CHAPITRE XVI
RBCOHIlAUSJlIfCa »B K** SVLLY FOVR M. BB SIMdtnr.
ta BCBMlkn ANN&B DB SiMlNAlBB. -— SOfI
4VlTlà krtLC ■• DÀBGBNTBUIL. — * CâTiCHlMB DB ST«SUI.P1GE. BBTBAITB POUR LB 9àCBBI>0€B.
- ALLOCUTION AU CATfcCHlSMB OB PBM&V&BAIfCB.
LBTTBB A SA 6CBUB APfiks SON ORDINATION.
«B8 RÉSOLUTIONS. — CONfArBNCB SPIRITUBLLB
POUR LA ràTB DU SAGBRDOGB DB NOTRB SBIONBUR.
Ju de Sully voulut, en inouraiil« donnera M. de 1 Simony des marques de sa reconDaissance fomr les soins qu'il arail prodigués à sonfib. Elle ne pensait pas pouvoir jamais proportionner les récompenaes à la grandeur des serr ices. « Monsteiir votre frère» écrivait-elle à M** de Yillers, a ausai perdu un fils qui , je respère» lui paie actoeUe» ment le irikui de reconnaissance que nous iui devons , et qui peut seul nous acquitter envers , lui. Le bonheur de ce cher enfant est avec la grâce de Dieu son ouvrage » sa consolation en ce monde et contribuera à sa gloire en l'autre. •
9»6 VIE DX aONSBIMBOa 1>E tlllOKY.
Cependant elle cnit devlNr lui Mgiier par lesUmenl » aprèi en a? dr détaché pluaieura fermes , la terre de Monlorollier, canlon de St-Saëns, arrondÎMement de Neufchfitel (Seioe-lnférieare). Bile savait qu*en laitiant cette portion de ses biena à M. de Siniony, c'était ans pauTres qu'elle la laissait » et qu'elle continuait ainsi par ud autre , après sa mort » le bien qu'elle atait fait pendant sa fie. Nous verrons dans la suite que ses» intentions furent non-seulement rouiplies , mais dépassées. M. de Simony regarda toujours sa fortune comme le patrimoine des pauvres « et à ce titre» il leur en donna constamment la plus grande partie, t s'en réservant à peine le dixième pour ses besoins personnels, • nous dit un témoin assidu de ses bonnes œuvres, pendant tout le temps qu'il habita la Normandie.
M. deSimony, par cette donation, se trouvait en état de satisfaire le penchant qui le portait à faire du bien. Il ne la considérait pas moins comme une véritable charge , comme un nou veau lien qui le rengageait dans les affaires du monde auxquelles il avait solennellement renoncé. « Je ne suis pas à apprendre , écrivait-il à sa sœur, que les biens de ce monde sont toujours accompagnés de contrariétés et de tracas , mais je le sens à présent par expérience depuis qu'il s'agit pour moi d'acquisitions et de contrats. le me trouve le serviteur de toutes ces misères.
CHÀPlTàB XVI. tS7
Heuroux si , par la suite • rasage que j*aurai fail de ces biens ne m'acciue pas au tribunal de celoi qui juge, non selon nos idées les plus ordinaires, inais selon son immuable justice. §
iM. de Simooy étant rentré au séminaire » s'appliqua plus que jamais à se rendre digne de ut vocation • et à devenir un prêtre selon le cœur de Dieu, Cbaque jour révélait en lui de nou* velles vertus. On ne pouvait asses admirer dans un bomnie qui avait si longtemps vécu dans le monde , ce profond recueillement, cette mo* destio angélique, cet attrait pour la vie intérieure, et en même temps , celte douceur , cette charité pleine d'expansion , de prévenances , d*égards et d'attentions aimables. Aussi, tandis qu'il se ju« geail indigne des moindres fonctions du sanctuaire» chacun se le proposait comme un parlait modèle de la préparation an sacerdoce, et cher* chait h se mettre sous la douce influence de ses vertuf . Parmi tant de pieux condisciples qui recherchèrent et obtinrent son amitié, nous ne de* vous pas oublier M, Dargentenil, mort en 1816, supérieur du séminaire de Si -Jean d'Angély, grand vicaire de la Rochelle , et qui a laissé une grande réputation de sainteté (1). La lettre suivante que M. Dargenteuil lui écrivit quelque temps après son départ du séminaire, fait voir quel prix
(I) Sa vie a ^té publiée par M. A. Raiiifiiet, chanoîoe «le la Riyehrlle.
ttS TIB M MOHSEtGlCnA »ViIHOKY.
oQ alUchaîl i ramifié de M. de Simony et la place que lui donnaient tes Tertaa atœablea et modeitet dam le cœur de ses amis.
« C*e>t le jour de Si Louis , Irès-cber Sioiony , que j*ai reçu Tolre lettre h mon retour de la Trappe , — de la Trappe.. • oii )*ai passé huit jours délicieux et où vous tous êtes souvent présenté h mon esprit. Je ne sais ce qu'il en est en vérité , mais dans la catégorie des amis » vous TOUS montres toujours le premier et, si par impossible » je roulais vous éloigner» je ne crois pas que je pusse en venir à bout. Je ne me fisrai point violence et vous laisserai toujours cette place que le Seigneur lui-même vous a donnée dans mef^ mémento, plaise h sa miséricorde de m*en donnor une bonne dans les vôtres et surtout de Vj conserver longtemps. -— Ohl oui» longtemps
toujours. Il n'en sera pas de notre amitié comme de celle du monde; J.-C. en est le lien et rien ne pourra jamais le rompre. Mon très- cher, je désire la resserrer encore un peu plus, s*il est possible» dans les cinq jours de Viicances que je vous ai promis , le bon Dieu en décidera bientôt , car mes affaires commencent enfin à s*éclaircir. .. • M. de Simony et M. Dargenleuil étaient unis par les mêmes sentiments de piété» par les mêmes désirs du bien , par les mêmes inclinations de vertu. Une œuvre commune de tèle les rapprochait encore davantage. M. Dargenteuil étant de«
CBAPITIB XTI. 299
venu en 1809, chef du grand catéchisme de persévérance à la place de M. Feulrier, M. de^imonjp qui avait été aiisocié à M. Peulrier, Tannée précédente , devint le principal collahoraleur de M. DargenteuiL On connaît Tadmirablc organisation des catéchismes de St-Sulpicc confiés aux élèves du séminaire , et destinés à répandre dans Pâme d<*s générations naissantes là connaissance des vérités du salut , et le goût de la piété. Un grand nombre de ceui qui depuis ont honoré l'Eglise de France par Péclat de leurs dignités^ de leurs lumières et do leurs vertus (1)^ ont fait Tapprentissage du ministèreuu milieu de ces modestes et utiles fonctions. M. de Siroony apporta dans une œuvre aussi en rapport avec ses goûts, le fruit de vingt années consacrées à faire aimer la vertu au jeune fige» le charme d'une parole simple , insinuante» reietée par une exquise sensibilité et par Tonction de la piété. Personne mieux que lui ne sut faire goûter à la jeunesse les leçons de la religion ; toutes ses paroles étaient comme l'eflusion d*un cœur plein de Dieu et portaient avec elles la persuasion dans les âmes. Mais sa simplicité» sa douceur» sa modestie n^étaient pas moins éloquentes ni moins
Ci) Hifioire dci Catrchim€« de St SoTpicc» Chronologie de» catëchtttet chargés du grand catécliitme det Fillca , de la paroiftr de St Sulpice, dcpuii 1713.
StCC VIB PB MOKJBIfiUVft OS ilMOHT.
persuasives. Les archives des catéchismes de Sl-Sulpice Dous ont conservé quelques paroles de M. de Siroonj» et ces paroles sont rexpresaion du seotimeot habituel de son ftme , c'est-à-dire un trait d'humilité. Ajaot été obligé de présider une assemblée d'aspirantes durant une indisposition passagère de M. Dargenteuil , il commença par lui rendre ce beau témoignage : « Ce n*est qu*à regret que j'occupe aujourd'hui cette place. Il serait difficile de remplacer M. Dargenteuil , lorsqu'il s'agit de parler de Dieu . personne n'en parlant avec autant d'onction , ni avec autant de force. •
Le surcroît d'occupations que donnait à M. de Simony cette nouvelle charge , sa fidélité scrupuleuse à remplir tous les autres devoirs de la vie commune , et l'approche de l'ordination, absorbaient tous ses moments. Sa sœur se plaignait doucement à lui de son silence^ et il lui répondait :
• Que dis-tu de moi, chère amie, tu as été dans l'affliction, et je n'ai pas été te consoler^ au moins par mes lettres. Tu n'en accuses pas mon cœur, j'en suis assuré, mais mes occupations. En effet, je me suis trouvé chargé d'une besogne qui m'a pris un temps infini, et dont je me tire encore fort mal. Au milieu de toutes tes inquié> tudes , tu as eu la bonté de penser è moi, et j'ai confiance t|ue tu ne m'oublies pas mainte-
CHAPITIB XTI. aSl
aot que Rapproche du moment qui me fait rembler loujourt dafaolage. Il paraît , jutqu^è réseat , que je dirai ma preuiière messe au cak:biime » le jour de la Ste-Trinité^ à la comlunion du mois. Vous tous unirez, 5 ce molent , à cette pieuse assemblée où je remplirai e si augustes et si touckaotes fonctions. Ce qui l'afQigo , c'est que je serai bien au-dessous de 3 qu'un bon cœur devrait éprou?er dans une sreille circonstance. Mais j'espère que Dieu ne l'imputera pas arec rigueur mon insensibilité, eus me seres bien tous présents k ce premier icrifice » et je m*estimeraft benreux de le célérer au milieu de tant d'âmes innoccnles et préieuses aux yeux du Sauveur... »
M. de Simony termine cette lettre par un ait qui peut paraître indifférent , mais qui fera >ir comment , dans la pieuse communauté oii
se trouvait 9 on met en pratique celte toulante égalité que la reUgion cbrétienne seule )ut inspirer.
« Notre pauvre porlier est mort avant- bier, en préparé, bien résigné, bien tranquille; était UD homme qui , sous Textérieur d'an ruse, cachait une fime parfaitement droite, parce l'ii était profondément religieux. Il a été dômes* lue fidèle pendant trente ans , et dans les temps I sa fidélité Pexposait à la mort , il faisait un Btit commerce d'effets nécessaires à ceui qui
S5a TIK D£ IIOKftBI««B1lft M tlHOIIT.
habiuieni celle maifon » et c*éuil «fec une «erupuleuse probilé et un déiiDlérettemeot bien rare. Enfin il eat mort dans la pai« du Seigneur, nous lui avons fait un service. J'ai reiDan|ué , avec un vrai plaisir» qu'entre quatre séminarisles qui ont porté son corps à la chapelle, était le fils d'un très-grand seigneur Polonais , qui a plus de quarante mille sujets ; comme la religion agrandit et le cœur et l'esprit 1 t
Nous sommes heureux de ces lettres , écrites dans l'abandon de l'amitié et auxqueUea M. de Simonj confiait ses plus secrètes impresaions. Nous aurions pu juger sans doute, par tonte u vie passée , de sa préparation prochaine au sacerdoce; mais ces lettres intimes nous font entrer dans son fime pour nous y faire voir quels furent alors ses sentiments et l'idée sublime qu'il s'était faite du sacerdoce, auprès duquel rien è ses yeui n'était digne d'entrer en comparaison.
« Demain, ma chère amie, écrit-il la veille de la retraite , j'entre en retraite pour me disposer à recevoir le sacerdoce. Unis tes prières aux miennes; il faut qu'il s'opère de grands changements en moi pour que je sois digne de la grâce que Dion me destine. J'annoncerai l'Evangile au peuple , je prononcerai , comme ministre de Jésus-Christ , les paroles qui sortirent autrefois de sa bouche divine , je serai son ambassadeur pour annoncer ses justices et ses miséricordes.
CUAPlIâB XTI. 233
J'offrirai le redoulaUe Mcriiice , j*y coopérerai ; que ces fooclioDS si communes , si indifférenles aux yeux des gens du moude sont grandes et sublimes aux yeux de la foi » et qu'il faut que nos cœurs soient grossiers pour ne pas sentir tout ce qu'elles ont de merveilleux et de redoutable ! Mais aussi quand avec tes lumières de la foi on les compare avec tout ce qui occupe et touche si fort le monde , avec ce qu*on y regarde comme si important » que tout cela paraît petit , vil , misérable ! Un peu d'argent» un peu de boue, quelques satisfactions pour un corps qui se dissout chaque jour el tombe en pourriture , quelques affections, quelques attaches qu'on nt:
pousse pas plus loin que cette vie et qui vont se terminer au tombeau I Oh I ma chère sœur, soyons chrétiens une bonne fois, voyons en chrétiens , ayons des sentiments chrétiens. Il y a un Dieu souverainement puissant ; il y a une vie éternelle ; il y a le ciel ; il y a l'enfer ; pensons^y bien , pensons«*y souvent. Comme tout alora nous paraîtra ici-bas misérable , que nous compterons pour peu et les biens et les maux de cette vie , s'ils sont séparés des biens célestes qu'ils peuvent nous procurer, quand nous en usons bien. Recommande- moi aux prières de tes enfants. »
M. de Simony fut ordonné prêtre dans Téglise de St-Sulpice , le 16 juin 1810, par le cardinal Fesch, grand aumônier de France, arcbev4-
St34 TIB I>B HOaiMMIIglia M UliOHY.
que de Lyon , el nomnéà Farcheffcbé de Nous n'eMâierooapas de relrt cer la paix ; la joie loule céleste dont Diea iDOuda celte âme si détachée des choses de la terre lorsqu'il l'eut asso^ ciée pour réternilé au sacerdoce de sou di?in Fils. Nous laisserons M. de Simony luinnèine nous redire les sentineot» dont sou c<Burélait plein. Le lendemain de son ordination , ftte de Is Sainte Trinité » il fut désigné pour dire sa première messe au catéchisme de persévérance pour la communion du mois. A?ant la coaminnion. il épancha son âme toute entière dans le cœur de ces chères enfiints qu*il allait nourrir » non plui seulement de la parole de vie , mab du corpi même du Fils de Dieu, descendu du ciel à sa toîi. Celle ailocttlion simple , fut dite avec un tel accent d'onclion et de piélé, que les larmes coulèrent de tous les yeux.
« Est-il bien rrai • et ne me fais-)e poinl illusion : cst«il bien vrai que je suis près de raolet du Dieu vivant ? Cette victime , est-ce bien moi qui l'ai immolée ? Oui I à ma voix les cieux se sonl ouverts , les mystères saints se sont accomplis» la substance du pain a disparu et la cbair divine du Ssuveur a pris sa place ; la voilà sur l'autel, et c'est moi qui l'y aie placée. O merveille I ô mystère I le Tout«Puissant a obéi à la parole d*un homme ; que dis- je, le Dieu trois fois saint s'est mis entre les mains d'un pé-
CIAMTAJI X?l. %i&
cheur I. •• Hait quoi , mon Diea I hier encore l'étab ior lea degrés de votre MDCtaaire et le plus indigne des minislres de TOire aolei ; ei anjourd*hai je suis admb jusque dans le saial des saints, revélu de fotre sacerdoce» investi de votre puissance « transformé. en votre propre personne , et ma parole » plus ei&cace que celle que vous avez prononcée en formant le monde, a détruit ce que vous aviea créé • pour j substituer la personne même d*ttn Dieu. Ah I le plus bas ministère dans votre maison n*était-il pas déjà trop pour moi ? et voilà cependant que vous m*aves élevé au premier rang. Vous avea doue voulu montrer , 6 mon Dieu ! que vous aimei à tirer le pauvre de la poussière pour le placer parmi les princes de votre peuple.
• Que vous rendrai-je» Seigneur, pour tout ce que vous avec fait aujourd'hui pour moil... Oh ! mes enfants , aides*moi à supporter le poids de si incompréhensibles bienfaits. Joigne* vos voix h ma voix, vos cœurs b mon cœur, et tous ensemble éclatons en soupirs et en transports de reconnaissance et d*amour.
« Mais si j*ai été Theureux ministre du sacrilice , c'est aussi en votre nom qu'il a été offert ^ venea donc participer b la victime. J*ai dressé U table du festin, venex, oh I les bien «aimés de répoux céleste , recevoir de mes mains le pain des anges. Nous voici dans le Cénacle ; Jésus est
a36 TIB DB MOXSBIQNBIIA M imOKT. I
au miiiea de ooqs : c*etl lui qui. de cet auiel, du fond de ma poitrine oii il repose, par ma bouche qu'il vient d'arroaer de son sang . c*ett lui qui Tou» invite à voua approcher de lui. Ce bon Sauveur ne vous traite plus en eaclaves.
mais en amis. Il vous a révélé tous les secrets de son amour. Soulevea donc sans crainte le voile qui le couvre sur cet autel » voyea les cicatrices de ses plaies et en quels caractères il tous s tracés sur ses mains. Contemples les richesses et les mérites qu'il vous a acquis. Que vous dit votre Cflsur, mes chères enfants, à la rue de tant d*amour et de tant de bienfaits ? Ah I il répond avec moi : anathème à celui qui n'aime pas Jésus- Christ.
c Oh ! que ce jour est beau , mes enfants .
pour nous réunir tous dans les accents de l'amour et de la reconnaissance i Celui qui vous parle porte encore sur ses mains les traces de l'onction sainte qui l'a consacré prêtre du Très- Haut : autour de la table sacrée sont rangés ces enfants qui • il 7 a bien peu de temps , ont goûté pour la première fois combien le Seigneur est doux et qui vont ratifier de nouveau l'alliance qu'ils oni contractée dans son sang. Et vous tous, pou vei- vous approcher de l'autel sans vous rappeler par quelles merveilles de sa toute-puissante charité le Seigneur vous y a conduits ? Vous êtes au milieu de Babylone, et vous chantes
CBAVITAI STl. S37
]«« cantique* de Sioo. Le« téoèbret de Tîrréligion sont partout autour de Tooi et vous jouiaaes de la pure lumière de TEvangile; la corruption et le péché iaondent tout dans ce monde d*où ?oui sortez» et tous lefes au ciel des mains pures et innocentes. Sentez*Tous votre bonheur , enfiints chéris? oh ! comme il est an-dessus de tout ce que le commun des hommes admire et souhaite si passionnément » et pourriea-vous jamais le sa* criGer h la vanité et aux plaisirs ?
« Non , mon Dieu » non ! j'ose vous le dire en mon nom et en celui de tous ces enfants : c*est vous seul qui êtes désormais notre partage. Un «eul moment passé dans votre maison vaut mieoji que mille passés dans la joie des mondains.. Ah 1 périsse le jour ob nous pourrions balancer entre vous et le monde I plutôt mourir mille fi>is que de violer par le péché Talliance que nous allons encore ratifier aujourd'hui I Oui, mon Dieu, nous la jurons ici sur votre corps » nous ne voulons d*atttre maître que vous , nous ne voulons rien posséder que vous, nous voulons vivre et mourir pour vous... •
Le jour d'une ordination, celui d*unopremîère messe produisent dans Time d*un prêtre fervent^ des impressions dont le souvenir ne s'effaoo jamais : • Quels jours pour moi , chère scsur , écrit le lendemain M. de Simony , que ceux qm viennent de s*écouler I L'esprit de rhomme ne
t58 TIB DB HOHiEIGNBUB DB SlHORT.
peut rien concevoir de plus grand que let poirtoirt qoi m'ont élé confiée; maii auiii combien j*ai lujet de m*humilier en voyant combien je ioii indigne d*un ministère aussi excellent. La seule chose qui me rassure» c'est que je crois avoir marché sur Tordre de Dieu et que je compte sur sa grâce pour m'apprendre à devenir tous les jours un peu moins indigne d*un minis^ p tère aussi excellent» et pour me donner la force If d*en supporter le poids ; poids terrible aux anges ^ mêmes. Une autre chose me console, c'est que ' TBglise m'ait choisi pour un de ses soldats» lorsqu'elle est attaquée de toutes parts et que les puissances du monde et do l'enfer frémissent pour la détruire. Je ne pourrai jamais lui être d'une grande utilité » mais au moins je confesserai que je lui appartiens et peut-être le bon Dieu modestine-t-il à sauver une seule âme. Oh I que je serais bien payé des petits sacrifices que je lui fais si j'obtiens ce bonheur I Tu ne doutes pas que tous ces jours-ci, toi et tes bonnes filles» n'ayiez été bien présentes à mon cœur. Mes prières sont bien froides , mais la victime que j'ai eu ia redoutable bonheur de tenir entre mes mains , est toute- puissante près du Père céleste» et j'ai la confiance que vous ressentirez les fruits du sacrifice. J'ai demandé non des biens temporels» non le bonheur de cette vie» mais une foi inébranlable, une espérance ferme et une charité persévérante qui
CHAnTft£ XVI. tSg
nous établisse tous dans le seio de Dieu. Oh! que le partage de ceux qui aiment Dieu est heureux: que ce monde, quand on le voit tel qu'il est» est dégoûtant pour une âme qui conserve quelqu'élé« vation dans les pensées et quelque noblesse de sentiment ! Quelle bassesse de cœur on rencontre maintenant partout. Tous les sentiments se concentrent dans Tégoîsme, on ne rccoiinalt guère plus d'autre Dieu que la vanité et Pamour-propre; on sacrifie tout à Targent et aux plaisirs. Tout le monde . chère amie » n'entend pas ce langage , mais je le tiens avec toi en pleine confiance parce que je sais qu'il est fort intelligible pour ' Ion cœur... La réunion d'hier a été vraiment louchante , j'ai eu le bonheur de donner la communion à un nombre très-grand de per* sonnes. •
Que ne devait pas espérer et attendre l'Eglise d'un prêtre aussi généreux, qui voulait voir ' dans le sacerdoce, non les biens et les honneurs qu*il pouvait lui procurer, mais les persécutions et les croix qui devaient accompagner l'exercice de ^es sublimes el pénibles fonctions I
Nous cro}ons qu*on ne verra pas sans intérêt les résolutions que M. de Simonj prit après son ordination; pour assurer sa persévérance. A ceux qui trouveraient trop longs tous ces détails, nous répondrions par les paroles mêmes de M. de Simonj, après la mort de son père : c Tout est
t4o ▼!> M MOirSBIOKBVi M StMORY.
cher, loaf est Ténérable dani un père tel que celoi«U. •
c Je ferai chaque année une retraite de hnii jourf , sur lei grandes f érités de la religion, A peu prèi k Tépoque de mon ordination , j*eo ferai une antre pour me renonveier dans Teiprii des fonctions et de la dignité du sacerdoce.
ff Je ne célébrerai jamais sans préparation ni sans action de grâce.
c J*aurai toujours soin de préparer mon intention pour TEglise, pour moi » pour les personnes pour lesquelles je prierai.
• Je m'examinerai soorent pour Toir si je ns me laisse pas gagner par Taccoutumance » et si. au contraire , je crois toujours en respect et eo amour pour les saints mystères.
f Je rendrai fréquemment à Dieu de trèshumbles actions de grâces pour le bieniait de m*a?oir entièrement séparé du monde pour m*attacher â son service , et je me dirai souvent qu'un seul jour passé près de son autel, vaut mieux que mille passés dans la joie et dans les plaisirs.
t Je tâcherai de me faire un recueil des passages de TEcriture les plus appropriés k mes sentiments » pour m*en aider et m*en nourrir.
• Je ne passerai pas un seul jour sans tâcher de pratiquer Texercice de Toraison , quand bien même je la ferais toujours aussi mal que je Tai
bile îusqu*à préteni « etpérant que Dieu béûira ma bonne Toloolé et eicusera tnou impoUtance.
c Je ni*effioroerâi de titre de telle sorte que je puiiie célébrer tooi les jours , et je tâcherai , pour cela , de me tnainteoir dans les sentiments de rbamilité la plut profonde.
t Dans tons les exercices do ministère, ansquels je serai appelé» }e ne me proposerai jamab que la plus grande gloire de Dieu » et je m'y préparerai tottjoora par la prière et par le recueillement» autant que }*en suis capable.
« Je r^arderai mon temps comme n'étant pas k moi » mais à TBglise, a ut fidèles et à Jes js-Chrtst.
t Je repasserai sooteot dans mon esprit Vexcellence et là sobUmité de la dignité sacerdotale.
c Je tâcberaî de m'iDSlririre do plus en plus de tout ce qoi a été dit snr le saint sacrifice de la messe et je méditerti aoo? ent snr ces deot objets.
« Je relirai an moins om fois Tan le pontifical , et de temps en temps les rubriques. •
Mais ce (ut surtout daoi la conférence spirî* tuelle que M. de Simony Art cliaff;é de faire , le i5 juillet sttitant, la néle dte la fête du Sacerdoce de Jéaoa-Chriit, que le séminaire de St« Sulptce célèbre arec «M aclenoité particulière, qu'il donna un libre couft Ms sentiments dont
a48 VIB DE HOllSEIGICBUi ^E SIIIOIIT.
•OD cœur lurabondait. Deux de MM. les directeurs du sémiaaire de Paris» anciens condisciples de Mgr de Simony, et à Tobligeance desquels nous devons quelques détails sur cette époque de sa ▼ie , nous ont transmis le sou?enir qu'ils tTaient gardé d e cette conférence, après quarante ans» en termes qui montrent l'impression extraordinaire qu'elle dut produire sur toute la communauté, c J'oubliais de vous dire» nousécritl'ub d'eux {%), que M. de Simony faisant la conférence spirituelle le jour de la fête du Sacerdoce » édifia et embauma toute la communauté par les effu* sions de sa piété et de sa joie toute céleste. > — • Je n'ai jamais rien entendu au séminaire, nous dit l'autre (2) » de plus pieux » de plus touchant et surtout de plus délicatement exprimé que les remerciements qu'il adressa dans cette conférence à ceux qui l'avaient dirigé dans la carrière ecclésiastique. Tous ceux qui l'entendirent » n'eurent qu'une voix là-dessus» t Nous avons été assez heureux pour retrouver cette pieuse allocution dans le petit nombre de pièces manuscrites qui avaient échappées è la modestie de M. de Simony » empressé de les détruire. On nous saura gré de la transcrire ici en entier» comme le digne complément de sa vie de séminaire.
0; M. ÏMhhé G«f9fUii. — (l) M. l'alibi Ctron.
fl Quel mystère que celui de ce jouri Uo prêtre éternel» uù sacrifice qui s'offre sans cesse, une Tictiine diWne : Qui pourra sonder de telltt profondeurs» et quel autre que celui qtii voit tout dans le sein du Père nous révélera le merveilleux sacerdoce de Jésus-Christ?
« Quelque chose cependant de plus incom* préhensible peut-être me confond encore» c*est que des hommes mortels et pécheurs aient succédé sur Id terre à ce même sacerdoce dont le Fils de Dieu exerce dans le ciel le ministère suprême » c'est que ce ne soit pas seulement en son nom qu'ils agissent dans ces fonctions divines» mais comme revêtus de sa personne» comme étant d'autres lui-même.
fl O Dieu I qui a pu rapprocher ainsi le néant et Tinfini» si ce n*est cette charité dont les opérations sont sans bornes , comme le principe d*où elles découlent?
fl Mais cessant de fixer cette lumière dont l'éclat éblouit mes faibles yeux» je me demande s'il a plu au Dieu très-bon et très- grand de faire une telle faveur à Tbomme » que doit donc devenir Thomme sous une telle dignité? H devient fils de Dieu^ Dieu comme J.-G. Ego dimi DU eêtiê et filii excetsi omnes. Il doit donc participer aux perfections de J.-G. Son dme doit être pure » innocente » plus élevée que les cieux , son cœur doit être saint comme Dieu même. Le
ToUè defeQo nn éiro lool oéioUe , lonl tembiable à celte vieliiM qoi M defoond to Ottlieo det merlela que pour les déleçher de k terre, lee di- ▼ioUer et lei eomoaiiDer par k chartié...
« Le prêtre est donc dans le monde el oe doit plot être du monde ; il e«l homme et il oe doit plot rien a? oir d'humain. Sembkbk ans anges , dont il remplit ici^a lea fonctions • et de hiea ploa aoguatea encore, il parati habiter la terre . agir et parler comme iea hommes ; mais, dans la Tenté , sa fie est dans les ciew et sa nonrritnre est ce pain dont se nourrissent les eaprita bienheoreoxsnr raotel, ob ib puisent la connaissance de Tétre difin et oh ils s'immolent par lenrs adorations et leurs louanges.
• Il n*a plus ici-bas ni bmille, ni amis, ni fortune ; tout intérêt lui est étranger si oe n*est celui de Dieu même. Il ne connatt de liens que ceux qui sont formés par la charité. Il ne sait calculer que le prix des âmes. En un mot»
comme il est prêtre pour la fie » sa fie n*est qu'on continuel sacrifice qu'il consomme chaque jour par son union à la f ictime que sa bouche consacre et que $e$ mains présentent à l'adora -^ ble Trinité.
i y cil A donc le prêtre. sainte Eglise !
qu'avez-fous donc fait quand fous m'afes ordonné de courber la tête sous la main du Pontife et de me présenter à l'onction qui m'a consacré ?
! TOUS liilltfîi uo Dieu el tous n'afei trouTé u*uD homme ; il vous fallait une intelligence >ute pénétrée des plus vives lumières de la ici t incapable de rien .voir qu*à Téclat de ce divin ambeau , et vous neuves trouvé qu'on esprit téébreux et inquiet» un esprit sujet à toutes les lusions. Il vous fallait un cœur qui t&ï tout barité, et vous n'avez trouvé dans le mien qu'un lisérable amour-propre» monstrueusement uni la plus bonteuse faiblesse.
« Mais moi-même» pourquoi ai-je consenti à Lre tiré des derniers rangs et à m'asseo^r au lilieu des pasteurs? Pourquoi n'ai-je pas fui ins retour des bonoeurs dont j'étais si peu igné? Hélas 1 j*ai vu l'Eglisq pauvre» désolée» ouée à l'opprobre. La multitude de ses enfants est retirée d'elle ; ils dédaignent ses faveurs et ougissent de porter ses livrées. O mère tenre » qui m'aves reçu h ma naissance , élevé et ourri dans votre sein^» si je ne puis pas vous onorer par l'éclat de la science et des talents, ^conquérir votre héritage par mes travaux.»
ous édifier par d'éminentes vertus^; je confesseai au moins votre nom devant les hommes» je aootrerai que vous êtes roujours digne d'être ervie. Si je n'ai ni les lumières d'un docteur, li la voix et le courage d'un apôtre, j'ai itt moins le cœur d'un fils» et mon dévoae* nent et ma sonniission pour l'épouse de J.*G»
crollfoût aT6c te» uuilhesrt el «et op|Mr<AraA, c Gricat étaniellei voua toirat dmiç rwdaet* & iaiifeiir Jétot» qui» au «orlir de Teofimcob ni*aves recueilli el m'aToi lié dei lient de veire eharilét Vea yeux paleroela iii*obI teujeura siutî lorsque , forcé par la lounneoie de fuir loin de Toire Mnctoaire » fai perdo de too TéCoile qoi m'aTail guidé jusque «U; quand )*ai chancelé^ votre maio m'a toulenu ; el enfio, par des Goopt frappés à mes cAtés, el qui ool releoU Ueu aTaot dans mon cœur, tous m'aToa viveaMnl rappelé que )e vous arait pris pour mon unique partage.
s Mais, à mon Dieu, esl-ce loul ? Oh 1 non , ri malheur h moi , si je pouraia oublier ce dernier bienfait I J'ai retrouvé ces pères » ces mallrei , ces modèles si parfaits que vous m'aviei d'abord donnés pour guider mes premiers pas dans voire sanctuaire. Je les ai retrouvés avec ces verlos éminentes , celte science profonde qui avaient lou jours commandé mes respects et surtoul avec ces manières pleines de bonté , cette toaduMile simplicité qui avaient gagué mon eosur. Ils ont achevé en moi Tœuvre que leur charité avait commencé. Hélas I j'ai peu recneilli des trésors de vertus ei de doctrine qu'île m'ont ooverls , mais mon cœur ne me reproche pas d'avoir été înaensible è leurs bienfaits, et tonte ma vie ft bénirai Dieu qni fla*a dmsné do tels gnMos el qni
OUMTMI BVI. 1^7
n'a frit U grâce d'en coon^tlre el d'en lenltr. UMiilepris.
« Maii mon propre bonbeor oe me readque pies ieoaible à la dooleor de ceux de mes trknê qoit à rentrée de la carrière » se ? oieot nenacéa de perdre ceax qui les y guidaieot et les fri- •aieot marcher d'uo pat si ferme et si atsoré dans la science et dans les Terlus.
c O Seignenr 1 laisserei-Tous donc éteindre ces inmières qui brillaient au loin dans TBgKse de France et qui, dana ces temps désastrenz, dirigeaient sûrement aq milieu des tempêtes cens de voe ministres qui travaillent à sauver les restes d' Israël ? Les ténèbres Tont-elles encere une fois courrir la terre» et le monde sera-t*il lif ré sans secours à Terreur et à l'impiété ?
« Dieu puissant » ajei pitié de nous » jetei un regard sur votre Bglise : Muerm^ nmtH Dmu omnium es rêtpiee tiat . Faites luire sur nous nn rsyon de tos miséricordes : Bi ^imuU nMê <mcêm miê^rmitûnum utmrum. Abrégea ces teasps de misères et de tribulations : Faafsfui êêmpm H m emm U o finie, ou si votre fustice a des droits qu'elle no puisse céder, que le fer et le feu dé<- ▼orent et nos biens et nos corps » mais que votre bonté paternelle sauve nos imes. Im irm fimmmm daugrsi u r qui êOUmtmr. kjeu pitié de ces pon» pies marqués au nom de Tadorable Trinité : JfifUU tum êupêt qmam mvaMftrm sue
248 TIB DB MO?lfBiailBllB 9% SIHORT.
men tuutn. RauembleB lei brebis dîtpertéet de ▼otre héritage el ressuscitez la foi dans les cœurs : Ethaamditabiê€0$êicuiab inîlfa.Enfio» Seigueur, remplisses votre Eglise des merveilleuB effets de votre puissance et que votre peuple voie, noa dans votre justice, mais dans vos miséricordes, éclater la gloire de votre nom : ReplcSum inenarrabilibuê verbis tuis et glaria tua populum tuufn. Ainsi soit-il. »
Cette conférence est toute entière Tœuvre du cœur de M. de Simony, et en reproduit les sentiments lés plus purs; celte humilité qui voudrait disparaître tout entière devant la redoutable majesté du sacerdoce , ce regard jeté sur le passé , le souvenir de cette savante et pieuse société où sa jeunesse avait été formée auB vertus sacerdotales par des maîtres qui en étaient les plus parfaits modèles, sa rentrée dans le port après tant d'agitations et d*orages , ce témoignage public de sa reconnaissance, si louchant et si vrai , la crainte qu*il éprouve de voir bientôt s'éteindre ces vives lumières qui avaient guidé set pas dans le sanctuaire, cette invocation pleine de foi à l'approche des tempêtes, qui menaçaient encore l'Eglise , tout respire quelque chose d'élevé , de religieux , de tendre , qui pé* nètre l'âme des plus douB sentiments de la piété et de la reconnaissance.