CHAPITRE XII
éclat, et ajouta que né dans un temps dorage il en avait conservé l'émotion. Apres avoir rappelé ces paroles : « On se demandera, disait à levêque d'Orléans M. de Salvandx , dans la réponse qu'il Ht à son discours de réception, si l'éloquente amitié de M. le comte Mole, ce jour-là prophétique, ne traçait pas deux portraits en'un seul. Ce serait tout simple; des âmes comme les vôtres ne s'étaient rapprochées que parce qu'elles se ressemblaient. »
Mais qui remplacerait sur le siège de Paris M'3r de Quélen? Cette question était, à tous les points de vue, d'une haute importance; aussi, ses nombreuses relations avec les hommes influents lui permettant d'agir, l'abbé Dupanloup essaya-t-il de son crédit déjà grand pour amener un bon choix. « Avez-vous quelque espoir de réussir? lui demanda un jour M. RoYer-Collard. — Oui, répondit l'abbé Dupanloup, j'ai dit au roi les grandes raisons. » Il les avait dites non de vive voix, mais dans un mémoire que M. Mole, ancien Président du Conseil, un des hommes qui agréaient le plus au roi Louis-Philippe, voulut bien remettre" au souverain. L'abbé Dupanloup était lui-même lié, nous dirons bientôt à quel degré, avec M. le comte Mole. Ce mémoire insistait principalement sur les qualités que devait présenter un archevêque de Paris, mais indirectement il pouvait éclairer aussi le roi sur les motifs qui devaient en général guider ses choix. En voici quelques extraits :
« 1° Dans l'intérêt de l'Eglise et de l'Etat il faudrait un saint évêque ;
» 2° Au moins un homme de grande vertu et de grand. édification ; d'une foi et d'une piété certaines ; , d'une conscience éprouvée: charitable et désintéressé*; sans ambition, sans légèreté, sans aucunes prétentions mondaines...
» 3° Dans une position semblable, un homme d'une vertu médiocre ne tarderait pas à éprouver et à donner bien des mécomptes...
» Il ne servit de rien à l'Empereur d'avoir à Paris le cardinal Maury : ce fut un de ses plus grands embarras. Les évèques, les fidèles, le clergé, tous se séparèrent de
lui. Ce n'était pas cependant un homme sans conscien mais léger, vain, ambitieux, mondain; celle grande position lui lit perdre le sens : cela est à craindre encore si l'on ne choisit pas un saint, un au moins un homme de grande vertu.
» \ Dans l'intérêt plus particulier de l'État », l'abbé Dupanloup ne Taisait pas difficulté de reconnaître qu'il fallait un homme < qui sortit de la position exceptionnelle où était place M- l'archevêque, qui comprit bien la nature, l'étendue, la délicatesse et cependant la simplicité de - devoirs vis-a-vis du gouvernement, et qui lût par conséquent décidé a les bien remplir", et cela, disait-il, i pour faire tout le bien et empêcher Lout le mal possible, dans la sphère de son action et de son influei
5 Mais dans ce môme intérêt bien compris, il fout, ajoutait-il, que cet homme soit tel, qu'il honore le gouvernement... Il faut donc que ce soit un choix honorable pour tous, qui ait les suffrages certain- du clergé de Prani e et surtout de PEpiscopat, les suffrages nécessaires du clergé de Paris: un homme étranger a toute intrigue : il faut même que cet homme soit entouré déjà de la confiance et de la vénération des fidèles; alors tout ce qu'il fera sera compris, honorable et honoré.
Rien ne serait plus utile et plus honorable au gouvernement, que si l'on pouvait dire de lui : C'est un saint; c'est un homme très capable...
L'évéque qu'il aurait voulu voir sur le siège de Paris, c'était M- Matthieu, ancien curé de la Madeleine, alors évéque de Langres, depuis archevêque de Besançon: mais ce lut sur l'abbé Alïre. ancien vicaire général de M- de Quélen, et depuis coadjuteurde Strasbourg, que se porta, après de longues hésitations, le choix du gouvernement. M. de Montalembert, c'était un des rares moments où il ne se trouvait pas dans l'opposition, appuyait beaucoup M. Alïre. « Je ne puis pourtant pas, lui dit le Président du Conseil, M. Thiers, le nommer sans le connaître: il faudrait me l'amener. * La visite eut lieu. (Juelque temps après, l'abbé Dupanloup se présentait chez le ministre des cultes. M. Teste, qui se contenta de l'entendre : le roi