‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 105 sur 326 · M. Renan · texte numérisé non relu

M. Renan

CHAPJTRE VIII. 161

ajoutait-il, est étonnant. C'est elle qui permet de remplacer les moyens coercitifs, le système des punitions, par les moyens moraux, par le système des encouragements et des récompenses, par les bons et nobles sentiments, par les vives et hautes inspirations du cœur. C'est elle qui fait le charme et la force de tout le gouvernement intellectuel, disciplinaire et religieux d'une maison. »

Qu'étaient-ce donc que les Notes? « Pas autre chose, dit-il, que l'exacte et rigoureuse appréciation et la proclamation publique, chaque semaine, de tout ce que l'enfant a fait de bien ou de mal en toutes choses : de sa conduite et de son travail, de ses succès ou de ses échecs, de ses efforts pour le bien ou de ses fautes. »

Le grand art ici de labbé Dupanloup et de ses dignes collaborateurs était de savoir maintenir à ces notes, aux yeux des élèves, par la manière dont ils les donnaient et les proclamaient, une importance toujours appréciée et souveraine. La proclamation de ces notes se faisait avec beaucoup de solennité. Il a décrit ainsi la scène :

« Le jour venu, voyez là tous ces enfants en silence, inquiets, palpitants; tout à coup paraissent au milieu d'eux M. le Supérieur, MM. les Directeurs, tous les maîtres : les cahiers de notes sont là ; encore un moment, et chacun, à l'appel de son nom, tous les regards fixés sur lui, entendra proclamer sa place, bonne ou mauvaise, recevant ainsi l'honneur ou la honte ; après cela, tout ce qu'il a essayé de bien, tout ce qu'il a témoigné de bonne volonté, comme aussi tous ses oublis, toutes ses négligences, toutes ses fautes, en un mot le résumé exact de toute sa semaine sera placé sous les yeux de tous ; et puis, à mesure que chaque nom passe, le souverain appréciateur qui est là, M. le Supérieur, ajoute, s'il le veut, une observation aux notes des maîtres, un mot suprême de blâme ou d'encouragement. Telles sont les Notes chaque semaine. L'impression qu'elles font sur les enfants ne peut se décrire. »

Tout se tient, et se pénètre, et se soutient, dans l'œuvre de l'éducation. Les Humanités commençaient cette éducation de Pâme, non seulement par le viril travail qu'il

avait mis en honneur et par la vive émulation dont il enflammait ces jeunes gens, mais aussi par la direction morale imprimée par lui aux études : dans leurs auteurs il leur apprenait à admirer, en même temps que la beauté du style, les nobles sentiments de l'àme humaine, auxquels les grands écrivains ont su donner une forme impérissable, et déjà le christianisme dans Cicéron et dans Virgile; mais, de plus, le devoir était l'objet direct et constant de ses entretiens avec eux; et quels accents il trouvait pour leur en parler! quel enthousiasme pour toutes les belles et saintes choses il savait leur inspirer ! Tous les grands mots de l'àme humaine revenaient sans cesse sur ses lèvres. Voilà le côté généreux de son éducation.

J'ai parlé de sa vigueur : l'obéissance était exigée, non moins que le travail, l'obéissance qui plie et assouplit les caractères; et la discipline, c'est-à-dire la règle, régnait en souveraine : il l'avait organisée comme il avait organisé les études, et il y attachait avec raison une importance capitale. Il la concevait comme « la protectrice de la piété et de la foi des enfants, la gardienne des mœurs, la garantie des fortes études, l'inspiratrice du bon esprit, la conservatrice de la docilité, du respect et de l'affection même ; la maîtresse, la dispensatrice et la trésorière du temps; le nerf de tout le règlement, et, quand il le faut, la vengeresse des infractions ». ce La discipline, disait-il encore, est à l'éducation ce que l'écorce est à l'arbre qu'elle entoure. Enlevez l'écorce à l'une des branches, cette branche sera bientôt desséchée : ôtez l'écorce du tronc luimême, et l'arbre périra. L'écorce ne paraît qu'une enveloppe grossière, mais elle conserve à l'arbre et à toutes ses parties leur force et leur vigueur. De même la discipline parait quelquefois pour l'éducation une écorce un peu âpre et rude, mais c'est elle qui conserve, qui élève, qui fortifie tout. »

11 la voulait donc sérieuse et respectée, vigilante et ferme, et partout maîtresse. Mais ce qu'il est à peine besoin d'ajouter, ce qui se devine maintenant de soi, c'est que cette obéissance n'était pas contrainte et servile, ap-

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