‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 102 sur 326 · Souvenirs de Sahif-Xicolas · texte numérisé non relu

Souvenirs de Sahif-Xicolas

dédain ni pour les lettres en général, ni pour renseignement littéraire de Saint-Nicolas en particulier.

Toutefois, l'éducation intellectuelle n'est que la moitié de l'œuvre à faire ; l'éducation morale, l'éducation de l'âme, voilà surtout l'éducation ; sans cela elle n'est pas ; l'enfant pourra être plus ou moins instruit, il ne sera pas élevé. Là surtout l'abbé Dupanloup excellait : nul ne sut mieux que lui opérer dans ces profondeurs de l'àme, si inaccessibles, mais qu'il faut cependant atteindre sous peine d'échouer misérablement ; l'homme, c'est l'àme.

Il définissait l'éducation a une œuvre d'autorité et de force, de respect et de dévouement » ; c'est à l'éducation morale surtout que cette définition convient ; c'est là que la coopération de l'enfant est plus que partout ailleurs nécessaire, et qu'on ne fera rien sans lui. C'est surtout en se plaçant à ce point de vue qu'il avait coutume et raison de dire : « Ce que fait l'instituteur par lui-même est peu de chose : ce qu'il fait faire est tout, j'entends ce qu'il fait faire librement ; car l'autorité n'est pas la contrainte, l'autorité ne doit pas être séparée du respect et du dévouement. » «Pour moi, je le déclare, disait-il encore, tant que, de près ou de loin, je pourrai m'occuper de l'éducation de la jeunesse, je respecterai la liberté humaine dans le moindre enfant, plus religieusement encore que dans un homme mûr, parce qu'au moins celui-là saurait contre moi la défendre : l'enfant ne le peut pas... 11 faut respecter sa faiblesse, mais il faut aussi respecter sa puissance. Cet enfant, tout faible qu'il est, il peut vous vaincre. Vous pouvez le frapper, vous pouvez l'écraser ; il n'est pas vaincu, c'est vous qui l'êtes : sa volonté, son âme vous résiste invinciblement. Et vous n'avez rien fait... qu'une action stupide et barbare '. »

11 faut donc aller jusqu'au cœur de cet enfant, mais pour aller jusqu'au cœur de l'enfant il faut l'aimer; sans amour de l'enfant, pas de dévouement chez le maître et pas d'affection chez l'enfant. Aussi n'y avait-il rien qu'il in-

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