‹ Vie de Mgr de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 59 sur 67 · POUR LA PAUVRETÉ BT POUR LA MORTIFICATION · texte numérisé non relu

POUR LA PAUVRETÉ BT POUR LA MORTIFICATION

On ne considère ordinarrement la sainteté que par ce qu'elle a d'extérieur et de frappant , et on a peine à concevoir qu'un homme soit saint, à moins qu'il n'étonne ^imagination , ou par de grandes aastérilés , ou par des actions extraordinaires. La vie de Mgr de Simony nous donne une idée plus juste de la vraie sainteté , de cette sainteté qui consiste dans la pratique toujours égale, de toutes les vertus chrétiennes et sacerdoîales jointes à la modestie, à la simplicité ei à

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rhumilité de ces mêmes vertus. A ce point de fue, nous pouvons bien dire que Mgr de Simony a retracé dans sa conduite toutes les vertus de ces grands évoques de l'antiquité, que l'Eglise propose à notre vénération. Cette vénération, Mgr de Simony se l'est acquise au plus haut degré par ces vertus de foi , de religion, de piété, de modestie , de dignité, d'affabilité , de charité, d'humilité , de patience , de désintéressement , de régularité répandues dans toute sa personne, et sans lesquelles il était comme impossible de le concevoir.

Où trouver , en effet , une foi plus vive , une religion plus profonde, une piété plus tendre et aussi une dignité^ une majesté plus grande dans la célébration des saints offices? Nous ne faisons que rappeler ici bien faiblement les impressions qu'il produisait partout où il paraissait, en disant qu'on ne pouvait le voir ou à l'nutel, célébrant les saints mystères , ou présidant les offices de sa cathédrale, ou remplissant quelqu'aulre fonction de son ordre, sans être saisi d'un saint recueillement , sans qu'on fût involontairement porté à la piété et à la prière. Mais c'était surtout au^ milieu des grandes solennités , alors qu'il officiait pontificalement, environné d'un nombreux cortège de ministres sacrés qu'on voyait reluire avec plus d'éclat , cette angélique modestie, cette ma^ jesté toute épiscopale, cet air de foi et de sainteté

4l6 VIE DE MOKSBrcNBUll tB SIllONT.

qui ajoutaient à la religion de ceux qui en étaieol lei témoins. Tons les prélats qui ont honoré l'église de Soissons de leur présence , et tous les autres pieux visiteurs, lui ont rendu ce témoignage que le service divin y était célébré avec une dignité que beaucoup d'autres églises non moins illustres pourraient lui envier. Cette gloire, Tégltse de Soissons la doit à la beauté simple de son antique liturgie, à la pieuse magnificeDce de Mgr de Simony pour sa cathédrale (i) , et ) la religieuse exactitude avec laquelle chacuo s'acquitte des cérémonies qui lui sont prescrites. Mais la pompe de nos solennités semblaient emprunter une nouvelle expression de la présence de ce saint pontife qui , sans jamais manquer à une seule des cérémonies, paraissait être tout en Dieu , et comme abtmé dans une profonde con-

(1) Il ne se passait presque pas une année sans que Mgr de Simoojr fit don à son église cathédrale , ou d'un ornenaent, ou (Tune forte soroaie destinée à Tembe llissement et à la décoration du lieu Mint. G*est k lui que Ton doit, en particulier, les six chandeliers du maître autel, le grand et magniâque chan-

prés de 4,000 francs , la chapelle dite du Collège, pour Tacquisition de laquelle il a donné 4.600 francs, etc., etc. Afin que les enfants de la Maîtrise de la cathédrale puuent contribuer, en plus |rand nombre, à relever les cérémonies et les chants sacrés, il donnait tous les ans prés de 3,000 francs pour le traitement des professeurs, et pour les autres dépenses de cet établissement. Enfin, pendant tout son épiscopat , Mgr de Simonj a défrayé et indemnisé les prédicateurs de l« nation do âréme.

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sidératioQ des mystères qu'il célébrait. La ferveur de son âme s'imprimait dans tous ses traits . et on eût dit » à voir soo visage » que l'Esprit-Saint venait former en lui ces touchantes prières qu'il prononçait avec tant d'effusion de cœur. Aussi il n'était pas jusqu'à ces hommes qui mettent rarement le pied dans les églises qui n'aient avoué que la vue seule de Mgr de Simony , revêtu de ses habits pontificaux* semblait exhaler un parfum de religion , une odeur de piété qui leur rappelait que le lieu où ils se trouvaient» était la maison de la prière. Cependant, alors même , il n'y avait dans ses traits, dans son maintien, dans sa démarche rien d'exagéré ou de trop composé, tant cet air de majesté lui était naturel. Toujours maître de ses premiers mouvements , il ne brusquait , ne pressait, ne reprenait jamais personne au milieu des offices, bien que quelquefois, ceux qui l'entouraient, vinssent déranger ou contrarier l'ordre des cérémonies , par inattention ou par gaucherie. Si on le faisait attendre, si l'on ne comprenait pas un ordre donné , il ne marquait aucun signe d'impatience. Rien n'était plus facile que de remplir quelque fonction autour lui , il savait doucement rappeler un oubli , il avait la bonté de faire un signe inaperçu , ou laissait le temps de reconnaître et de réparer une faute commise.

Cet esprit de foi , de religion et de piété le suu

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4 18 VIE DE MONSEIGKEUft DE SIMONY.

Tait partout et toujours. Au milieu des occupations les plus accablantes de l'épiscopat , Mgr de Simony était toujours C homme de Dieu, l'homme de la prière* Il était facile de voir, & la constante sérénité de son visage , au recueillement dont il était sans cesse environné, qu'il se tenait toujours en présence de Dieu pour lui demander d'agir en tout dans son esprit et par ses lumières. Les heures particulières qu'il donnait è la prière dans la journée, ne suffisaient point à sa piété, elij chaque jour, après les occupations nombreuse» L de sa charge, quand toute sa maison était retirée,!^ alors que tant de chrétiens ne prolongent leurs L veilles que pour se livrer à des joies insensées ou à de coupables plaisirs, cet ange de paix , dont la vie fut une prière continuelle , passait tous les jours, hiver comme été, un temps considérable dans sa chapelle, traitant seul à seul avec Dieu» dans le silence de la nuit , de ses projets , de ses i travaux , et des intérêts de son nombreux troupeau. C'est de cette union continuelle avec Dieu par la prière , que lui venaient ces idées de foi qui faisaient le principe et la règle invariable de ses jugements , de sa conduite et des actes de son administration. De là encore ce goût intérieur des choses de Dieu , cette onction , qui se communiquaient à tous ceux qui conversaient avec lui , cet extérieur si parfaitement réglé sur celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ iMi^mêmCt sur

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les saints canons de l'Eglise , sur les principes de ihodestie donnés par les sainls et par les maîtres tte la vie spirituelle.

' C'est encore à celle source inépuisable de la |»rière que Mgr de Simony puisait cette conslante égalité d'âûoe qui ne se démentit pas une Seule fois dans le cours d'une si longue vie. Jamais on ne lui vit l'air triste, maussade, entiuyé; à peine si l'on pouvait parfois apercevoir d ans ses traits , de la fatigue^ de l'épuisement, feprès un long travail, une longue cérémonie, Ife n long jeûne. Il eut souvent des peines Irèsrives; jamais il n'en parlait, jamais aucunes l^lainles , aucunes paroles de mécontentement Contre ceux qui en élaienl cause. Il s'était comme iwnposé de renfermer *au dedans de lui-mémo t.outes les émotions de son âme, qui fut quelquelois si cruellement déchirée. Toujours calme , toujours serein, il avait toujours la même douceur dans le regard , toujours le même sourire %ur les lèvres ; ce sourire de bonté lui était habituel; rarement on le voyait rire, mais il souciait souvent, non pas de ce sourire fade et de pure cérémonie qu'affectent certaines personnes du monde, mais de ce sourire naturel et vrai qui révèle un bon cœur, et le désir de faire du bien. Aussi ce sourire avait-il une grâco , un charme inexprimables , surtout quand on l'abordait ou que Ton prenait congé de lui.

490 TIE DK HOIHBIGHBVB DB IIHOHT.

Ces manières afTectaeases étaient, en eflci ches Mgr de Simony, l'expression oBlnrelle i' la bonté et de la donceur de son Ame. Il pouvii bien dire , & l'exemple de son Divin Maftre : t Ap prenez do moi que je suis doux et humble ii cœur. ■ Il pouvait le dire sans value compisi sance , par le sentiment seul de l'élroite obljgi tîon oii il était de donner l'exemple b ton; Jamais on ne vit en lui rien d'aigre , d'amer, i rude, de piquant. Cette douceur, il ia portail dans ses paroles, dans le ton de sa voix , dan son regard, dans tous les traits de ëoh visage dans ses gestes , dans tout son maintien. Jaui par exemple , on ne l'a vu regarder quelqi d'un œil sévère, adresser un reproche d'un toa dur ou ironique, faire un geste d'empire ou d' torité , ou qui sentit le moins du monde la mau TBÎse humeur.

Son humilité n'était pas moins profonde, h mais il ne parlait de lui , ni de sa famille , ni il ce qu'il avait été , ni de ce qu'il avait fait ou d ce qu'il ferait, et ceux mêmes qui ont été hono rés le plus longtemps du sa confiance et de so ïnlimilé , n'ont jamais pu surprendre, dans se conversations , lo moindre trait qui lui fût avaa lageux. Combien de fois , au contraire . les cou vril-il de confusion , en leur disant qu'il n'étii bon k rien ; qu'il était, par ses péchés, ud ob ■la de au bien; qu'il était un grand pécheur, e

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qu*on 86 persuadât bien qu'il Tétait véritablemenl comme il le disait. Il ne parlait de lui que pour se recommander aux prières des autres , et témoigner la défiance qu'il avait de ses propres mériles devant Dieu ; car un des caractères les plus sensibles et les plus ordinaires de son humilité, c'était la défiance de lui-même, surtout de ses talents et de ses lumières, défiance qui même allait quelquefois trop loin peut-être.

• Que de bien il y avait à faire , disait-il quelquefois , que la faiblesse de mes moyens et peutêtre mon peu de courage m'ont empêché d'entreprendre ! Que d'imperfections encore dans le bien que j'ai fait ! • Cette humilité eût-elle été aussi constante , si elle ne (tkl venue du cœur et des bas sentiment9--'qu'il avait de lui-même? Il: eu coûte trop de se contraindre, de se contrefaire sans cesse; on finit par s'oublier, on laisse échapper quelque chose qui trahit. D'ailleurs , la vérité a des caractères inimitables, et a t on jamais pensé à mettre en doute la sincérité de l'humilité, de la vertu de Mgr de Simony ? Cest par ce même sentiment d'humilité et de défiance qu'il s'entoura toujours de tous les conseils, de toutes les lumières , et qu'il choisit pour ses conseillers habituels, les hommes les plus distingués par leur science et par leur vertu. Le discernement admirable de ce sage prélat le servit à souhait, il suffit de nommer ici MM. de Beauregard,

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4lY ?1E DI MOnSIIGJIEVI VB illOHT*

Forinanlin , de la Loge , de Bullj» doai les nomf | âODt encore cbers aux piètre^^et aux comuiu- | nautés religieuses du Diocèse; Mgr Letourneur, 1 morl depuis éfèque de Verdun; Mgr de Blargue* rye, éréque de Saîot-Flour; Mgr de Garaignies; enfin M. Ruellan » doyen du Chapilre » et M. Le« queus, supérieur du grand séminaire, qui coa* iinuent de prêter à la nou?elle administralîoB^ le concours d'une science éniinente et d'une prudence consomuiée.

A Texemple du grand Apôtre, Mgr de Simoof portait cette humilité jusqu'à se glorifier de sef infirmités et de ses humiliations. Il en donna sa )oury au grand séminaire , une preuve bien touchante (4 nor. 1846, fêle de saint Charles). On avait commencé la lecture spirituelle, c'était le chapitre de M. Olier sur l'humilité, dans son Introduction aux vertus chrétienoei. Mgr de Simony devait arriver vers la fin et adresser quelques mots, avant le salut solennel auquel il devait présider. Il arrive» il commence psr nous féliciter de la reprise de nos travaux scolaires. Il nous compare au cultivateur qui travaille et laboure dans l'espérance de la moisson. Pour nous, quelle moisson excellente!... Il nous parle de la dignité de notre vocation , qu*il appelle toute divine.... Là , sa mémoire hésite. Après quelque moment de silence , il reprend la suite de son discours; mais il ne peut faire en-

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tendre <|U6 la veHu de renoncement à tout. U béfUe de nouveau, et» se croyant incapable de continuer, il a la simplicité, de nous dire qu'il regrette de ne pouvoir nous exprimer les pensées qui avaient occupé son esprit en pensant à nous; mais que son cœur nous parle assez , que nous savons très-bien qu'il nous porte tous en son cœur... M. le supérieur prit occasion de là pour lui témoigner toute notre reconnaissance pour ses paternelles bontés... Monseigneur alors , parlant de l'abondance du cœur , insista de nouveau sur l'affection qu'il nous portait et revint encore au regret de- ne pouvoir nous exprimer ses pensées... M. le supérieur reprit que Texem* pie qu'il nous donnait présentement de simplicité et d'humilité, nous parlait plus haut que tout ce qu'il aurait pu nous dire... Mgr de Simony termina en se recommandant à nos prières , en nous remettant aux leçons de Jésus , lequel serait à son défaut , notre docteur et notre maître ; il nous dit de demander pour lui le courage et la force pour supporter les humiliations que Dieu lui réservait, et la grâce d'une vie meilleure. Il est certain que cette scène si touchante de simplicité et d'humilité • dans un évéque si vénérable par tant de vertus , fut pour nous un discours mille fois plus éloquent que tous les sermons possibles. Il avait en ce moment un visage si calme , si riant , si heureux , qu'on pou-

4&4 ^IB DE MORWIGRBVB DE 8IM0IIT.

vait comprendre aisément , à le voir , le bonheur que donnent aux saints la connaissance de leurs infirmités et Thumiliation' qui leur en rerient de la part des hommes.

A cet esprit de douceur et d^hu milité , Mgr de Simony joignait un grand fonds de modération , et une horreur extrême pour tout ce qui avait l'apparence de la dispute. Aussi, ne le ?it-on jamais disputer ou contester. Il exprimait son sentiment et s'en tenait I&. Il peu?ait bien dire avec saint Paul : • Si quelqu'un aime à contester 9 pour nous» ce n'est point là notre coutume, ni celle de l'Eglise de Dieu. » {Corinth.^ cap. xi.) Dans les discussions » il parlait peu , et toujours avec modération; il n'élevait point la voix , ni pour imposer silence , ni pour intimer un ordre , ni pour inculquer plus fortement son opinion , ni pour dominer dans une conversation, il disait simplement ce qu'il pensait , ce qu'il désirait , ce qu'il fallait faire. Sa manière de prêcher même, ou de parler en public était également simple , douce , son ton de voix très-modeste , un peu timide , même. On eût été fort surpris , et en quelque sorte scandalisé de l'entendre prendre un ton élevé ou rire aux éclats , tant cela était et paraissait loin de son caractère. Mgr de Simony usait de cet esprit de modération envers toutes les personnes avec lesquelles il avait à traiter. On a pu quelquefois dire qu'il

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prenait trop de précaotioni » Irop de ménagements pour éFiler de» ruptures , des froÎMe^ ment% à l'égard de certaines familles influentes ou de quelques prêtres coupables » mais jamais on n*a pu lui reprocher trop de précipitation » de sévérité » de rigueur; il préférait a?ec N.-S., être appelé l*ami des publicains et des pécheurs. N'accusait-on paa aussi saint François de Sales » d'être trop bon envers ceux qui avaientdegrandes fautes k se reprocher?

Nous avons vu que Mgr de Simony avait con* tracté depuis longtemps Thabitude d'une vie réglée. Dès les premiers jours de son épiscopat, il se fit un genre de vie saintement uniforme « dont il ne s'écarta que quand il y était forcé par des circonstances tout h fait extraordinaires. Nous ne craindrons pas de faire conntafre en dé* tail l'ordre de ses journées» et le détail de ses actions. Mgr de Simony » par ses vertus » et par le privilège dont jouit la sainteté d'ennoblir » de relever tout ce qu'elle toucheji était dans ce rapg exceptionnel où les moindres circonstances sont du plus haut intérêt.

Mgr de Simony se levait toujours de grand matin » hiver comme ^é » bien que le soir il ne sortit de sa chapelle qu'à onie heures » et qu'il ne se couchfit guère avant onie heures et demie. ^ Il s'habillait seul» excepté dans les derniers temps de sa vie , où ses infirmités exigeaient qu'il reçût

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les soins de son domestique. II faisait ensuite son oraison » et nous savons de source certaine qu'il n'y a jamais manqué une seule fois dans tout le cours de son épiscopat » non plus qu'à MB autres exercices de piété » qu'il accomplissait afec la régularité , avec la ferveur d'un pieux solitaire. H consacrait à la lect^ire des livres saints le temps qui s'écoulait depuis son oraisoo jusqu'à la sainte messe , qu'il disait régulièremeni h huit heures » dans sa chapelle , sans que jamais il s'en soit dispensé pour cause d'affaires ou de voyages , si ce n'esl quatre ou cinq fois qu'il fiH empêché- par des indispositions sérieuses. Après son action de grâces» il récitait les petites heures ; puis il rentrait chez lui et s'occupait d'affaires et de sa correspondance jusqu'à dix heures et demie » où il déjeûnait très«lègèrement» Il prenait ensuite la récréation dans son jardin» ou au salon » avec les personnes qui étaient présentes , et recevait tous ceux qui lui faisaient visite. Mgr de Simony, dans ses rapports avec le monde » parkit peu , autant par caractère que par prudence; mais cette discrétion ne ressemblait en rien à ta sombre discrétion de ces caractères froids et insensibles, qui n'éprouvent aucun besoin d'épancher leur cœur. Quoique Mgr de Simony parût un peu froid et peu expansif , il était gracieux , délicat dans ses souvenirs , et trouvait toujours quelque chose d'heureux à dire; il témoignstt

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d'ailleurs tant d*întérét aux personnes qu'il receTait » il enti^it si volontiers dans les moindre» détails de ce qui les touchait, qu*on ne sortait jamais de chez lui sans éprouver un véritable sentiment de bonheur. Il n'avait pas une conversation savante , vive » en jouée ; il ne brillait point par de fines plaisanteries, quoiqu'il eût de la finesse dans Tesprit , et qu'il tùi naturellement enclin à une douce raillerie. Mais malgré ce ton de dignité et de réserve qu'il conservait vis-à-vis des personnes du monde» il était difficile de le voir quelque temps sans être touché jusqu'à l'admiration de son aimable simplicité, de soi> égalité de caractère , de la bonté de son cœur; A midi , Mgr de Siinony se retirait dans son cabinet et s'occupa'ii d'études ou d'affaires , répondant constamment lui-même à toutes les lettres qui n'étaient pas de pure administration. A deux heures, il récitait son chapelet et son office, puis reprenait sa correspondance jusqu'au dlncr, qui avait lieu à six heures. Sa table était toujours servie avec décence , mais aussi avec une très* grande simplicité; et il n'y avait ordinairement que trois plats. Sa frugalité était extrême; il ne faisait jamais que deux légers repas , et dans le Carême , ainsi que les autrea jours de jeûne , il prenait à peine , le soir, un peu de pain , queU ques fruits secs , et quelquefois une simple tasse de thé , cberchaol h dégmiser sa mortification en.

ÉÊÊÊÊÈi

428 TIB DE MOnSBICKBDB BB SIMORT.

mangeaDi lrè$-lenleiiieiil. Lorsqu'on servait sur M table quelques primeurs en légumes ou en fruits » il n*y touchait jamais , et après le dloer, il disait doucement à ses domestiques, qu'il ne fallait pas acheter des choses d'un prix si élefé. La soirée se passait au salon » à converaer, jusqu'à neuf heures. C'était l'heure de la prière , qu'il faisait en commun avec toute sa maison , après quoi il récitait Matines et Laudes » et puu allait faire sa Tisite au Saint-Sacrement , et U prolongeait bien avant dans la nuit.

Dans cette distribution de la journée , Mgr de Simony n'avait point marqué de temps détermine pour recevoir les ecclésiastiques ou les autres personnes qui avaient b lui parler d'affaires importantes. C'est qu'en effet» il était toujours visible à toutes les heures pour ceux qui avaient à le consulter ou b l'entretenir sur ces matières. Toutes les fois que ses fonctions ne l'appelaient pas audehors» on était sûr de le trouver chez lui , et d'en être reçu , à quelqu'heure qu'on se présentât. Mgr de Simony sortait peu , excepté pour la promenade • que les médecins lui recomman dèrent dans les dernières années de sa vie. 11 ne fit jamais d'autres visites que celles qui lui étaient commandées par la bienséance , et encore ces visites furent- elles toujours aussi courtes qu'elles étaient rares. A son arrivée à Soissons» il s'était fait un devoir sacré de la retraite» et avait pris

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}a résolution de s'y tenir aussi éiroilemeot renfermé que le lui permettraient les obligations de sa charge. Sa pensée était que c'est moins dans des rapports fréquents avec le monde, que dans le silence de la solitude et de l'union à Dieu, qu'un é?éque trouve et cette force d'action , et ces lumières d'en haut aussi nécessaires pour l'instruc-' tion et le gouvernement de son peuple que pour sa propre sanctification. Aussi disait-on de lui qu'il pratiquait la vie cachée dans la place la plus éminente.

Toutefois , Mgr de Simony savait se prêter au monde avec une douce condescendance , lorsque les circonstances le demandaient. Accessible à tous sans distinction , il accueillait gravement, mais cordialement, avec un air qui prévenait au premier abord et qui inspirait tout à la fois de la confiance et du respect. On remarquait en lui ce ton d'urbanité, d'insinuation , qui annonce la haute compagnie où on a vécu , et qui en même temps, comme on Ta observé justement , se rapproche du peuple , par la simplicité et par la naïveté de ses formes. Mgr de Simony ne faisait ; du reste, aucune distinction de condition ou d'opinions, dans les personnes qu'il recevait : « Un évéque, disait-il, établi pour les hommes en ce qui est de Dieu , doit s'élever au-dessus de tous les partis pour trouver en Dieu le nœud secret par où on peut les réunir. » Aussi fut-il cons'«

tiinmeot aîmé et véi opinion qui approcha f-ùn qu'ils étaienl d'i CŒur d'unévëque, ei Ce qu'il y avait d' mony, disait un prêt vent et longtemps, c pour qui il avait plus il avait soin detémoi lion» , les mêmes éga intérieurement ses p délicatesse de n'en ri en public. Voyei aoi reconnatl bien lA Mf aucun le^ partïculie sonnes qui naturelle il n'a pas voulu qu'o fait acception de per {ànt« h titre ^al , I sa tendrease paternel dédaignés , parce qu férés , Mgr de Sïmoi compte d'une tuscej C'est par suite di Stmony ne donnait j ordinaire d'amitié:

Tellement très-vivei mais continuellemet pressions , h dompte

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Etout en lui (At subordonné aux impressions de la igrâce et de l'esprit de Dieu. Aussi on ne vit jamais igBD lui rien qui indiquât un sentiment un peu utrop tendre. Les témoignages d*amitié qu'il don* Bail à des enfants , par exemple , étaient pleins de ftbonté , mais sans rien de trop sensible dans les ^manières ou dans tes regards. Il pratiquait celte k^jge réserve à Tégard môme de ses parents.

■Certes , c'eût été bien mal connaître la tendresse ■de son cœur^ que de lui supposer la moindre in^ idiflTérence pour les membres de sa famille; mais, ■s'il les chérissait tendrement , c'était en Dieu et . pour Dieu , et sans aucun mélange de sentiments r trop humains et trop naturels.

Celle dignité, cette réserve, et l'opinion qu'on , avait de sa sainteté étaient du reste si bien éla- ' blies, qu'on n'eut jamais la pcttsée d'élever sur sa

- vertu le moindre soupçon, ce dont les plus saints et les plus vertueux ne sont pas toujours exempts.

* Mgr de Simony s'environnait habituellement de

- tant de majesté , qu'il était vraiment sous ce ■* rapport inabordable y inaccessible à toute familiarité et cela malgré le charme de son sourire , et raifabililé de ses manières. Mais il ne se croyait pas pour cela dispensé des sages précautions que conseille la prudence chrétienne. Jamais , par exemple, il n'aurait voulu admettre avec lui une personne du sexe dans sa voilure , fût-ce même une de ses sœurs, quelque respectable qu'elle tHi

l^i^ VIE DB m.oii8eigiiei;b de simoxt.

par son âge et par son caractire, tant il était soi* gneuz d'éviter jusqu'à l'ombre même du soupçon. Ce ton de grandeur» de noblesse qui frappait tous ceux qui l'approchaient, s'alliait en lui a?ec le» goûts les plus plus simples et les plus modeslef. Il recevait les honneurs dus à son caractère avec aisance et dignité » il n'hésitait jamais, par eiemple , de prendre la première place , d'entrer oo de sortir le premier. Mais avec cela, ses manières .étaient aussi simples que nobles , et ce caractère de simplicité était empreint dans tout ce qui l'ea* tourait, dans sa personne, dans sa maison , dans sa table, dans son ameublement. Tout était cbei lui d'une grande décence, d'une proprelé exquise, mais sans ia moindre recherche. Il n'y avait riea qui lendit à l'opulence, à la rareté , à la curiosité, même en ces petites choses que les plus sévères se permettent quelquefois si aisément. Tout était simple, de strict nécessaire, pauvre même, eu égard surtout à sa fortune et à sa condition. Cependant s'il eût été libre , il eût fait .disparaître tout ce qui lui paraissait tenir encore tant soi peu du luxe et de l'éclat. Visitant un jour les cellules d'une maison ecclésiastique , qui n'avaient pour tout mobilier qu'un lit , une table et deux chaises, il dit à celui qui l'accompagnait: c Si j'étais maître de vivre à mon goût, je ne voudrais jamais avoir d'autre ameublement, un mur propre sans papier, voilà qui me suffirait , et si

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j'étais curé , je ne voudrais pas d'autres arrangements dans mon presbytère. »

II est inutile sans doute d'insister sur son dé* sintéressement et sur ie peu de cas qu'il faisait I des biens de ce monde. Tout ce que nous avons I dit de sa charité » de sa générosité» prouve assez ^ que les richesses ne lui étaient rien ; nous ajôu- I terons seulement que sous les dehors de la di- 1 gnité et de la noble décence qu'il voulut toujours conserver dans tout ce qui l'entourait , Mgr de : Simony avait trouvé le moyen d'avoir part aus I privations de la pauvreté volontaire. Ainsi » par amour de la pauvreté , il attendait à l'extrémité pour se donner du linge ou un habit ; par amour de la pauvreté , Mgr de Simony choisissait toujours ce qu'il y avait de plus commun et de moins cher pour tout ce qui servait à son usage. Une petite table de bois, recouverte d'une ser- Tiette p faisait toute sa toilette « son lit n'était composé que de deux petits matelas, d*un traversin sans oreiller et d'une couverture de coton , et sa garde-robe dont on fit l'inventaire après $m iDorl , annonçait une simplicité presque voisine . de l'indigence. Il n'y eut jamais dans son palais épiscopal , qu'une seule pendule dans le salon de réception , encore ne lui appartenait-elle pas. Dans tous les antres appartements une table , quelques chaises , un crucifix , quelques objets do piété formaient tout l'ameublement. Lors*

i^( VIB DE MOfIftBimVft M 8IMOMT.

qo'aprèe sa démÎMion, il se relira dans une maison particulière , on lui proposa d'acheler une pendule • il répondit : • Nons nous en somaief bien passé jusqu'à présont , nous t&cherons de faire de mânae. s lAgr de Simony joigoait à cet amour » à cette pratique de la pauvreté toIodtaire , un amour non moins grand pour la mor- f tification. Comme il ne s'imposait aucune pni« | tique qui put être remarquée, on aurait pu croire 1 d'abord que sa ?ie était ordinaire ; mais quand | on robsenratt de plus près , on découvrait fiiciie* ment qu'il ne laissait échapper aucune occasioB de se mortifier , ne se plaignant jamais de ce qoi lui manquait p soit dans son service^ soit dans sa lable , souffrant volontiers toutes les incommadités des saisons » surtout celle du froid auquel il était cependant fort sensible. Enfin., pour terminer ce oouri exposé de sa vie intérieure et doflaeftique , nous pouvons dire que Mgr de Simooj offrit constamment dans tout l'ensemble de sa vie, taot privée que publique, un si heureux assemblage de toutes les vertus épiscopales »qae lorsqu'on voulait se former une idée des saiota évéques des premiers siècles ^ il se présentait mturellement.à l'esprit comme le type le plus accompli du pontife chrétien.

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KONSBIGZfEUB DE SIMORT DORRB SA DÈMI88IOR. — HOMIRATIOR £T SACAB DB H0R8BI6RBUB BE «AB8IGRIB8. — BBTBA1TB DB MORSBIORBUB DB

. ftlMONY.

JUBroM quelques aimées , la profonde liumilité 4e Mgr de SioioDy , joinle aux infirmités d'une Belure épuisée par l'êge el par les fatigues , lui evaift inspiré de se déehai^ger du lourd ferdeau> de l*épiscepat , el de iaire par avanee , comme il disait » ce que la mort devait iaire bient&t. Les ioogues cérémonies > la f iaite de son diocèse , les cenfirmatioDs » et la prédication qu'il ne ?oulut •f amaia y omettre, lui étaient devenues très-pénibles» sa timidité naturelle augmentant avec l*Age » ne lui permettait plus de parler en public avec toute la liberté nécessaire au développement de ses idées» et il lui arriva quelquefois, au sortir d'une confirmation , de dire dans toute la candeur de son humilité è ceux qui raccompagnaient : « Vous le voyex» je ne suis plus bon à

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rien. • Pendant U retraile ecclé<ia<tique de i845, sa résolution fut connue de son clergé : tous les prêtres se réunirent aussitôt pour conjurer ce bon pasteur de ne pas rompre les liens si dooi et si forts qui rattachaient à son troupeau » et de continuer à le conduire dans les pâturages de la Tie. Mgr de Simony ne put résister aux instantes prières qui lui étaient fiutes » et il ranima tout ce qui lui restait de forces pour le consacrer au bien de ses enbnts. C'est alors qu'il conçut un projet qui lui permettait de concilier le désir qui lai était manifiMté avec les de?oirs indispensables de Tépiscopat, ce fut de demander un coadjuteur, pour partager afec lui le poids de l'autorité pastorale, pour être la lumière de son administration et la consolation de sa yieillesse; mais le gouvernement ne put faire droit à sa demande. Cependant le poids des années s'accumulait sur sa tête» avec les infirmités qui en sont la suite. Un voyage quil fit dans le midi où il passa Thiver de i845» d'après le conseil des médecins» l'avait peu soulagé (i). Enfin ses forces ne répondant plus à son

(I) ^out oe poufoot ptMcr tout tileoce ce qu*oo nous ëcril de la Tille d*Apt, où Mgr de Simooj ftatta qaek|aes iDOM, cbes uoe de lesoifcef, M*** la roarqaiie de Gaulez. Mgr de Simon^ oe larda pa« i élre apprécie comme il le më rilaîl, el depuu le premier magittrat )iifau*au dernier det habilaolt, foua nVarent qu*ane Toiz pour 1 admirer, le rené' rtr pendant son séioar, e( le regretter après «on dëparl. Le jour de Noél, il combla let Tceui de la population aptéttenoe, en ofliciant ponlificalemenl dtni Tancienne cathédrale, prifëe

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