CHAPITRE X
M. de Talleyrand1. On voit, du reste, que l'archevêque s'était déjà concerté avec le Saint-Père sur ce qu'il y aurait à faire dans le cas si délicat de M. de Tallevrand. Sa position n'était pas simple : la part qu'il avait prise à la Constitution civile du clergé, et surtout, nonobstant le bref de sécularisation, donné par Pie VII, son mariage deux fois sacrilège, rendaient indispensable vis-à-vis de l'Église une réparation solennelle, pour que les sacrements et la sépulture ecclésiastique eussent pu lui être canoniquement accordés. Les règles de l'Eglise sur ce point sont précises ; et qui pourrait les trouver trop rigoureuses? Peut-on désarmer l'Eglise d'un droit qui est la seule sanction extérieure de son autorité et de ses lois, et presque la seule garantie de sa dignité morale contre les révoltes de ses enfants ou les attaques de ses ennemis? C'est plus qu'un droit, c'est un devoir; mais un devoir que l'Eglise aime à remplir avec toute la douceur et tous les ménagements possibles pour les coupables. M. de Talleyrand ne se rendait peut-être pas un compte exact de cette situation : l'éloignement des temps, les grands événements qui étaient survenus et qui avaient effacé tant de choses, les grands rôles qu'il avait joués, une certaine légèreté d'esprit, un certain thème qu'il s'était fait, l'étourdissement du monde et des affaires, l'insouciance de l'âge, l'indifférence religieuse, contribuaient à lui faire illusion. A la consultation adressée à Piome dès 1835, par l'archevêque, le cardinal Lambruschini avait répondu :
«... Dans la prévision du cas spirituel dont vous parlez, Sa Sainteté accorde toutes les plus amples facultés
1. Il est impossible de ne voir là qu'une simple politesse. Le sens d'une réponse est déterminé par les paroles auxquelles on répond. Or la lettre de Mgr de Quélen, sur la nécessité pour M. de Talleyrand de se convertir, était-elle moins pressante que celle écrite douze ans plus tôt? Or, douze ans plus tôt, M. deTalleyrand ne répond rien; en ce moment il répond deux fois, fait allusion à l'espèce d'intérêt que lui porte de nouveau l'archevêque, et annonce même une visite : comment donc pourrait-on ne pas voir dans cette circonstance, surtout rapprochée des autres indices, le symptôme d'une amélioration dans les dispositions de M. deTalleyrand?
sans restriction. Pour faire usage des facultés qui voi sont déléguées, il sera nécessaire avant tout le repenl (sic) et une réparation suffisante, dont il est redevable l'Eglise et aux fidèles. J'ai dit suffisante parce qu'il i faut pas confondre le cas de l'ancien évêque dont noi parlons avec celui de Grégoire. Ce dernier était schism; tique et l'autre ne l'est pas; il a été réduit par un acte < l'Eglise à la communion laïque. Celte différence ne se pas perdue de vue par Votre Grandeur, à la charité, di crélion et prudence de laquelle on s'en rapporte entier» ment pour le mode extérieur de réparation que vous jug rez à propos, même per verba generalia, d'exiger. »
On voit ici tout à la fois la fermeté et la charité de cour de Rome. L'archevêque de Paris était inflexibleme; résolu k ne pas s'écarter de ces principes, et c'est dans » sens qu'il avait adressé dès le mois de janvier 1836, M. le curé de la Madeleine, des instructions précises c prévision de toutes les hypothèses.
Voici cette lettre :
I Paris, 12 janvier 1836.
» Monsieur le curé,
» Quoique à l'article de la mort (et il ne peut être i question que de ce moment) tout prêtre ait le pouvo d'absoudre de toute espèce de faute et de relever de tou espèce de censure, vous savez cependant que l'Eglise qu dans sa grande indulgence, lui accorde pour cet instai des pouvoirs aussi étendus, lui défend d'en user envei certaines personnes, si ces personnes n'ont fait, aven tout, une réparation des scandales qu'elles ont donné Sans cette réparation elles n'ont droit ni aux secours c la religion, ni aux suffrages de l'Eglise après leur mort.
» Vous devez doneexiger d'abord et avant tout le repei tir et une réparation suffisante dont il est redevable l'Eglise et aux fidèles.
» Quant au mode de la réparation à exiger, voici ce qi vous avez à faire.
» Vous trouverez ci -joint sous ce pli, scellé de mo sceau, un écrit où est rédigée la formule de réparatio que j'ai arrêtée de concert avec les théologiens habile: