‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 111 sur 326 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

les tentures et les fleurs, au-dessus de l'autel rayonnant de lumière; cette belle procession d'enfants pieux et joyeux venant clore là les travaux de la journée; ces doux cantiques, ces délicieuses homélies composées avec un soin exquis par chacun des maîtres tour à tour, et jetant chaque soir un trait dans l'àme des enfants, soit une haute vérité, soit un sentiment salutaire, si ce n'était pas là, en même temps que la plus aimable piété, l'éducation éminente des âmes, qu'était-ce donc?

Mais écoutons-le lui-même ici: nous insistons, parce que c'est là précisément ce qu'on a cru pouvoir lui repn> cher : « Quant aux grandes fêtes, je ne dirai rien de trop en disant qu'il faut qu'elles soient magnifiques, délicieuses. On ne doit jamais perdre de vue que les enfants, comme tous les hommes, et bien plus encore, sont surtout sensibles à l'éclat des choses : il faut donc que ces fêtes soient très brillantes,... qu'il y ait de belles cérémonies; que les prédications soient animées, affectueuses, pleines d'onction, saisissantes, et d'un tour oratoire plus solennel que celles des simples dimanches.

» Et alors les fêtes ont pour l'esprit et le cœur des enfants un charme merveilleux. J'en ai vu les eftéts les plus touchants; j'ai vu leur joie, leur bonheur, s'élever dans ces fêtes à tous les transports de l'enthousiasme religieux le plus sublime et le plus pur...

» Ils sentaient, et ils s'en souviennent encore, et ils aiment à nous le redire quand nous avons le bonheur de les rencontrer, ils sentaient tous que c'était à cela qu'ils devaient les plus purs, les plus doux, les plus heureux moments de leur vie... »

Voilà comment la piété était mise en honneur, et régnait dans sa maison. Piété tendre et vive, mais solide: et non pas étroite et chagrine, mais large, élevée, à grands horizons: d'ailleurs, aimable et gaie, comme il convient à la jeunesse, « Non, dit l'auteur des Souvenirs, nous n'étions ni moroses, ni tristes, ni ennuyés, ni ennuyeux, j'oserais presque le dire... Qui nous eût vus, quand l'heure de la récréation avait sonné, courant, causant, riant, gesticulant, sans une ombre au front, sans

une inquiétude à l'àme, remplissant de bruit, de mouvement et de joie la vieille maison tout entière, et dans nos jours de congé les parcs immenses de Conflans et de Gentilly ; qui eût vu les maîtres animant eux-mêmes les jeux et les conversations, souriant à cette allégresse, à cette insouciance innocente et joyeuse, celui-là se fût convaincu qu'on n'éteignait en nous ni l'enfance, ni la gaîté. » C'est le témoignage que lui-même leur a rendu : i Je n'ai jamais vu d'enfants plus gais, plus joyeux, plus riants que nos enfants du Petit Séminaire de Paris, et, je l'ajouterai, mieux portants. La piété mettait la joie dans leur cœur, et la joie au cœur met dans le sang un baume de vie, dit l'Ecriture, d La piété qui régnait là était celle dont Fénelon a tracé une image que l'abbé Dupanloup se plaisait à présenter au regard de ses enfants : « Point de singularités affectées, point de grimaces, leur disais-je, avec l'archevêque de Cambrai, mais une piété simple, toute tournée vers vos devoirs, et toute nourrie du courage, de la confiance et de la paix que donnent la bonne conscience et l'union sincère avec Dieu. » Le P. de Ravignan leur a rendu un jour, après une retraite, un autre témoignage : « Je n'ai jamais vu d'enfants plus innocents. »

Nous avons dit ce que l'Académie était aux études : les Congrégations, instituées ostensiblement pour grouper les plus pieux, Tétaient à la piété. Mais c'est assez de tous ces détails.

Quiconque voudra réfléchir sur ce système d'éducation, intellectuelle, morale et religieuse, dont nous venons de tracer les grandes lignes, y reconnaîtra les vues d'un esprit éminent, mais par-dessus tout il y sentira le zèle et le dévouement du prêtre : c'est là une vraie et pure inspiration sacerdotale. Cette éducation diffère, en effet, profondément de l'éducation laïque, officielle, universitaire. Celle-ci peut être un enseignement habile, une police exacte, une parfaite administration ; elle peut être sur tous ces points sans rivale, bien que pourtant rien ne défende au clergé de l'égaler sur tous ces points. Façonnet-elle au même degré l'àme de l'enfant, la pénètre-t-elle

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