CHAPITRE XXVIII
DEBNlkEll MALADIE DE MONSEIGNEOE DE SmONY. — - 8B9 8ElfTlliE9T9 ADMlEABLEt DE EisiGNATION ET DE PliTi. — SA IIOET. — SES FOlfiEAILLES. -— SOOSCEIPTIO!! POVE UN MONUMENT A iLEVEE A SA MàMOlBB.
A mesure que Mgr de Simony approchait du terme de sa carrière » son cœur se détachait de plus eo plus des biens et des consolations de la terre» et n*aspirait plus qu'après réternité. Lorsqu'on lui demandait des nouvelles de sa santé » il était rare qu'il ne prit sujet de là pour parler de la proximité de sa mort, ce qu*il faisait avec un calme et un sentiment de joie qui montraient où étaient habituellement son cœur et ses plus chères affections. Cette même pensée se traduisait comme un pressentiment dans toutes les lettres qu'il écrifait. La supérieure d'une communauté l'afait prié de venir présider une prise d'habit, t )e vous prie de Touloir bien ro'excuser,
tf6o TIB DB «MSBIOMVB M BIMÔHY.
ma ipifére»de mère « lui répoDdaît-il» la 7 Mplembre t84S; sans élre malade» ya ne Iroeie pla» aflaibli , et je ne puis répondre de naoi. C'«t un Mi)ei de peine bien sensible » ma réTéreaJe mère, )evous assure..» N*en priez pas moins k bon Dieu pour moi , afin qu'il ait pitié de ma 6îblesse , el que dans sa grande oiiséricorde Jl m*appeHe au plus i&t dans son sakii paradis ; j'sî pleine confiance # ma révérende mère » et mes très-chères filles » dans vos saintes prières » et il n'en laut pas moins pour me rassurer eux epproches de ce jugement qui fait trembler lee saints , et que )*ai bien lieu de' redouter».» •
Vint le premier jour de l'an 1849 • qui dersit laisser à tout le diocèse un si douloureuB souvenir. La veille , le chapitre et le clergé de Is cathédrale après s'être rendu , selon Tusage , ea habit de chceur , au palais épiscopal deaon digne successeur, était venu lui ofirir è son tour rbooi' mage de sa profonde vénération et de 9eê v«k les plus ardents. Cette circonstance particulière ajoutait à la iéie de famille quelque chose àb plus solennel et de plus touchant : Hélas 1 ofi était loin de prévoir que c'était pour la dernière lois et que l'on touchait de si près k une séparation si déchiranle. On serait tenté de crcfire néanmoins è quelque pressentiment secret; M. le doyen exprima les sentiments du chapitre d'une voix très-émne et souvent entrecoupée. Bt
CHAMTftB UTUI. 4^1
comme il termina par des souhaits de longues années» Monseigneur termina sa réponse en ajoutant avec calme » mais atec un ton de voix plus assuré : i Quant ft vos derniers vœux , je ne puis y entrer » je désire beaucoup ne me séparer jamais de tous ; mais je désire beaucoup plus encore me réunir & celui qui doit être notre
centre commun • Tous se retirèrent sous le
poids d*un sentiment indéfinissable de tristesse » qu'un déplorable événement devait bientôt justifier. Les directeurs et les élèves du grand séaiinaire étant venus à leur tour lui offrir l'hommage de leurs vœux et de leur affection toute filiale , Mgr de Simony éprouva une impression de bonheur qui sembla lui rendre toute sa joie. Jl adressa quelques avis paternels à ceux dont il aimait toujours à se dire le père ; mais revenant bientôt è l'objet habituel de ses pensées, il se recommanda humblement aux prières de tous , en insistant sur le compte rigoureux qu'il aurait dans peu ft rendre de sa longue administration , et comme M. le supérieur prenait occasion de là pour lui rappeler aveo délicatesse tout le bien qui s'était fait sous son épiscopat, l'humble prélat reprit : c C'est vrai , le bien ne m'a pas manqué» mais j'ai beaucoup manqué au bien. •
Le mémo jour et le lendemain» Mgr de Simony reçut la visite des différentes autorités qui avaient comme rivalisé d'empressement et de zèle » pour
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lui prouver que le respect , la vénéralioD et niour doDt il a? ait été constamment Toi pendant son épiscopat» Tavaient soivi dan retraite» et s*attachaient plus à sa personne eti vertus» qu'ft son éminente dignité. Mgr deSim reçut les différents corps avec cette noblesse lui était naturelle , mais quil savait accompa] d'un charme vraiment ineffable de langage e manières, et d'une douceur pénétrante i laqt on ne pouvait résister. Outre ces visites oflBde il vit se presser autour de lui un grand noo de personnes » heureuses d'approcher de lui contempler ses traits^ et de lui exprimer ▼œuE qui étaient si bien au fond de tous les cœ L'étonnante simplicité de ses appartements s blait faire ressortir davantage la douce maj qui reluisait dans toute sa personne et fit profonde impression sur tous ceux qui en fu les témoins.
Ces visites s'étaient prolongées le premier de Tan un peu au-delà de rheore où l'office ▼épres commençait au grand séminaire. Mon gneur devait y assister » comme il faisait de quelque temps. Ce fut en descendant l'csc qui conduisait de ses appartements i la chap qu'il tomba de tout son poids et qu'ayant chei à se relever » la force avec laquelle il tena rampe» (il tourner son corps et le précipita renverse sur les dernières ourches de l'esca
Un ie$ directeurs du séminaire (i) qui le suifait le crut tué sur place. Mgr de Simony ne )eta pas un seul cri , ne fit entendre aucune plainte. La tête et les reins avaient porté violemment , la tension du bras gauche faisait craindre qu*il ne fût démis , et le sang coulait de ses mains meurtries. Dès qu'on Teut relevé» et reconduit dans ses appartements , il reprit son calme et sa sérénité; à toutes les questions qu*on lui faisait» i toutes les marques de respectueux intérêt qu*on lui témoignait» il répondait avec bonté » t que ce ne serait rien . que Dieu l'avait voulu ainsi. • On lui dit qu'il fallait appeler son médecin» il y consentit , mais comme on lui eut. proposé de rece- Toir les soins d'un autre docteur qui venait de se présenter pour lui faire visite » Mgr de Simony ne le voulut point» par un sentiment d'attention délicate» dans la crainte de causer quelque peine -à son docteur ordinaire. Il aima mieux attendre une heure et demie dans de cruelles soufirances» sans laisser échapper un seul mot de plainte ou d'impatience. Une fièvre violente Tavait saisi et avait augmenté un tremblement de jambes qui lui était ordinaire»* comme on lui disait qu'il devait souffrir beaucoup : • Oh I non» répondait41» mais je suis si douillet » que je ne puis rien endurer, t Et comme la même personne ajoutait
(I) L'aotear de ee livre.
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que la chute aTail été si forte » qu'elle aurait pi être mortelle, il reprit: « Ah I ai j*étaii %k d'aller seulement en purgatoire » je demanderai à Dieu que ce premier jour de Tan f&t le dernier de ma vie. t
Après afoir reçu les premiers soins , maigri les tItos douleurs qu'il endurait , Mgr de Simon; demanda qu'on lui récitât son oflBce, et il frUot que Mgr de Gorsignies » qui s'était empreasé de se rendre près de lui, le lui défendit positirement. • Puisque tous Tordonnex , j'obéirai « répondit l'humble prélat. • Les jours suivants» donnèrent quelqu'espérance, on était certain qu'il n'y avait aucune fracture, aucune lésion grave, les douleurs étaient moins vives • et le vénérable malade semblait reprendre des forces, il se hâts de demander que des élèves du grand séminaire, vinssent tous les jours réciter l'office près de son lit , afin qu'il pût s'y unir d'esprit et de cœur, il avait aussi prié un des directeurs du séminaire de lui faire tous les jours une lecture pieuse, soit dans la vie des saints, s'oit sur les devoirs ecclésiastiques; cette lecture devenait un véritable sujet d'édification pour celui qui lui rendait ce pieux office , par le recueillement de ce saint pontife , par la ferveur de son âme qui était comme empreinte sur son visnge légèrement coloré , par les courtes réflexions qu'il faisait sur la lecture et qui renfermaient toujours un trait
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^touchant d*humîlité 9 de foi , de résignation et j^de patience, li avait un allrnit particij^lier pour ^le livre de Tlpaitation de J.-C, el il priait qu'on ^voulût bien lui en lire, de temps en temps, quel> ques passages. Gomme on lui demandait un jour quel chapitre il désirait qu'on commençât : t Celui - qui se trouve marqué , • répondit-il ; c'était l'adj roirable chapitre : du jour de Citernité , et de» misères de cette vie, dont il faisait depuis longtemps la nourriture de son âme. Lorsque cette lecture fut achevée : c Que ces vérités sont belles, . s'écria-t' il après quelques instants de pieux si- ^ lence , que ces vérités sont belles pour celui qui , sait méditer I pour moi , j'arrive à la. fin de ma carrière sans avoir su ce que c'est que la méditation; demandez bien pour moi, je vous en prie, mon cher enfant , te désir du ciel. » Et comme le prêtre qui lui faisait cette lecture, lui disait qu'il avait trop ce désir, pour le bien de ses enfants, c Voilà ce que c'est ^ répondit«il avec un sentiment profond d*humilité , chacun me prend pour un saint, et après ma mort personne ne priera pour moi , qui en aurai tant besoin. »
Cependant , les espérances qu'on avait d'abord conçues diminuaient de jour en jour, l'affaiblissement devenait de plus en plus sensible. Les douleurs , en changeant de place , avaient déterodiné une maladie plus dangereuse, que l'âge et