CHAPITRE IX
toujours vu nos messieurs, dit-il, sortir de nos conseils, au Petit Séminaire de Paris, fortifiés, éclairés, animés de toute manière. »
Telle était donc, dans son caractère général, comme dans ses intimes détails et ses principaux moyens, l'éducation donnée par l'abbé Dupanloup au Petit Séminaire. On ne tarda pas à savoir dans Paris qu'il y avait là un maître en matière d'éducation, une puissante discipline, de fortes études, une piété vraie et sincère ; en un mot, que les enfants étaient là élevés dans le grand sens de l'expression ; que l'abbé Dupanloup avait là sur la jeunesse non moins d'action qu'aux catéchismes de la Madeleine. La confiance des familles vint tout de suite à lui, et, obscure et inconnue jusque-là, la vieille maison devint tout à coup célèbre: il y avait trouvé 80 élèves à peine, il y en eut bientôt 210, c'est-à-dire autant qu'elle put en contenir, et c'étaient des familles de la plus haute aristocratie qui mettaient cet empressement à lui confier leurs fils. « La vieille maison de la rue Saint- Victor fut ainsi, pendant quelques années, la maison de France où il y eut le plusde noms historiquesouconnus1..) En même temps l'abbé Dupanloup s'appliquait à fortifier l'élément ecclésiastique et à recruter, particulièrement en Savoie et dans les diocèses les plus religieux de France, des sujets capables, dont plusieurs sont aujourd'hui des prêtres du premier mérite : l'abbé Cognât, par exemple. Plusieurs aussi de nosévèquesont été formés par lui : M?r Lavigerie, cardinal, archevêque d'Alger, Mis* Langénieux, archevêque de Reims, le regretté M** de la Tour d'Auvergne, archevêque de Bourges, M^'r Foulon, arche-
1. M. Renan. — En voici quelques-uns: de Beaufremont,de Rohan- Chabot,deGontaut, de Clermont-Tonnerre, de No lilles. de Muntesquiou, deBrissac, delà Tour d'Auvergne, de Cliampagny, de Beauvau. de Tocqueville, de Galliffet, de Maupeou, deCouitivron, deQuélen, de Castellane. de Dreux-Brézé, de Beaufort, de Sèze, de Fleury, de Périgord, de Villaret Joyeuse, de Saintenac, de Belbœuf, de Moutesson, de Gabriac, deGourcuff, de Mac-Manon, de Caux, de Ségur, de Champagne, d'Orglandes, etc.
vêque de Besançon, Msr Hugonin, evêque de Baveux, M?r Soubiranne, évêque de Belley, et enfin celui qui! s'est choisi pour successeur, M?r Coulié ; nous avons plaisir à ranger autour de ce père cette couronne de glorieux fils. Ms* de Quélen put voir avant de mourir cette prospérité inattendue d'une maison sur laquelle il avait toujours fait reposer ses plus chères espérances. Et bientôt le vieux bâtiment ne suffit plus, et l'abbé Dupanloup n'eut pas de peine à obtenir de l'archevêque l'acquisition par le diocèse d'une maison qu'il avait avisée à Gentilly, et où il établit, deux ans après avoir pris la direction de Saint-Nicolas, une colonie de son Petit Séminaire, à la tête de laquelle il plaça son collaborateur le plus capable, l'homme qui l'avait secondé le plus dans la réforme des deux précédentes années, M. Debeauvais.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que de l'abbé Dupanloup, parce qu'en effet il était sa maison tout entière. Ce serait se montrer trop injuste, ce serait même lui retrancher un de ses plus grands titres à nos éloges, que de ne pas nommer les hommes qui ont été ses principaux collaborateurs dans cette œuvre, et qu'il eut le grand mérite de choisir, de former et de retenir auprès de lui : hommes la plupart fort distingués, et qui, sous sa main, valaient encore plus. En première ligne, M. Debeauvais, mort curé de Saint-Thomas d'Aquin, Préfet des études à Saint-Nicolas, son Alter ego ; son plus tendre et plus fidèle ami toujours. Il était précepteur chez M. de Vatimesnil : l'abbé Dupanloup le décida à venir à Saint-Nicolas par cette raison décisive que le bien fait à une multitude d'enfants dans une maison d'éducation l'emporte de beaucoup sur le bien fait à un seul dans une éducation privée. « C'est étonnant, disait plus tard, avec son charmant esprit, M. Debeauvais, en racontant cet enrôlement, comme cet homme-là sait tout de suite trouver le tuf. » Puis, M. l'abbé Millaut, aujourd'hui curé de Saint-Roch, qui était le Directeur de la maison, et qui lui succéda comme Supérieur de Saint-Nicolas ; prêtre grave, pieux et aimable, d'une grande sagesse et d'une grande bonté. Parmi les professeurs, MM. Du Chêne et Cathelin, curés plus tard,