CHAPITRE X. 20S
» Je vous en conjure donc, mon prince, au nom de Jésus-Christ, notre frère, notre pasteur, notre rédempteur, notre Dieu ; au nom de la très sainte et immaculée Vierge Marie, sa mère, refuge assuré des plus grands pécheurs et que vous avez appris à invoquer dès votre jeunesse; au nom de l'Eglise catholique, qui vous ouvre ses bras maternels; au nom du Souverain Pontife, qui, nr accordant pour vous les plus amples facultés, m'a autorisé à vous faire connaître sa peine et son affliction, et combien il serait consolé de votre retour; au nom du cardinal de Périgord auquel il est impossible que vous ne souhaitiez pas d'être réuni ; au nom de votre famille à laquelle j'appartiens depuis le lien sacré qui m'a associé à l'un de ses plus illustres chefs ; au nom de vos vrais amis, dont j'ose médire un des premiers; ajouterai-je, au nom de mes tribulations et de mes épreuves, endurées, offertes sans cesse pour vous : revenez, revenez promptement, sincèrement, à votre foi, à votre cœur, à votre conscience. Le juge est à la porte; vous arriverez devant son tribunal, après une course longue, pénible, orageuse; accordezvous avec une conscience qui réclame, pendant qu'il en est temps encore; tandis que vous êtes encore dans la voie; avant la fin du jour qui est sur son déclin : ne vous exposez pas à tomber coupable entre les mains du Dieu vivant, et à passer de là dans celles des exécuteurs de ses éternelles vengeances.
» Ambassadeur de Jésus-Christ auprès des âmes de mon diocèse; spécialement délégué du Saint-Siège auprès de la vôtre ; muni de pleins pouvoirs, chargé par office de vous porter des paroles de conciliation: je n'ai pas besoin, mon prince, de vous tracer ici les conditions de la paix que vous fait offrir le Pioi tout-puissant et miséricordieux de l'univers; vous les connaissez aussi bien que personne; vous savez aussi que, moins vous serez réservé, plus il sera généreux. »
Cette lettre ne resta pas sans réponse; le même jour, l'archevêque reçut la lettre suivante :
« Monseigneur, le respect filial que vous conservez à celui qui vous aimait paternellement vient encore de se
manifester dans une circonstance qui me touche partie lièrement. J'aurais désiré vous parler moi-même du p que j'attache à votre bienveillance, mais une indispo tion prolongée ne me permet pas de sortir; je demandi Mme de Dino de vous porter cette lettre, et d'entrer a^ vous, Monseigneur, dans quelques explications qui vc prouveront, je l'espère, le sincère attachement, le resp et la haute considération dont je vous prie d'agréer l'ho mage.
» Le Prince de Talleyrand. »
Mme de Dino était la nièce du prince '.
Le lendemain 13, M. de Talleyrand écrivit de nouve à l'archevêque :
« Monseigneur, les souffrances que j'ai éprouv depuis quelques jours se bornent actuellement à un si pie rhume ; aussitôt qu'il me permettra de sortir, et sera probablement dans le courant de la semaine, j'au l'honneur de passer chez vous, Monseigneur, pour vc remercier de l'intérêt que vous me témoignez de nouve dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écr hier.
» J'ai l'honneur d'être, Monseigneur, avec un resp» tueux attachement,
» Votre très humble et très obéissant serviteur,
» Le Prince de Talleyrand. »
Ces deux lettres, sans être décisives, étaient cons lantes pour l'archevêque. La première était d'un lang< affectueux, confiant, reconnaissant même. Ces paroles la seconde, l'intérêt que vous me témoignez de nouvel rappelaient évidemment le souvenir d'un intérêt se blable, déjà témoigné : la grande et pressante lettre 8 décembre 1823 n'était donc pas oubliée. Il serait péri de reconnaître là un nouvel indice du travail intéric qui se faisait déjà silencieusement, avons-nous dit, cl
1. La duchesse de Dino élait une princesse de Courlande. 1 avait épousé Edmond de Talleyrand-Périgord, duc de Dino, lequel devenu après la mort de son père duc de Talleyrand.