‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 110 sur 326 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

liturgique <s un poème saint et varié qui faisait passer tour à tour nos âmes, c'est l'auteur des Souvenirs qui parle, par des impressions austères ou joyeuses, douces ou tristes, tendres ou sublimes, particulières à chaque fête ou à chaque époque, tout en apportant à nos études des intervalles de repos, trop rares pour que les progrès en souffrissent, mais où elles trouvaient au contraire un moyen d'élan et des forces nouvelles. On développait, par renseignement, par une sorte de mise en scène savante et pieuse, par les dispositions qu'on nous inspirait, la grâce et la pensée de chaque époque. On voulait que nos âmes et nos intelligences, d'un bout de l'année à 1 autre, traversant les phases successives de ce cycle sacré, allassent de renouvellement en renouvellement, de ferveur en ferveur. »

Ce n'étaient là pourtant que les moyens ordinaires de l'éducation chrétienne. Si puissants qu'ils fussent et si admirables leurs résultats, il n'en croyait pas moins nécessaire de recourir, en de certains moments déterminés, à ces ressources extraordinaires qui se nomment les retraites. «Il ne faut pas s'imaginer, en effet, disait-il, que des enfants de douze à quinze et vingt ans n'aient pas leurs misères morales, n'aient pas à lutter, quelquefois prodigieusement, pour se conserver bons et purs, et que les secours ordinaires d'une bonne maison d'éducation, si nombreux qu'ils soient, suffisent pour les protéger toujours, et dispensent de recourir à ce grand et exceptionnel moyen de conversion et de sanctification, qui se nomme une retraite. » Il jetait donc, à de certaines époques, avec une haute intelligence encore des besoins religieux des enfants et de l'effet à produire sur eux par ces retraites, à travers le train accoutumé de leur vie, cette forte et puissante secousse religieuse, « afin de frapper un grand coup sur leurs âmes, briser enfin leurs funestes habitudes, les arracher violemment au mal, et les remettre énergiquement dans le bien ». Mais plus ce coup des retraites était fort, plus il voulait qu'il fût sur : <c Une retraite, selon lui, ne pouvait pas réussir médiocrement. On n'a rien fait si les enfants ne sont pas saisis jusqu'au

fond de l'âme, vaincus, subjugués par les grands coups de la parole évangélique et de la grâce de Dieu; rien fait si toute la maison n'est pas puissamment améliorée et relevée l. »

Aussi ses sollicitudes, à ces moments-là, étaient-elles extraordinaires. Et d'abord, il apportait le plus grand soin à choisir le prédicateur : i C'était presque toujours un des orateurs sacrés les plus connus et les plus aimés. Cette humble tribune a porté autant de paroles éloquentes que pas une des grandes chaires paroissiales. C'étaient M. de Ravignan, M*pde Forbin-Janson, M. Mollevault, M. Levasseur, supérieur des Pères de la Miséricorde, M. Pététot, etc.*; » le plus grand soin aussi à aider, et faire aider par tous, directeurs et professeurs, le travail personnel des enfants. On peut dire qu'il ne respirait pas pendant ces jours, tant il avait à cœur le succès d'une œuvre de laquelle il savait bien que tout dépendait : « Car, avait-il coutume de dire, une retraite bien ou mal faite, c'est une bonne ou mauvaise année. Telle retraite, telle année; les exceptions sont rares. » « Il faut se donner de la peine, beaucoup de peine. » Peine féconde, et dont les fruits merveilleux le faisaient surabonder d'autant de joie qu'il s'était imposé de labeur.

Mais tout ceci est général : c'est dans le détail de ces choses qu'on peut surprendre à la fois sa tendre piété et sa profonde habileté à manier les jeunes âmes, son cœur de prêtre et son génie d'éducateur.

Nous citerons comme exemple le Mois de Marie qu'il avait organisé d'une façon si aimable, avec les délicatesses et les saintes industries du zèle le plus attentif, et dont l'auteur des Souvenirs fait une si charmante peinture. Cette tente 'dressée dans la sombre cour, avec ces draperies de velours bleu et blanc : ces massifs de verdure et de (leurs envoyées d'Auteuil par Mme la duchesse de Montmorency: cette belle Vierge d'argent de Saint-Nicolas, don d'une main magnifique, souriant aux enfants à travers

1. De la Haute Education intellectuelle, t. III, chap. vr. .. Souvenirs de Saint-Xicnlas.

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