‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 115 sur 326 · I. M. Renan · texte numérisé non relu

I. M. Renan

bien de profonds soupirs venaient entrecouper leurs paroles. Ces pauvres enfants m'inspiraient alors une pitié que je ne puis dire. Je les regardais avec des yeux pleins de compassion. J'aurais voulu être leur père et leur mère. Quelquefois je n'osais leur parler; je leur envoyais pour jouer avec eux les meilleurs et les plus aimables enfants, ceux que nous nommions les anges des nouveaux1. »

La bonté de son accueil se changeait au contraire en sévérité, quand cet habile maître dans l'art de manier les âmes le jugeait nécessaire, avec certains enfants, ceux, par exemple, qui lui venaient d'ailleurs, et qui étaient arrivés à un certain âge déjà : c Quand je recevais, dit-il, un de ces enfants que je n'avais pas élevés, ce n'était jamais sans avoir avec lui une conversation sérieusedevant ses parents, et une autre, plus sérieuse encore, quand ses parents, sur ma demande, le laissaient seul avec moi. Je lui parlais alors avec la plus grande bonté, avec tendresse même, mais aussi avec une grande gravité. Je lui disais toute ma pensée, toutes mes exigences, et mes motifs pour tant exiger, c'est-cà-dire les intérêts sacrés de la maison, ses intérêts suprêmes à lui. Je mettais tout cela dans la plus vive lumière possible à ses yeux, puis je le quittais en l'embrassant, en le bénissant, et il entrait dans la maison. Et il arrivait ordinairement que les enfants dont on m'avait effrayé, dont on m'avait dit l'esprit méchant, le caractère indisciplinable, le cœur insensible, se décidaient du coup tellement au bien, que nous étions étonnés nous-mêmes, après tout ce qu'on nous en avait fait craindre, de ne jamais apercevoir en eux la trace des défauts qu'on nous avait signalés. Je me souviens entre autres d'un enfant que ses parents m'avaient demandé en grâce de recevoir, me disant avec franchise qu'ils avaient épuisé tous les moyens pour en venir à bout et qu'ils n'y pouvaient plus tenir. Je vis l'enfant et il me plut: il avait évidemment de grandes ressources d'esprit et de caractère, et tout cela s'était tourné vers le mal. Je lui fis mes observations et mes discours accoutumés, et j'ajoutai cette

De l'Education, t. II, 1. III, chap. ix.

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