‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 108 sur 326 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

d'enfants, dont les noms nie seront toujours chers ; là où je leur ai donné tant de témoignages d'un amour et d'un dévouement que nul dévouement, nul amour dans ma vie n'a égalé ; là où nous ne faisions sensiblement tous ensemble qu'un cœur et qu'une àme, où nous sentions avec douceur que nous nous aimions les uns les autres ; où toutes les peines s'effaçaient, tous les nuages se dissipaient ; là où la sérénité revenait ; là où mon àme leur a donné tant d'avis consolants, et aussi tant d'avis terribles; et. pendant ce temps, je voyais ces deux cents jeunes regards fixés sur moi, tous ces jeunes enfants suspendus à ma parole et immobiles ; tous les sentiments qui m'agitaient paraissaient tour à tour sur leurs visages naïfs à mesure que je les exprimais, et pénétraient leur àme.

» C'est là qu'une fois, pendant six semaines, je leur ai parlé de la grandeur et de la beauté de leurs études, de leur éducation littéraire, et de cette grande chose qui se nomme les Humanités ; et ils m'écoutaient avec une telle avidité, avec une telle joie, une telle ardeur, que les rhétoriciens, les secondes, les troisièmes, prenaient des notes pendant que je parlais, et, à mon insu, toute la maison se disputait ces notes, les plus jeunes enfants voulaient les avoir, le feu sacré était partout : enfin je les ai voulues moi-même, et elles sont devenues le premier volume de la Haute éducation intellectuelle que j'ai publié.

» C'est encore à la lecture spirituelle que pendant un mois, chaque soir, je leur apprenais à étudier chrétiennement Virgile, et leur faisais voir de près et admirer le christianisme du Télémaque.

» C'est là enfin où je leur parlais de leurs défauts et où j'eus l'ineffable consolation de voir ces enfants s'intéresser à ce que je leur disais de plus vif et de plus dur contre eux, et s'y intéresser aux dépens de leur amour-propre, de leur vanité, de leur orgueil, de leur mollesse et de toutes leurs passions attaquées, et m'écrire, à la suite de ces entretiens, des lettres d'une affection, d'une franchise, d'un courage contre eux-mêmes que je ne pouvais m'empêcher d'admirer.

» Je serais infini si je me laissais aller ici à la douceur de tous mes souvenirs. »

Le grand auxiliaire de cette forte éducation morale, c'était la religion.

Nous voici arrivés au sommet de l'œuvre, à ce qui est l'àme, la force, la supériorité indiscutable de l'éducation donnée parle clergé, la religion ; considérée non seulement comme une partie essentielle de l'éducation, puisque les facultés les plus hautes de l'homme et de l'enfant ce sont les facultés religieuses, et les premiers de ses devoirs les devoirs religieux, mais en outre comme un moyen général d'éducation, et le plus puissant: pénétrant et dominant tous les autres avec une efficacité souveraine. Ainsi l'entendait l'abbé Dupanloup : c La piété, disait-il, est nécessaire, non seulement parce qu'elle est le premier des devoirs envers Dieu, ou plutôt parce qu'elle les renferme et les accomplit tous : la piété est nécessaire parce qu'elle est aussi et par là même la première des vertus, ou plutôt elle est l'inspiration et le soutien de toutes les vertus. Dans la grande œuvre de l'éducation, ce n'est donc pas seulement à titre de devoir impérieux qu'il faut la piété : il la faut aussi comme un secours dont rien ni personne ne peut se passer. » i Toute éducation, disait-il encore, qui ne sauve pas les mœurs de l'enfant, du jeune homme, est une éducation frappée au cœur : mais sans l'action puissante et pénétrante de la religion, cela se peut-il ? Quiconque connaît les terribles fougues et la déplorable faiblesse de cet âge, si ardent à la fois et si léger, ne l'espérera jamais. Voilà ce que j'affirme avec l'autorité d'une expérience quia vu de près le fond des âmes.» Et ce qu'il disait de ce point capital, la préservation des mœurs, il le disait de l'œuvre de l'éducation tout entière, « qui est essentiellement, répétait-il, une œuvre intérieure, l'œuvre des âmes » ; qui, disait-il encore, « si elle veut être digne de ce grand nom, doit étouffer, extirper, et transformer individuellement, dans chaque enfant, les principes du mal, cultiver et développer les principes du bien ». Cela, sans Dieu, sans la piété, sans la religion, il le proclamait impossible.

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