‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 12 sur 326 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sent jusqu'à ses rives leurs peutes verdoyantes, fertiles. plantées de vignes et de vergers, et parsemées de jolis villages. Celte enceinte, variée, pittoresque, est dominée au fond par la grande Tournette, dont on aperçoit dans le lointain la tète neigeuse ; du côté opposé, les sommets s'écartent, les horizons s'ouvrent et s'étendent, formant un vaste demi-cercle, jusqu'à la ligne bleuâtre du Jura, superbe à voir quand elle est baignée des feux du soleil couchant.

Cette belle nature, ce lac, ces bois, ces collines, ces grands sommets, tels furent ses premiers horizons, et quoiqu'il les eut quittés bien jeune, à sept ans, les impressions qu'ils laissèrent dans son imagination furent ineffaçables, et si vives que plus tard elles le ramèneront sans cesse à Annecy, avec cet amour du pays natal particulier à l'enfant des montagnes, et comme au lieu où 1 evèque accablé de tant de labeurs trouvait son meilleur repos.

L'homme se révèle déjà dans l'enfant. Les attraits qu'il manifeste dès lors se retrouveront en lui toujours. Ce furent d'abord des goûts d'instruction et de lecture très prononcés. Eveillé, alerte, intelligent, il sut lire de très bonne heure : il se peint absorbé « à trois ans, dans le Magasin des Enfants, a genoux, devant une chaise, la tète dans ses deux mains » : il aime à se rappeler « les délices de cette lecture ».

Ce fut ensuite un vif amour pour la simple et grande nature ; attrait qu'il conservera aussi toute sa vie. Il a gardé le souvenir de ses promenades autour d'Annecy, dans les bois de Sainte-Catherine, à la Puya, à Sainte- Claire, noms qui lui furent toujours chers. « Nous nous promenions souvent autour d'Annecy. J'aimais les fleurs d'automne dans les prairies, les violettes, les touffes de primevères dans la mousse, au pied des arbres. Je me perdis un jour, avec ma tante, dans le bois de Sainte- Catherine ; nous fûmes obligés de passer la nuit là, sur un arbre en travers, moi enveloppé dans un chàle. »

En même temps le goût des choses religieuses s'éveillait dans son âme ; il grandissait à l'ombre de l'église de

VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUl».

Notre-Dame, tout auprès de laquelle se trouve !a maison qu'il habita pendant sept ans, telle encore aujourd'hui qu'elle était alors. Les fêtes l'impressionnaient vivement: on sait combien dans cette chrétienne Savoie elles sont naïvement populaires; la Fête-Dieu surtout : on dépouille la montagne, on tapisse ies rues de verdure, on suit en foule les processions, c Le salut et les confréries du Saint- Sacrement, dit-il, m'avaient frappé. J'aimais la Fête-Dieu et les Rogations. Une chose me transportait à la Fête-Dieu: c'était toute la ville en feuillage et en fête. Cette fraîcheur me charmait. J'ai toujours aimé le printemps et la renaissance de la nature. C'était aussi le reposoir devant l'église de Saint-Maurice. Je figurai une fois dans une de ces processions, costumé en petit saint Jean. » Lointaines impressions qui se réveilleront un jour, au moment marqué par la grâce de Dieu.

Non loin d'Annecy, près du lac, à droite, au pied d'un rocher et sur le bord du chemin, était, et est encore, une petite chapelle, dédiée à Notre-Dame-Auxiliatrice, et qui est restée bien vivante aussi dans sa mémoire, car, âgé de cinquante ans, et déjà évêque, dans un voyage à Menthon, ayant été revoir cette chapelle, et ayant cueilli quelques fleurs qui croissaient là, il écrivait quelques jours après à ses hôtes : « Ces petites fleurs, toutes parfumées des plus doux souvenirs de mon enfance et de la sainte Vierge ne quittent plus mon bréviaire, et mon regard et mon cœur se tournent vers elles plusieurs fois par jour. J'espère l'année prochaine aller en cueillir encore quelques-unes, et les offrir à Notre-Dame-Auxiliatrice, dans ces beaux et saints lieux, à sa petite chapelle1. »

En même temps que ces traits, où déjà la physionomie de l'évêque d'Orléans se retrouve, — le goût vif pour l'étude, pour la nature et les grands horizons, et pour les choses religieuses, — nous en saisissons dès lors un autre, moins connu du grand public, peut-être même méconnu, caché qu'il est par l'éclat d'une vie remplie d'oeuvres et de luttes, nous voulons parler de sa tendresse de cœur. On accorde

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