CHAPITRE PREMIER
paux traits. Comme c'est d'un grand catéchiste que nous écrivons la vie, on comprendra pourquoi il s'est étendu, et pourquoi nous nous ariêtons nous-même sur ces détails.
(( Enfin, dit-il, je fus conduit à Saint-Sulpice. Je me rappelle, j'éprouve encore en écrivant ces lignes, l'émotion grave, solennelle, saisissante, que je ressentis au fond de l'âme en franchissant le seuil, en descendant les marches de cette chapelle basse. Mon àme pressentait-elle tout ce qui devait lui venir de là?
» Cette première fois, je restai en dehors de l'enceinte, à gauche de l'autel, les bras croisés, appuyé sur une balustrade qui servait de barrière, et très attentif à ce qui se passait; je me vois encore à cette place et dans cette attitude. Du premier coup, je fus saisi. Je ne voyais là que des enfants, ils étaient à peu près trois cents, mais tous si recueillis et si sages ! Tous les regards, tous les cœurs de ces enfants semblaient suspendus à la parole de leurs catéchistes. Tout en ceux-ci me paraissait doux, pur, presque céleste. Je cherchai tout de suite à attirer leur attention par ma sagesse. Tous les bons sentiments de pureté, de docilité, de louange honnête, de convenance, de candeur ingénue, se réveillèrent là tout à coup dans mon àme. Cette impression fut étrange et je ne sais la définir qu'en disant : C'est Dieu même que je rencontrai là, et il lut d'une bonté infinie !
» Ce fut donc au milieu de toutes mes violentes dissipations, de cet emportement universel, et des ivresses de cette nature ardente, et comme au bord d'un abîme, que Dieu vint me prendre et m'amener là, pour me faire revivre, retoucher mon àme, me purifier, m'adopter.
» Toutes ces impressions de grâce furent d'une douceur, d'une force infinie, indéfinissable. Je marchais sans savoir où. Tout me touchait. J'étais dans cette douzième année, que l'Evangile a si sensiblement bénie par ces paroles : Factus annorum duodecim.
» Le premier jour, à la fin. de la réunion, je me fis
donc inscrire. Le chef du catéchisme me demanda mon nom de baptême, cela me plut. Je lui dis aussi mon âge, ma demeure: i! écrivit tout cela : « Puisque vous voulez vous préparer à votre première communion, mon enfant, ajouta-t-il, il faut être maintenant bien sage; mais, j'en suis sûr, nous serons très contents de vous. » Je me souviens encore de l'impression que me tirent ces simples paroles, et comment elles pénétrèrent mon àme.
» Je m'en allai, sinon converti, du moins très frappé, très sérieux, charme du bienveillant accueil que j'avais reçu, au fond très heureux de ce premier pas de retour vers une meilleure vie.
» Le dimanche suivant, je pris place au milieu des autres enfants. On me plaça sur les premiers bancs. Tout me plaisait au catéchisme. Je remportais de chaque séance les impressions les plus heureuses : sans doute, je n'étais pas encore corrigé de mes défauts, loin de là: mais j'étais tourné vers le bien : la lutte contre le mal était commencée. Le souvenir du catéchisme ne me quittait guère d'ailleurs: je commençai même à prier quelquefois le bon Dieu comme il faut, c'est-à-dire à faire de vraies prières, du fond de mon cœur, et je sortais toujours meilleur de cette chapelle.
» Il se rencontra cependant tout d'abord dans mon chemin une pierre d'achoppement, et qui fut pour ma bonne volonté une épreuve assez pénible : chose vraiment étrange! j'eus beaucoup de peine a trouver un confesseur. Ces messieurs du catéchisme m'avaient envoyé a un grand Mi Dehansy, qui avait l'air très bon, et qui l'était réellement, comme je l'ai su depuis, mais qui ne le fut pas assez pour moi, ce jour-là : il me refusa, en me disant qu'il n'aurait pas le temps de m'entendre, qu'on lui avait déjà envoyé trop d'enfants à confesse, et qu'il fallait m'adresser à un autre que lui. Cela m'etonna beaucoup et me ht une vraie peine. Je ne pouvais comprendre qu'un prêtre refusât un enfant qui venait pour lui donner sa confiance et lui confesser ses fautes.
s> Heureusement se trouva là, dans la sacristie de Saint-