CHAPITRE X
et de respect pour le vénérable cardinal, qui avait su rester dans l'exil, et qui se montrait sur le siège de Paris, un modèle des vertus épiscopales; de même le cardinal traitait son neveu avec l'affection qu'inspirent les liens du sang\ et la réserve que commandait sa haute situation dans l'Etat : observant du reste sur l'irrégularité de sa position vis-à-vis de l'Eglise, et ses malheurs passés, un silence discret, mais signiiicatif; ne jugeant pas pouvoir plus, dans les dispositions présentes du prince, et appelant de tous ses vœux pour lui l'heure de Dieu. En mourant, il avait en quelque sorte légué cette àme au coadjuteur, et lui avait fait promettre de tout faire pour obtenir sa conversion. Depuis ce moment, M?r de Quélen se considérait comme chargé devant Dieu de cette œuvre, et n'eut pas de plus cher désir que de remplir le vœu de son vénérable prédécesseur et de donner à l'Eglise cette réparation et cette consolation. « On ne saura jamais qu'imparfaitement, a écrit l'abbé Dupanloup, tout ce que M8* l'archevêque de Paris a fait pour sauver M. de Talleyrand. » On sait du moins que plus d'une fois il essaya auprès de lui des avances qui, pour n'avoir pas eu d'abord le succès espéré, n'en honorent pas moins infiniment son zèle épiscopal. Son premier effort fut une longue lettre, datée du 8 décembre 1823, dans laquelle il le pressait de toutes manières ; mais le moment n'était pas venu ; cette lettre ne reçut pas de réponse, et pendant douze ans Ms* de Quélen n'osa plus revenir à la charge; toutefois pas un seul jour il ne perdait de vue ce grand intérêt; il priait et faisait prier, et il alla même, dans son zèle, jusqu'à offrir à Dieu sa vie pour la conversion du prince. Dans un des sanctuaires les plus vénérés de France, Notre-Dame de la Délivrande, se voit une belle statue de la sainte Vierge en argent; c'est un ex-voto offert par Ms* de Quélen pour remercier Dieu d'avoir exaucé ses désirs.
En 1835, celle qu'on appelait la princesse de Talleyrand, et que M. de Talleyrand, malgré tout ce qui aurait dû s'opposer à cette union, avait commis l'inexplicable faute d'épouser, mourut, après s'être réconciliée avec l'Eglise par l'entremise de l'archevêque de Paris. Le prince dit a
ce moment une parole remarquable, indice encore c ses secrètes pensées : « Voilà qui va simplifier beaucou ma situation. » C'était vrai, et de plus cet exemple pouva le toucher. M?r de Quélen crut donc l'occasion favorab pour faire une nouvelle tentative auprès de lui, et il h écrivit la lettre suivante :
ce 12 décembre 1835. Mon prince, une dame que voi reconnaîtrez facilement sans qu'il soit besoin que je ] désigne sous les noms que lui accorde la loi civile, mai qu'il n'est pas permis canoniquement de lui donner, viei de mourir rue de Bourbon, n° 87, après nr avoir exprim le désir d'être réconciliée avec Dieu, après avoir demand en présence de témoins pardon des scandales qu'elle ava pu causer, après avoir reçu les sacrements de l'Eglise. L Seigneur, toujours plein de miséricorde envers ceux qi reviennent à lui dans la sincérité de leur cœur, a daign se servir de mon ministère pour offrir à cette àme le se cours de sa grâce, avant de l'appeler à son jugemen Puisse cette nouvelle, mon prince, devenir pour vou comme elle est pour nous un sujet de consolation et d'es pérance ! Quelle joie pour le ciel et pour la terre, qu< bonheur pour vous, si, averti par le coup que la moi vient de frapper presque à votre porte, vous vous h à t i € de mettre à profit les instants désormais bien courl qui vous restent pour régler aussi les alïaires de voir éternité!
» Vous n'ignorez pas, cher prince, quels sont les de voirs que m'imposent et le titre de pasteur et le souveni de ce vénérable cardinal qui m'a légué pour vous en par ticulier toute sa sollicitude et toute sa tendresse. G'es afin de les remplir, ces devoirs, sans en rien retrancher que je saisis cette grave circonstance, pour vous supplie de penser, de travailler sans délai, au salut de votre àme qui, maintenant, à votre âge, avec ses infirmités, périclit à toute heure. C'est pour cela que je renouvelle les in stances que je vous adressais, il y a douze ans, à pareill époque, dans une lettre du 8 décembre 1823, dont la mi nute, retirée des décombres de l'archevêché, m'a et rapportée.