CHAPITRE VIII
Donc, placé à ce point de vue, un prêtre, tel qu'était l'abbé Dupanloup, devait concentrer tous ses efforts sur ce point suprême, et s'appliquer de toutes ses forces à mettre en honneur, à faire fleurir dans son Petit Séminaire la religion. Aussi avait-il organisé la piété non moins habilement et fortement que la discipline et que les études, et c'est merveille de voir, en étudiant cette organisation, non seulement avec quel soin et quel respect tout ce qui avait rapport à la religion était traité : là surtout l'abbé Dupanloup ne voulait rien d'à peu près, rien de négligé, rien de médiocre ; mais encore avec quel art consommé, aimable et puissant à la fois, elle enlaçait et pénétrait toute la vie de l'enfant, pour le charmer, le purifier et l'élever ; comment en un mot la religion aidait l'éducation intellectuelle et morale, et était elle-même la plus haute éducation. Voici, dans ses grandes lignes, cette organisation. II y avait d'abord les exercices de chaque jour : la prière du matin et du soir, ce qui mettait Dieu au commencement et à la fin de chaque journée : la prière encore, avant et après chaque exercice, pour faire présider à tout la pensée de Dieu et du devoir ; une petite méditation chaque matin, amenant, tout le long de l'année, sous le regard de l'enfant, en quelques paroles, courtes, vives, saisissantes, les vérités les plus propres à l'aider dans cette lutte contre lui-même sans laquelle l'éducation de l'àme n'est pas ; la messe, avec des cantiques, bien chantés : l'abbé Dupanloup attachait un soin extrême à ce que le chant fût grave, senti, pénétrant. Et enfin la lecture spirituelle. Mais le dimanche avait une tout autre physionomie; écoutons l'auteur des Souvenirs :
« Nous aimions notre dimanche : c'était pour nous un jour de repos et de pieuse fête. Il y avait à la chapelle plus d'exercices religieux, et nous avions aussi ce jour-là plus de récréations que les autres jours. La petite méditation, un peu plus longue de quelques minutes, était faite tour à tour par chacun de ces messieurs. La sainte messe était célébrée tour à tour par chacun de nos maîtres ; puis, à l'Évangile, on nous faisait l'homélie : c'était une parole toute pastorale, vive, animée, pratique, sou-
m VIE DE MONSEIGNEl'U DUPANLOUP.
vent très forte, très véhémente, surtout dans la bouche de M. le Supérieur et de nos maîtres les plus autorisés. Le travail classique était ralenti : M. Dupanloup, en arrivant à Saint-Nicolas, avait retiré le dimanche du nombre des jours classiques, il en avait banni tout travail profane. Une seule exception était admise : la correspondance avec les parents. La grande affaire ce jour-là était l'instruction religieuse, le catéchisme. »
L'habile Supérieur avait su le mettre en honneur, et par un moyen bien simple, en l'honorant. Pour cela il s'était bien gardé de le faire ressembler ta une classe, et de permettre qu'il se fit dans le lieu ordinaire des classes. «Faire le catéchisme dans une classe, disait-il, succéder au maître de piano et d'anglais, arriver comme un professeur, c'est abaisser un ministère si simple, mais si sublime, si aimable et si fructueux; c'est lui enlever toute sa dignité, toute son efficacité et tout son charme. » Il avait donc voulu qu'il se fit à la chapelle, en habit de chœur, avec tout l'ensemble des cantiques, des instructions et homélies, des fêtes, des dignités, des récompenses, qui en font, partout où le catéchisme est bien organisé, un exercice si agréable, un ministère si doux et si consolant. Il tenait surtout à ce que, si les autres exercices religieux faisaient entrer la piété dans l'âme des enfants par de douces et vives impressions, au catéchisme elle prit racine dans leur intelligence par une forte et solide instruction. Tout l'ensemble de ces catéchismes et tout le plan des instructions avait été réglé par lui, dans le dernier détail. Et il y veillait : « car s'il intervenait dans les détails de notre enseignement, dit l'auteur des Souvenirs, notre éducation était sa principale sollicitude. » Et là comme partout sa parole laissait des traces profondes»
Mais « les grands efforts étaient concentrés plus spécialement sur certaines époques », les grandes époques religieuses. C'était là le plus grand coup de son art. Il avait harmonisé si merveilleusement, nous le savons déjà, ces époques religieuses avec les grandes époques littéraires, qu'il avait su faire de ce cycle de fêtes qui compose l'année