CHAPITRE XXV
CHABITÊ DE MORSBIGRXUE DE BIMOllT POUE LKI PAUTEE8. — CAEACTfeEBS DE CETTE CHABITt. — ABORDAKGB, iTEHDVE DE SES AVh6hes. — SA DÉLICATE G&!fÈEOSITi FOOE LES HISfeBJBS SE- CBkTES. «-^ I!fSTITUTIO!f DES S0UEDS«HtBT8 Dl SAlHT-lliDAED. — - VOIISEIGEEUE S*EH DÊCLABE LE PBOTBGTEUB ET LE PkBE.
\}f( peut dire qae la bonté » la charité , qd tendre amour pour tout ce qui était paurre et souffrant » étaient comme le fonds , la substance du cœur de Mgr de Simony» et qQ*il doit à cette bonté , à cette charité » sa physionomie propre et celte touchante rénération dont sa mémoire reste enTJronnée après sa mort. En effet , Q*est sur les pauvres que sa bonté aimait surtout à s'épancher en sentiments aflectaeox et en œoTres de charité. Et ici, que de secrets honorables nous aurions k révéler, si nons avions pu percer
QHAFITU UT. Sgf
le Totle dont cet humMe pontife aimait à cacher ses bienfaiU » et arracher è sa discrétion les proa?e8 qni attestaient sa sainte prodigalité! Mgr de Simony noas a caché» comme il se cachait à lui-même » la connaissance de ses innombrables aumônes. Tandis que nos utopistes mo^ dernes enfantaient chaque jour, à grand bruit » pour le soulagement des classes indigentes, des systèmes , des théories qui n'ont guère produit qu'un accroissement de misères , ce charitable pontife comprenait mieux les besoins des pau-» ?res , et , sans demander è la presse d'enregistrer son nom et ses actes» il se contentait de répandre silencieusement ses aumônes dans leur sein»
augmentait tous les jours leur patrimoine» et inventait de nou?eaux secours pour de nouvelles misères. Cependant Dieu a permis , pour la gloire de son serviteur, qu'une partie de êe$ aumônes nous Kki révélée. Les indigents eux-mêmes» qui ne pouvaient rien pour leur bienfeiteur pendant sa vie , ont fait éclater leur reconnaissance è sa mort , en s'écriant » les yeux baignés de larmes i € C'est notre père à tous que nous venons de perdre. •
En effet » Mgr de Simony était touché comme un bon père de la misère de $e9 enfants* Combien de fois son cœur s'est ému jusqu'aux larmes» lorsqu'il apprenait quelque grande infortune » q4ieiqe«t «elhpurs publics ou privés I Set traits al*
598 TIE DE MOnSBIOHVa M SIKORT.
léréf»8oo TUage aballu» tAaatgnaieiii un homme qui aent prefondéroent loua lea aaus qo'oo loi raconte. 11 éprou?ail alors toalea lea inquiéludea, touiea lea dooleura , loaiea lea aAxiétéa de cetle charité chrétieBiie qui iak eimer leodreineDl let pavTrea et compatir aiocèremeot è leur misère , avahl de porter è lea secourir. Mais là ne se bernait pas sa tendre charité pour eur. Il ne connaiaaait d*aatre bonheur que celui de leur être utile» d'autre ambition qoe celle de partager afec eux aes' richesses. Nous savons que ses au« m6iies tbsoriiaienl chaque année la plus grande partie de ses revenus qui étaient considérablei»* c Je suis heureux, dit-il un jour, quand à la fin de Tannée je puis joindre les deux bouts ensemble. » C'est qu'en effet il ne pouvait rien refuser de ce qu'on lui demandait pour les membres souffrants de ],*G. Sa charité ne reculait devuit aucun sacrifice, il donnait selon ses (brces et au-delà de ses forces» jusque-là , que Mgr Le« tOQrneur, qui fut plusieurs années vicaire général de Soissons et témoin de' quelques-unes de ses aumftnes» disait souvent: t En vérité» je ne sais pas où notre digne évêque peut trouver tout ce qu'il doUne. »
Mgr de Simony trouvait ces immenses ressources dans la simplicité de son genre de vie, dans l'ordre sévère qu'il mettait dans ses dépenaes, et dans les secours dont quelques peraonnes ri*
CHAPITltB XX?. S99
ciwdie faÎMiîaiit quelquefois dépcysiuîre. On peut dire» du reste* qu'il se Aiisait paufre k U leUre^ pour avoir plus à donner , et que bien souvent il ae refusa les choses les plus nécessaires pour venir au secours de quelque misère qu'on l«i signalait* On avait acheté un jour une pièce de toile pour lui faire des chemises dont il avait grand besoin ; kl personne chargée de son linge avait déclaré qu'on ne pouvait pas raccommoder les siennes davantAge% Des dames de charité vinrent sur ces entrefaites, pour l'intéreseer en faveur de pauvres enfants réduits è n'avoir ni linge ni vêtements. Mgr de Simony tes pria aussitôt d'accepter cette pièce de toile , et sur robservation que lui fit son valet de chambre qu'elle avait une destination pressante , il répondit en souriant : c Je puis encore attendre quelque temps, i
Sa charité , sa générosité étaient si connues » que tous ceux qui éprouvaient quelques malheurs n'hésitaient aucunement è s'adresser à lui » et je ne sache pas, nous dit un ecclésiastique qui a vécu vingt-trois ans dans son intimité, que jamais Mgr de Stmooy ait laissé une seule demande sans y faire droit autant qu'il le pouvait. Ses réponses étaient toujours accompagnées de quelques bienfaits, et on n'a point d'exemple que la multiplicité des charges qui pesaient sur lui , l'aient jamais rendu sourd à aucune prière. Quand il ne pou* vait a'asaureff lni«mâBiddes nécessités des pauvtesp
400 TIB D£ M0MSB16MVA D£ 8IH01IT.
sa maxime était qa*il faut plutdt s'exposer h deaner TaumAne au hasard d*être trompé» ^e d'examiner trop sévèrement les besoins qu'on noua fait connaître. Aussi ne refasait*il jamais un pauvre qui lui demandait Fanmône» quoiqu'il (Ùl, quand mémo il se serait présenté plusieurs fois de suite, f Un mendiant de profession ^ nous écrtt^oo do Diocèse» avait l'habitude de suivre Mgr de Simonj dans ses tournées de confirmation • à quelque! lieues à la ronde. Le voyant un jour se présenter à Monseigneur è l'entrée de mon presbytère » je voulais l'éloigner en lui disant : Monseigneur vous a donné hier deux. francs en ma présence, pourquoi venez-vous rimportuner encore aujourd'hui? Pendant que je parlais, le charitable pré- I lat tirait encore deux francs de sa poche et les donnait à ce mendiant, en me disant : c Puisqu'il . demande, c'est qu'il a encore besoin, t
Ces aumônes extraordinaires et les aumônei régulières qu'il chargeait chaque année les curés des deux paroisses de Soissons , de distribuer comme ils le jugeraient è propos , ne l'empêchaient pas de nourrir» de vêtir et de loger è ses frais , un grand nombre de pauvres qui n'avaient d'autres ressources que son inépuisable charité ; et qui se regardaient comme les pensionnaires réguliers de l'évêché. Un notaire de Soissons , fut un jour appelé par une pauvre femme à l'extrémité et qui désirait faire son testament. La
XXT. 4^\
misère du réduil où elle était couebée • le dé- RuemeDl eilier dan» lequel elle paraissait se troover» sarprirent le notaire qui lui demanda de quels bieoê elle Tonlail disposer par testament : t Je ?euK léguer» dit-elle» une petite croix d'argent. » Mais lui répond le notaire » il n'est pas nécessaire de faire un acte pour un objet de si ; petite Taleur; puis » dans un sentiment de charitable curiosité» il lui demanda quels étaient ses moyens d'esistenoe » et qui prenait soin d'elle. * « Est-ce que nous n'avons pas ici^ répondit cette femme » un père commun qui prend soin de nous .tous ?» Je sais » reprend le notaire » que Dieu .prcpd soin de nous et que la Providence veille eur nos besoins; mais quel est celui dont elle se sert pour tous faire du bien : t Mais c'est Mon-^ seigneur l'Évéque» reprit cette bonne femme surprise de n'avoir pas été comprise tout d'abord. '€rrâce à lui » depuis bien des années , je ne man-^ •que de rien. •
Quoique tous les pauvres , quels qu'ils fuHcnt »• eussent un droit égal è sa charité» oependant il {>ortait un intérêt tout particulier aux pauvres de sa résidence» et de la petite paroisse de Mercin où se trouve ia maison^ campagne qu'il avait* mcbeiée pour le séminaire. Il connaissait* cette petil»^ paroisse dans tous ses détails,* et aes pauvres avaient une part toute spéciale dans ses aumAoes. Ghaqpe année , è l'approche de l'hiver '
40S TIB BB KOirSBIOHBUR Bfi §I1I0!IT«
il a?ait soin de recommander au curé de celle paroisse , de distribuer en son nom da bois et du pain è tous ceux qui en ayaient besoin. Sa libéralité ne se bornait pas è ? enir au secours des indigents de cette paroisse; toutes les bonnes <mvres qu*on lui faisait connaître , trouvaient en lot un soutien » un appui et un encouragement puissant. Le curé rient lui dire un jour que le plafond de son église menace ruine » que le conseil de fabrique a décidé qu'il faut un plancher neuf sur toute la nef» mais que la fabrique n'a rien pour faire face è cette dépense , et qu'il y a des planches dans ses bois qui feraient bien l'afiaire. f Eh bien , c'est cela » répond le bon évêque , prenez ces planches si elles tous conviennent. • Et comme le curé se confondait en remercfments en son nom et en celui de sa paroisse : t Vous savez bien » mon enfant , reprit Mgr de Simony , que je suis toujours disposé à Caire tout ce qui peut vous être agréable. » Une autre fois» c'était quelques mois après la révolution de 184^ , le même ecclésiastique avait fait des dépenses extraordinaires pour l'embellissement de son église» et l'achat de différents objets qui montaient h une somme considérable , assuré qu'il était que Mgr de Simony en prendrait pour lui la plus forte part. Mais une traite étant tombée à l'improviste» il fallut avoir recours bien vite h la bourse du charitable prélatj et lui faire connaître la détresse
CHAFITU XXT. . 4o3
OÙ on 86 trouvait... • c Ah 1 répondit-il , c'est que dans ce temps-ci» chacun a ses embarras de finances, moi comme les autres. Voyons» combien ▼ous faut-il ? et tout en disant cela , il ouvre son secrétaire et donne la somme nécessaire» en a)outant avec son sourire ordinaire : surtout ne laissez plus tirer sur vous une autre fois. •
Dans les nécessités extraordinaires » lorsque le fléau d'une maladie contagieuse , d'une inondation» d'un incendie venait désoler quelque partie de son Diocèse» Mgr de Simony découvrait les malheureiix partout où ils se trouvaient, et répandait ses bienfaits avec une véritable profusion. On se rappelle encore les secourt do tout genre qu'il fit distribuer en iSSa , à l'époque du choiera » dans toutes les communes qu'il visitait en père» s' approchant du lit des malades » les encourageant » les consolant et répandant sur eux les bénédictions du ciel avec les bénédictions de la terre. Il n'y a peut-être pas eu un seul incendie , dans son Diocèse» pour lequel il n'ait envoyé pen<^ dant vingt-trois ans qu'il fut évéque» des sommea de cent ^ de deux cents » trois cents et quatre cents francs à la fois ; nous en avons les preuves, sous les yeux; il y eut un temps où ces incendies se multiplièrent d'une manière vraiment e6^ frayante» Mgr de Simony multiplia ses aumônet) à proportion, tout en s'aflligeant de la perver* site des hommes qui se livraient à ces excès de
ri«M
4q4 ^IB ^^ KOnSEIORfiVB BB SIMONT.
barbarie. « De loas o&lés des incendies , laen cher caré , écrit-il , en envoyant des aeooên^ cette occat ien , et matbeureosement aosti dei incendiaires; c'est comme une émulatioti de erimesl nous en savons la raison promit.
Quand eat-ce qu'elle fera impression sor ceei qui pourraient , par leurs exemples , leurs leçons on leurs actes » porter remède au mal ?.. »
Les pauvres les plus chers au cœur de ce généreux pontife, étaient ces personnes inCn- Innées^, dÂshnes de leur premier état, qui pr^ ftrent Pindigeoce à la bonté de se faire connaître, et sont résolues à tout souffrir plutôt que de do mander des secours. Mgr de Simon j sentait trop Tivement tout ce qu'il y a de pénible dans cet état , et , d'un autre côté , il aimait trop à couvrir d'une main ce qu'il donnait de l'autre , pour ne pas saisir cette occasion de faire le bien sans être connu lui-même. Il n'est pas possible d*étre plus délicat pour ménager la sensibilité de ces personnes , plus prodigue de ces égards touchants , plus précienx que les bienfaits euxmêmes , et en même temps plus libéral et plus généreux.. Bn voici un exemple touchant : — Un officier supérieur d'un des r^iments en garnison à âoissons était mort , laissant une veuve et deux enfants sans aucunes ressources. Les officiers allèrent trouver M. le Curé , pour demander un service en. troisième classe ^ en se fondant sur la
GHAFITBB XXT. 4^5
pauvreté de la famille du défunt. Mgr de SimoDy en fut informé; il ordonna que le service d'inhumation lût célébré en première classe » et en acquitta secrètement tous les frais. La veuve de cet officier s'étant présentée quelques jours après pour lui exprimer sa profonde reconnaissance » Mgr de Simony la reçut avec les plus grands égards, la consola par des paroles bienveillantes , et lorsqu'elle sortit» il lui demanda la permission d'offrir h ses deux petites filles , deux paquets de dragées. Rentrée chez elle » cette dame trouva au fond de ces deux paquets , plus de i »ooo fr. eç pièces d'or. Il est, du reste i un grand noD»bre d'autres personnes qui , pendant plusieurs années , ont vécu honorablement , soutenues par ses largesses secrètes , et à qui il donnait régulièrement des sommes très-fortes » en exigeant que ces abondantes aumônes fussent ensevelies avec les misères qu'elles secouraient. Il en est d'autres à qui Mgr de Simony donna , pendant longtemps, aS et 3o francs par mois; d'autres , dont il payait le loyer jusque dans des pays fort éloignés; d'autres enfin à qui il prêta quelquefois des sommes considérables , qui ne devaient jamais lui être rendues.
Enfin , outre le bien qu'il faisait aux pauvres , Mgr de Simony en faisait de toutes sortes et partout. Il suffisait de lui faire connaître quelqu'infortune pour qu'il s'empressÂt immédiatement de
4o6 VIE DE KOlllfiUllIEVa M SIMONT»
la secourir. Plusieurs fois» appreoui que à ecclésiastiques ou des persoones respectaUcij avaient succombé daus des eotreprîaea dont n'avaient pas calculé la portée » et qu'ils ne vaient plus fisiiro honneur à leur signature » il envoya jusqu*k mille et deux mille francs. En mot , son nom , comme celui de la charité • trouvait mêlé è toutes les œuvres de miséricorde, et il n'est pas une mesure de charité cbréiienoe»^ et d'humanité » qu'il n'ait jusqu'il sa naort^ea^j^ couragée et soutenue par ses souscriptiélis , pir ses aumftnes et par ses bienfaits. 1'
Mais ob l'ardente charité tle Mgr de Simoayt parut avec plus d'éclat , ainsi que son zèle pour tout ce qui pouvait contribuer à Tadoucissemeot , des souffrances qui travaillent notre humanité, ce fût dans l'institution des Sourds-Muets de St-Médard les Soissons » que nous pouvons appe-' 1er l'œuvre et la consolation de sa vieillesse; J
En 1840 un prêtre du diocèse» alors chargé de la paroisse de Villeneuve St-Germarn , M.
l'abbé Dupont , forma le dessein de rendre à la société quelques-uns de ces malheureux que la nature a privés du moyen de recevoir et de communiquer la pensée par la parole. Il les reçut gratuitement dans son modesta presbytère » sans se douter encore de la grande œuvre que la Prêt ldence voulait produire par ses mains » et sans se préoccuper des moyens propres à assurer
IcL suecèê iMlériel de sa géoéreuse entreprise. Sa ceofiance ne fui pas trompée. A peine Mgr de Simony coonul-il ses projets qu'il se hâta 1« Taider de sa bourse et de ses recommanda* imm$ auprès des fidèles. Il voulut ?oir lui-même ^iaslilut naissant et il éeri?it de sa main» sur le re- ;ialre des Ttsiteurs, œs paroles que la Providence ke ebargeak de réaliser : a C'est la charité qui a nspiré cette œuvre , le Seigneur bénira lés dons Qu'elle inspirera de faire pour la soutenir. §
En effet, quelques mois s'étaient è peine écou- >^s , que leur premier asile ne suffisait déjà plus Btu aoBobre toujours croissant des élèves malheu* reux p que le lèle du jeune instituteur enflammé par le succès , contraignait en quelque sorte d'y entrer. Il choisit alors pour le nouvel emplacement de l'institut, rancienAe abbaje de StiMédard, ou plutôt les débris dv* cet antique moisastère , croyant sans doute qo'pne œuvre toute de dévouement serait bien abritée k l'ombre de ^ea vien cloîtres où la sève vigoureuse du christianisme avait produit pendant de longs siècles tant da fruits de vertus et d'abnégations héroïques. Soutenu par les mille inventions d'un esprit fécond en ressources et par les dons généreux de la charité des fidèles encouragée par ceNe du preauer pasteur, l'abbé Dupont espérait avec raison que peu à peu, il acquitterait les frais d'une acquisition onéreuse et créerait des revenus
itato
4o8 VIE DE 1I01I8BIC1IBVB M 8IM0KY.
assurés pour T^ucalion gratuite d*iiii grand nombre d*élèTes» quand la ProTÎdence, impéaé* trahie dans se» desseins, vint le ravir è Tefficlioa de ceuxqu*il pouvait k juste titre appeler ses en* fants. Le coup était terrible et c'en était lait de rétablissement et des espérances qu*îl avait fidi naître , si Mgr de Simony n*eût été là pour lui servir de second père. Il alla visiter le bon prdtre mourant sur sa couche de douleur et quand ce* lui*ci« plein de résigoation et de coufiance» lui proposa de lui léguer la maison de St-Médard avec ses 8o»ooo fr. de dettes ; il n'hésita pas un instant è accepter ce fardeau qui eût effra jé une âme moins disposée que la sienne à tous les sacrifices.
Nous ne pouvons mieux faire que de mettre sous les yeux du lecteur les passages principaux de la lettre circulaire qu'il adressa aussitôt è tout le Diocèse (lo mai i843) » et qui feront connaître à la fois , l'état oii se trouvait alors la maison et les sentiments dont son cœur était rempli pour elle*
Après avoir rapporté en quelques mots le commencement de Pœuvre» le zèle et l'esprit inventif de M. l'abbé Dupont i et la longue maladie k laquelle il venait de succomber , Mgr de Simonjr ajoute : c Aussitôt que le projet de cet établissement eût été conçu , il fut accueilli par un intérêt universel, et dqs ofirandea multipUées mirent
CHAPITBB XZT. 409
le fondateur eo état de le monter sur un pied déjà satisfaisant et propre à justifier la confiance publique. Non-seulement l'instruction s'y donne avec succès et rend à ces infortunés la portion la plus précieuse de leur être» en rendant à leur intelligence l'usage de toutes ses facultés ; mais la charitable prévoyance du fondateur, s'étendant à tous leurs besoins, a su organiser des ateliers de divers arts mécaniques , où chacun d'eux apprenant un métier conforme à la capacité et à ses goûts, se prépare pour l'avenir des moyens honorables d'existence , tout en contribuant aussi pour sa part à accroître insensiblement les ressources de l'établissement (i).
c En môme temps que les espérances croissaient dans l'esprit du fondateur , sa charité s'exaltait. Il s'était procuré Pétai exact des sourds*muets existant dans le département (a) ; il eût voulu pouvoir les recueillir tous , et sans trop calculer l'étendue des ressources , son cœur et ses bras s'ouvraient pour recevoir tous ceux qui lui étaient offerts, et presque tous à titre absolument gratuit...
ff Dès qu'il put entrevoir que le Seigneur sem-
(ij Déjà sont en pleine actîTité lei ateiien de mennifien, tourneurt, tÎMeari , icieari de long, tailleon, oordooniert, el on doit organiier prochainement une forge et une boulangerie.
(2) Ils sont au nombre de trois cents.
ÉllIliM
4 10 VIE DB MORS£XGIIIVR SE SIMOKT.
blail vouloir le préparer au Mcrifioe de sa rie , une paUikle résigDalîon à la volonté divine s'est alliée aussitôt dans son âme» au vœuijue Toeavre de son cœur (malgré les embarras et les charges dont elle était grevée) , ne périt pas avec lui ; et ce vœu , il l'a déposé de nouveau à son lit de morl dans notre sein paternel.
• Pouvions-nous ne pas le recueillir, ce vœu , N. T.-€. F. ? Oui » nous avons dû le faire avec d'autant plus de confiance « que cette œuvro n'est pas seulement l'œuvre de M* l'abbé Dupont, mais bien celle du Diocèse tout entier qui Ta en quelque sorte adoptée* Malgré la pesanteur du fardeau , nous en avons accepté la charge , persuadé que , comprenant comme nous que nous ne pouvons le porter seul , vous vous empresseriez de nous offrir le concours et l'assistance de votre inépuisable charité...
tt Vous la soutiendrez donc , vous la fonderez cette œuvre de bénédiction , nous n'en pouvons douter; aussi , avons-nous sur-le*champ pourvu au maintien de l'établissement, et en avons-nous aussitôt assuré la direction et l'aduMnistration. »
La circulaire se termine par une nouvelle exhortation odressée à la sympathie généreuse des fidèles pour cette œuvre dont Mgr devait être lui-même le soutien principal , quoiqu'il semblât vouloir attribuer aux fidèles tout l'honneur de ce bienfait. On sut plus tard qu'il j avait du
CHàPITRE XXT. 4ll
moins contribué personnellement pour une somme de plus de 3o,ooo francs*
Le Diocèse se montra digne de son premier pasteur ; encouragé par ses paroles et par l'exemple d'une générosité que la modestie do prélat ne parvenait point à cacher complètement , il continua d'apporter à l'œuvre de St>Médard le concours d'une charité qui justifiait sa réputation, en même temps que les éloges et la confiance de son bien-aimé pontife.
Aussi » grâce aux dons offerts de toutes parts, aux loteries annuelles et aux autres ressources que sut ménager habilement le nouveau directeur* l'établissement s'affermit-il chaque jour , et dès Tannée 1846, Mgr put annoncer dans une nouvelle circulaire que de 80,000 francs qu'il était en 1843, le passif était réduit 5 3o,ooo francs, tandis que le personnel des élèves s'était élevé au chiffre de soixante-huit.
Nous voudrions pouvoir citer toute entière celle seconde lettre où Mgr , qui venait d'admettre lui-même pour la première fois au banquet sa cré, vingt-six de ces jeunes élèves , exprime d'une manière si touchante la joie qu'il a ressentie en voyant leur attitude recueillie, la foi simple et naïve , et le bonheur empreints sur tous leara traits. La distance qui les séparait de Dieu était franchie , leur isolement et leur grossièreté remplacés par les douces communications de la fa-
4iS TIB DE MOXSBIGlfBlia DB SIMOfIT.
mille et de l'amitié , leur caractère égoîsie et •aavage, par une doaceur compiaisaDte et une aimable gatté* Ce résultat lui paraissait si admirable , qu'il ae pouvait s'empêcher de le fiiire connaître à tout son Diocèse , comme une reconnaissance des anciens sacrifices que les fidèles s'étaient imposés , et un encouragement pour ceux qu'il leur restait à faire , afin d'assurer entièrement l'avenir de l'œuvre.
Jusqu'à la fin de son épiscopat» où il eut la consolation de voir l'institution de St-Médard entièrement libérée, ou plutôt jusqu'à la fin de $a vie, Mgr ne cessa de montrer toujours le même dévouement et la même tendresse pour ces pauvres enfants adoptés par son cœur. Il prenait part h tout ce qui les concernait ; il entrait avec le directeur dans mille petits détails qui ne pouvaient it é resser que le cœur d'un père , il s'entretenait quelquefois avec eux au tableau , malgré sa réserve qui était si grande; il acceptait avec efitision de cœur les petits présents que leur industrie, excitée par la reconnaissance, lui offrait quelquefois; il leur en donnait lui-même à son tour, aimait surtout à présider les distributions solennelles de prix , qu'il ouvrait ordinairement par quelques-unes de ces paroles pleines d'onction et de bonté qui ont toujours été si bien accueillies et si fécondes pour la prospérité de St-Médard. Pour tout dire en un mot« il se montra dans
toutes les circonstances tel que si l'honneur de l'initiative appartient à M. l'abbé Dupont* nous pouvons à bon droit réclamer pour lui la gloire d'avoir sauvé à son berceau et assuré définitivement l'avenir d'une œuvre que tant d'autres Diocèses envient à celui de Soissons; En acceptant cette lourde succession , en se déclarant lo protecteur et le père d'un établissement destiné à rendre â la société de pauvres enfants déshérités de tous biens , Mgr de Simony s'est acquis des droits éternels k la reconnaissance des peuples.
4l4 ^IB 1>B MOUSEIGNBVR BK SIMORT.
CHAPITRB XXVI.
TSaWS BT GAEAGTkRBDE MONSBIGNEUR DB 8IM0NY.
— SON B8PBIT DB RELIGION, DB PlàTi. 9A
DlGNITà DANS LB8 SAINTS OFFICES. -« SON ESPRIT DB PRlkBB. -» GONSTANTB ÉGALITÉ D]i SON AMB;
SA dovgbur; SON HDmuTi. — SA modération;
SA TIB RàGLÂB. — SA GONTBRSATION. SON