CHAPITRE X
les hommes pieux et sages, je puis dire encore les amis les plus dévoués au malade, que j'ai appelés en cette circonstance. Vous lui lirez cette formule en présence de témoins. L'adhésion que le malade y donnera par sa signature sera une réparation suffisante, après laquelle, si le temps presse et qu'il ne soit pas possible de me consulter, on pourra commencer à entendre sa confession et donner l'absolution in articulo mortis seulement.
» Si le malade ne peut signer, ou si le temps lui manquait pour le faire, une adhésion verbale clairement exprimée ou par des signes non équivoques, en présence de témoins, suffirait; mais alors vous exigerez, même avant toute administration, que les témoins affirment par écrit ladite adhésion. »
Telles étaient les conditions auxquelles le prince devait se soumettre, préalablement à la réception des sacrements; et elles lui furent parfaitement expliquées. l'n jour en effet, comme il commençait à se faire chez lui ce travail intérieur que nous avons indiqué, il lui échappa de dire : « Mais enfin, que me veut-on? que demande-t-on de moi?» Ces paroles ayant été rapportées à l'archevêque, il remit à la personne qui les lui transmettait la formule dressée par lui, et qui exposait au prince les termes positifs, quoique modérés, par lesquels il devait satisfaire à l'Eglise et rétracter suffisamment les deux principaux scandales de sa vie. « C'est le moins, écrivait l'archevêque ; c'est la plus simple, la plus bénigne expression de ce que l'Eglise a le droit d'exiger en semblable occurrence. Plus serait sans doute désirable; moins ne saurait être admis. Ceci suffirait absolument pour nous épargner à tous bien des embarras, et à moi bien des chagrins. Le cardinal de Périgord n'aurait été ni plus sévère, ni plus indulgent. » Il ajoutait : « Ceci n'est encore que pour faciliter ce que nous désirons : la rencontre et le divin embrassement de la justice et de la paix, de la vérité et de la miséricorde. Cela, et puis mourir sur-le-champ, si le Seigneur veut accepter ce prix d'une mission accomplie, si délicate et si désirable. »
Et lorsque l'abbé Dupanloup, deux ans plus tard, se
trouva mis en rapport avec le prince de Talleyrand, l'archevêque lui donna une copie de ces mêmes instructions. Il y tenait si fort, que, quand M. de Talleyrand se décida à lui faire remettre spontanément la déclaration dont nous aurons à parler, ne la jugeant pas suffisante, il ne l'accepta pas. Nous insistons et nous insisterons sur ces détails importants, qui montrent ce qu'il faut penser des écrivains légers, et sans compétence théologique du reste, qui ont voulu prétendre que pour l'archevêque de Paris et pour l'abbé Dupanluup il ne s'agissait ici « ni de théologie ni de droit canonique», mais simplement d'une « œuvre de tact mondain où il fallait savoir duper à la fois le monde et le ciel1». L'histoire n'accepte pas ces jugements dénués de toute convenance et de tout sérieux.-. Non, il s'agissait d'amener le prince à l'acte le plus grave et le plus décisif, qui était de faire publiquement sa paix, avec l'Eglise avant de la faire avec Dieu. Et c'est pour obtenir ce miracle de grâce que M-' l'archevêque ne cessait de prier et de faire prier.
L'a-t-il obtenu?
1. M. Renan, Revue des Deux Mondes, novembre 1880. Mais il est juste de dire que MM. Sainle-Beu\e et Renan ne connaissaient pas le ré(.it de l'abbé Dupanloup.
'J. Elle D'accepté pas non plus ces jugements pharisaïques qui, oubliant la discrétion, la charité et la prudence si expressément recommandées par Rome, prétendent que l'abbé Dupanloup et l'archevêque de Paris, et par conséquent le Pape, n'ont pas exigé assez et se sont contentés de trop peu.