‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 139 sur 326 · CHAPITRE XI. -2-2 J · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. -2-2 J

l'agréable surprise ; depuis quelque temps toutefois nous nous apercevions bien qu'il travaillait seul le soir ».

Il avait fini, lorsque Mme la duchesse de Dino lui annonça qu'elle avait l'intention de se rendre à Conflans, pour y assister à une distribution de prix aux orphelins du choléra où elle devait rencontrer l'archevêque. « Ah ! dit-il ; eh bien, avant de partir, passez chez moi. » Elle y passa, et le prince alors, ouvrant un tiroir et en tirant une grande feuille de papier in-quarto, écrite des deux côtés, de sa main, lui dit : « Vous remettrez cela à l'archevêque el vous me direz ce qu'il en aura pensé. » Le même jour il annonça aussi l'intention d'écrire une lettre au Saint- Père, et finit encore par ce mot : « Cela devra être daté de la semaine de mon discours à l'Académie. Il ne faut pas qu'on puisse dire que j'étais intellectuellement affaibli. » Quand Mme de Dino revint de Conflans : « Eh bien, lui demanda le prince, qu'a dit l'archevêque? — Il a été heureux et a béni Dieu : seulement il a pensé qu'il y avait quelque chose à ajouter. »

En effet, cette déclaration, malgré les choses excellentes qu'elle contenait, ne fut cependant pas jugée suffisamment explicite sur le point capital de son mariage. « Délié par le vénérable Pie VII, disait-il, j'étais libre. » C'était une erreur1 : et d'ailleurs la femme qu'il avait épousée ne l'était pas. Sur ce point, l'archevêque, ainsi qu'il l'avait expressément déclaré, ne pouvait pas fléchir. L'abbé Dupanloup fut donc chargé de représenter cette pièce au prince, avec des modifications essentielles. Il ne crut pas devoir se hâter, et laissa s'écouler quelques jours, tant la santé du prince paraissait bonne, malgré son grand âge. Le jeudi 10 mai, M. de Talleyrand était encore allé se promener au parc de Monceaux, et, au témoignage d'un de ses amis qui l'accompagnait, rarement on l'avait vu de meilleure humeur et plus en train de causer. Ce lieu lui rappelait de curieuses anecdotes, et lui fournissait l'occasion de singuliers rapprochements.

I. Le bref qui le réduisait à la communion laïque ne le dispensait pas du célibat ecclésiastique.

Mais tout à coup, le samedi 12, une crise survint, et la maladie marcha si vite que, le troisième jour, le mardi 15, on envoya chercher l'abbé Dupanloup, qui se trouvait à Gentilly avec ses élèves. Il accourut en toute hâte, désolé de n'avoir pas encore conclu le préliminaire indispensable de la rétractation, et décidé à presser autant qu'il le pourrait cette affaire, « Monsieur l'abbé, lui dit le prince, j'ai bien réfléchi à ce que j'écrivais; j'ai tout mis dans ces deux pages, et ceux qui sauront les bien lire y trouveront tout ce qu'il faut. — Oui. prince, reprit 1 abbé Dupanloup ; mais tous ne savent pas lire, et peutêtre tous ne voudront pas lire. — Vous avez raison, > répondit le prince. L'abbé continua : « Les deux pages que je vous rapporte sont dans le fond, et même souvent dans la forme et les termes, ce que vous avez écrit : il y a de plus seulement quelques modilications qui les rendent inattaquables, et, si vous me permettez de l'ajouter, plus honorables pour vous, plus satisfaisantes pour l'Eglise. Permettez-vous que je les lise? — Volontiers, répondit-il : mais plutôt donnez-les-moi ; je les lirai moi-même. » « Il reçut donc le papier et le lut, dit l'abbé Dupanloup, avec une attention extrême, assis, appuyé sur le bord de son lit comme il fut jusqu'à sa mort... Son visage était calme, sérieux, méditatif, sa main soutenait son front, son œil était fixe et pensif; et moi, immobile et silencieux, j'observais son visage, qui demeurait impassible. » Quand il eut fini, relevant la tète : « Je suis, dit-il, très satisfait de ce papier. » L'abbé Dupanloup crut un moment que tout était fait et que le prince allait tout consommer en signant cette déclaration, quand au contraire, donnant une preuve nouvelle et inattendue de cette indépendance qui était le fond de son caractère et de son esprit, il ajouta avec simplicité et d'un ton calme, mais absolu : « Vous voulez bien me laisser ce papier? je désire le lire encore une fois. » Il fallut bien y consentir.

c Nous nous entretînmes, dit l'abbé Dupanloup, pendant assez longtemps et fort sérieusement, sur son état, de l'avenir, de sa mort peut-être prochaine, de Dieu qui pouvait seul le sauver. Cette conversation n'est plus de

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