‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 107 sur 326 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

la Lecture spirituelle : c'est par là surtout qu'il gouvernait les enfants. Ce qu'on nommait ainsi par habitude était un entretien de chaque soir avec les enfants, en présence de tous les maîtres; entretien substitué par lui à la lecture commentée d'un livre. On ne saurait dire ce que fut dans ses mains ce moyen d'action. Placé à la fin du jour, cet exercice, auquel il savait donner tous les genres d'intérêt, apparaissait aux enfants, lui-même a recueilli de l'un d'eux ce témoignage, comme une heure bénie entre toutes. « De toutes les heures ternes et laborieuses du jour, m'écrivait dernièrement un de nos élèves, nous apercevions la lecture spirituelle de loin, avec espoir, comme un repos et un plaisir. » Pour lui-même, cet exercice était un besoin de cœur, en même temps qu'une nécessité telle, qu'il n'eût pas pu, disait-il, accepter le gouvernement d'une maison d'éducation, s'il ne lui eût pas été permis d'avoir avec les enfants ces entretiens intimes de la lecture spirituelle. « X'est-il pas en eiïet évident, ajoutait-il, qu'une simple et pure lecture, même commentée, ne remplacera jamais l'accent d'une parole vivante? La parole d'un Supérieur épanchant chaque jouison âme dans l'àme de ses enfants, parole directe, précise, prenant les enfants sur le fait, leur parlant d'euxmêmes, entrant dans leur esprit, dans leur cœur, dans le plus intime de leur vie, quelle parole, quelle action pourrait valoir celle-là? Où sera-t-il donné à un Supérieur de façonner plus à son gré, de mieux" marquer à son empreinte, d'élever plus véritablement ses enfants ? Où se montrera-t-il vis-à-vis d'eux plus éducateur, je ne dis pas assez, plus père?... Quoi! vous avez des enfants, vous êtes leur père, et vous ne leur ouvririez jamais votre àme ? Vous pourriez vous résigner à n'avoir jamais, ou presque jamais, un entretien cordial avec eux ! Mais ne serait-ce pas renoncer à votre mission même, à l'apostolat de l'éducation?... »

« Mais quel art, ou plutôt quel cœur (car ici tout l'art est dans le cœur, toute la puissance est dans l'amour), quelle inspiration du cœur et de la grâce de Dieu il faut pour parler à toute celte jeunesse, diverse d'âge et par consé-

quent d'intelligence, et cependant se faire comprendre à tous, les atteindre tous, n'en laisser aucun en dehors de son enseignement, et tantôt les toucher jusqu'aux larmes, tantôt les animer jusqu'à l'enthousiasme ; souffler la llamme intellectuelle dans les esprits et le feu sacré dans les cœurs ; les élever avec soi quelquefois jusqu'aux plus sublimes hauteurs morales ; les transporter d'ardeur pour le travail et la vertu, pour toutes les grandes et saintes choses ; ou bien, renverser l'obstacle qui tout à coup a surgi et entrave leur éducation, remédier à un désordre, à un souffle de mauvais esprit, à une inconstance, à un mécontentement, à une erreur ; calmer, maîtriser, encourager, égayer, attendrir, enflammer ! Car la lecture spirituelle doit avoir tour à tour tous ces caractères : aujourd'hui entretien paternel du chef de la famille avec ses enfants; demain conseils graves, leçons austères, et quelquefois les plus élevées de l'instituteur : puis, conversation vive et animée sur les éludes, sur les lettres, sur les beaux génies de l'antiquité; puis, langage plus saint et plus pénétrant du prêtre et du pasteur: quelquefois blâmes, réprimandes, sévérités du chef de la maison, préoccupé d'un danger qui s'élève et qu'il a aperçu, d'un germe de mal qu'il faut étouffer avant qu'il naisse; plus souvent encouragements, promesses, éloges, ardeur répandue dans toutes les âmes, rayonnement de bonnes inspirations. »

Et en parlant ainsi de la lecture spirituelle, l'évêque d'Orléans ne faisait que raconter ce qu'avait réalisé l'abbé Dupanloup : « Tous les jours il se mettait directement en rapport avec la totalité des élèves par un entretien intime, souvent comparable pour l'abandon et le naturel aux homélies de Jean Chrysostome, dans la Palœa d'Antioche. » M. Renaii) qui dit cela, ne dit pas assez ; à l'abandon, au naturel, il faut ajouter l'émotion, la flamme, d'où venait à sa parole, dans ces entretiens, une extraordinaire puissance. « Dans mes souvenirs de Supérieur, dit-il luimême, c'est la lecture spirituelle qui occupe la plus haute place ; cette heure était mon heure par excellence : c'est là que j'ai béni, que j'ai élevé, que j'ai nourri tant

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