme de M. de Simony se laisse voir toute entière dans ces épanchements de la douleur et de l'amitié. Toujours la môpie sensibilité» la môme tendreue de ccMir ; mais toujours aussi la môme foi » la môme piété » le môme détachement » les mômes espérances. Se préparer une mort sainte^ pourôtre réuni dans le ciel â ceum

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qu'il Bf Bit aimés svr la terre » tel ètaîl le désir qu'il eiprimait sur chacune des tombes ^m ae ferflaaient sous sm yeux. Tel fat^ è toutes les époques de sa vie, le vœu le plus cher de son cœur. « Seigneur, pouvous-uous dire erec le roi prophète , tous lui avez accordé le désir de son âme et vous n'aves pas trompé le vœu de sei lèvres. »• Vous Faves destiné à vos bénédictions èlemeiles, vous le remplirez de joie par la vue de votre visage. » (Ps. xx , v. i5. 6).

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